A la faveur du ghosting

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En cette nouvelle équinoxe, certains se prennent pour Tété et écrivent à la faveur de l’automne. Moi, je n’ai jamais aimé ramasser les champignons (même dans les toilettes publiques) et encore moins les châtaignes. Alors je vais écrire la faveur du ghosting. Aucun lien entre les deux, je vous l’accorde, mais il faut bien nourrir son sujet d’une introduction et parler de Tété me semblait plus à propos qu’évoquer une coloscopie par exemple ou placer un gif animé hypnotique.

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Bien. Le sujet introduit, continuons.

Comme le dirait le prof de Sciences Nat’ quand il attaque le cours sur la parthénogénèse, « le ghosting, qu’est-ce que c’est ? ». Leçon de vocabulaire pour tout ceux qui sont encore à la ramasse quant au sens de ce néologisme qui recueille en cette année un grand nombre d’article (je sais qu’il y en a parmi vous qui ne sont pas très éveillés).

 Ghosting anglicisme, nom masculin ça va de soi

  1. Technique de largage consistant à disparaître dans la nature et de rompre toute communication avec une personne dont on est sensé être amoureux(se) et à qui on a pu faire d’éventuelles promesses (la rappeler, lui présenter son animal domestique, lui offrir des cailloux, lui lécher les genoux, aller voir des hiboux, faire joujou,…).
  2. Fabriquer une poterie avec un fantôme (en référence au film Ghost)

Parce que la poterie à vocation sexuelle a un avenir tout aussi prometteur que le tricotage de poils pubiens ou l’art d’enfiler des perles sur des pénis (non, on n’a pas forcément besoin de grosses perles), nous nous attacherons dans ce post à défendre le ghosting dans sa définition première bien qu’il suscite des tonnes critiques : pratique de lâches, procédé infantile, acte de cruauté au même titre que se faire arracher l’ongle du petit orteil avec les dents ou se faire enlever un œil avec une cuillère à glace ce qui fait très mal, etc.

Tout cela est vrai. Mais c’est vite oublié que le ghosting sait aussi devenir confortable pour celui qui le met en œuvre comme pour celui qui en fait l’objet, il suffit de regarder les choses sous un autre angle.

Prenez le cas de la dernière fois où j’ai largué un mec. Avec beaucoup de douceur, je lui ai dit : « Écoute, on a passé un bon moment (ou pas. En l’occurrence, j’aurais préféré passé ma soirée à jouer avec un chat mort plutôt que de partager sa conversation), mais toi et moi ça va pas le faire. C’est comme ça. ». Ce à quoi le mec me répondit : « T’es rien qu’une connasse (merci), une salope (évidemment, l’un ne va pas sans l’autre), une pauvre merde (voilà, voilà). Tu es pathétique, ma pauvre fille (tiens, un mot un peu plus élaboré. Bravo !) ». La dernière fois où j’avais entendu autant de noms d’oiseaux, c’était en classe de CM1 quand nous avions été visiter le Donjon des Aigles et qu’un magnifique faucon s’était laissé aller à la bassesse du transit intestinal sur mon maître.
Bref, tout cela pour dire que se faire jeter est une chose et je peux comprendre que cela fait mal à l’ego, mais manquer de politesse en est une autre. Et à défaut de me faire rebaptiser pour mes 30 prochaines vies antérieures avec des prénoms que l’officier d’état civil serait capable d’accepter pour la blague, je préfère encore rompre en m’évaporant dans la nature telle une fée. Parce que je suis une fée.

Par ailleurs, j’ai toujours milité pour l’amour entre les Hommes, l’acceptation des différences, le bien vivre ensemble, tout ça, tout ça…Voilà pourquoi repousser quelqu’un, même par un SMS des plus cordiaux (« Tu m’as vu. Bah, tu m’verras plus. La bise à ton hamster »), me met mal à l’aise. Je préfère encore nourrir l’Autre d’espoir – « Si ça se trouve, BritBrit, elle a été enlevée par Daesh et Free ne passe pas dans le désert » – quitte à passer pour quelqu’un qui manque de franchise pour ne pas dire de courage. Mais en même temps, un mec qui ne comprend pas après une vingtaine de messages laissés sans réponse qu’il est inutile d’insister et qu’entre lui et moi il n’y a aura rien d’autre que l’absence, me semble manquer de vivacité d’esprit.

Et parce que je n’ai pas non plus été épargnée par le ghosting (on a toutes connues le mec qui dit qu’il rappelle et qui ne rappelle pas alors qu’on en était à ronger le coin gauche de notre iPhone), je vois aussi le bon côté quand on est de l’autre côté de la barrière. Parce que voyez-vous les excuses à deux balles pour mettre fin à une relation, je n’en peux plus. Les « Je t’aime mais je te quitte » (quel esprit de logique), « Ma mère ne veut pas que je sorte avec toi » (Et tu as bientôt 40 ans ?! Youhou !!! ), « Je pars vivre au Guatémala au immersion dans une tribu de tatous à neuf bandes » (ben voyons !) raisonnent comme des insultes à mon intelligence. Ou quand l’ignorance devient une marque de respect.

Donc, je suis désolée, chers hommes dont j’ai négligé vos appels et autres messages, mais mes non-réponses à une époque où la communication est certainement des plus faciles est en soi une forme de réponse. Il y va de votre intégrité de ne pas insister.

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