J’ai un cancer #LOL

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J’attendais sa sortie avec impatience et je suis enfin exaucée : « Avant, j’avais deux seins », le livre de Delphine Apiou – la big boss de BIBA – est disponible depuis aujourd’hui dans toutes les bonnes librairies (et sur Amazon !).

Comment vous donner envie de le lire ? Il est difficile de jouer les critiques littéraires quand on ne s’appelle pas Augustin Trapenard et qu’on a pris 6,5/20 à sa dernière fiche de lecture (c’était en 5ème et le bouquin s’appelait « Génie la folle »).

Mais ce qui est encore plus difficile dans le rôle de critique, c’est quand l’auteur est à la fois :

  • une amie. Déjà que je n’en ai pas beaucoup (des amis), si je dois me fâcher avec le peu qui me reste, autant vivre dans un terrier avec des marmottes borgnes à trois pattes et une oreille. A ce stade, elles se foutent de qui leur apporte du réconfort même si c’est la dernière des connasses (moi) ;
  • votre boss pour des raisons évidentes de maintien de l’activité.

Temoignage-avant-j-avais-deux-seins_exact562x380Et là, pas de bol, Delphine Apiou est non seulement celle qui me permet de remplir mes placards de bouteilles de bon rhum (pas de la piquette Charrette, du Barbancourt de préférence) et une amie. Bon, pas une amie genre on s’est montré nos culottes respectives en CE1 ou celle qui me tient les cheveux et me tend les Kleenex quand je résous un conflit intestinal avec la cuvette des toilettes. C’est une amie que je n’ai jamais rencontrée. Celle avec qui on s’échange des mails. Pas des romans. Des petites phrases de réconfort, d’écoute, de bienveillance. Celle qui accompagne à demi-mots – et au loin – ma vie dans ses tumultes et ses petits bonheurs (tout en retoquant parfois mes textes). Une amitié étrange mais sincère à laquelle je tiens vraiment. Elle ne dira peut-être pas la même chose (et je ne veux pas le savoir), mais que voulez-vous, je suis une affective et en plus je donne vite. C’est comme ça.

Bref, je suis  dans la galère pour parler de ce livre. J’ai la pression. Surtout que Delphine n’est pas du genre que l’on peut embobiner avec des phrases du type « J’ai adoooré ton passage sur la mammectomie. C’était hyper puissant ! ». Alors, je vais faire simple.

« Avant j’avais deux seins » est un livre qui parle du cancer avec humour. Non, il n’y a pas d’erreur : c’est très drôle (Delphine a la plume comique) et ça parle vraiment de cancers pas cools. Pas d’erreur là non plus sur l’utilisation du pluriel, l’auteur a bien eu deux cancers. Tant qu’à faire, autant prendre la double ration. Quand je vous dis que cette fille ne fait pas les choses à moitié. Il n’est pas un énième bouquin sur la maladie, combien les chimios c’est relou (et ça fait plus vomir qu’une bonne cuite) et les rayons moins sympa qu’une séance chez Point Soleil, de l’épée de Damoclès qui refuse de changer de tête.

On y voit surtout le récit d’une fille, célib’ et quarantenaire qui a eu un cancer. Pas d’une cancéreuse.

La nuance a son importance. Parce qu’on a beau avoir un cancer, la vie quotidienne continue, tout comme on demeure celle que l’on était avant. Par la grâce du crabe, sachez qu’on ne se transforme pas en cancéreuse sacrée et bienveillante envers l’humanité. « Il paraît que le cancer rend meilleur. Mon cul ! Le cancer ne fait qu’exacerber ce qui existe déjà chez vous. Un peu comme la vieillesse » . Voilà déjà une idée reçue renvoyée dans ses filets. Et ce n’est pas la seule car le bouquin est truffé d’anti-clichés.

Avec beaucoup d’esprit et de verve, Delphine aborde des sujets qui taraudent quand on vit avec un cancer : comment le dire aux autres (« Papa, Maman, qu’est-ce qui est rond et qui ne grossit que dans un seul sein ? »), comprendre les médecins (« Règle d’or n°2 : Si un médecin pense que vous serez mieux assis pour vous parler, ça n’annonce rien de bon. S’il dit « Allongez-vous », évanouissez-vous tout de suite »), la question délicate de l’enfant que l’on n’aura pas (« …Ma solution a été le cancer, c’est à cause de mon cancer que je n’aurai pas d’enfant »).

Et puis, il y a surtout l’amour : comment le trouver, avec qui. C’est déjà des questions essentielles de la vie d’une célib’, alors ce n’est pas parce qu’on a chopé un cancer au détour de la vie qu’on se les fourre dans la culotte le temps que ça passe. Le cancer, on a beau le vivre une fois (ou deux ou trois), ça marque sa femme. Ou en tout cas, quand cela concerne un cancer du sein, ça lui laisse un boobs en vrac. Après un combat, il y a toujours des dommages collatéraux. Normal. Ou presque. Alors l’amour avec une mammectomie, on y croit ? Oui, on y croit. Et même fort. Même si c’est pas facile. Sauf si on veut choper un toubib car « Un sein reconstruit, ça plait aux médecins (…) Un médecin devant sa patiente et son sein refait ressemble à un adulte devant un enfant de 5 ans montrant son dessin « Oh bravo, c’est magnifique… ». Parce que oui, draguer avec son nouveau corps, ça met le trouillomètre au max. Ding ! Ding ! Ding !

Delphine, c’est tout ça qu’elle nous raconte dans un style tordant (oui, oui, je le redis au cas où vous seriez passé à côté) et léger, mais la réflexion sur vivre avec et après un cancer est juste et profonde, sans sensiblerie mais non dénué de sensibilité.

Je n’ai jamais été douée pour vendre de choses, j’ai dû me faire en tout et pour tout 10 euros sur Ebay moins les frais de port, mais j’espère au moins que si je ne vous pas donné envie de lire « Avant, j’avais deux seins », vous croirez les nombreux critiques qui ont déjà salué cet ouvrage (Delphine a fait une super prestation au Grand Journal, même Cohn-Bendit présent sur le plateau avait l’oeil admiratif).

Pour conclure, je voudrais m’adresser à l’auteur qui écrit : « J’aurais tellement aimé un moment d’émotion plein d’espoir et d’amour (…) Je vous aurais encore fait pleurer (dans la mesure où vous auriez déjà versé une larme en lisant ce récit ». Et bien tu as tout faux ma chère, ton cancer m’a bien fait marrer et devrait même faire regretter à celles qui ont deux seins « normaux » – pour ne pas dire « banals » – de ne pas en voir au moins un en plastique. Mais même pour rigoler ou pour un bon jeu de mots, garde-toi bien d.en fabriquer un troisième. Je n’aime pas rire deux fois des mêmes blagues.

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