J’ai testé : l’autostop

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En réalité, je n’ai pas testé faire de l’autostop. J’ai toujours détesté devoir attendre des heures sur le bord d’une route, avec ce moment improbable où l’attente te conduit à la démence de faire la conversation avec un hérisson écrasé, les organes à l’air, jusqu’à ce qu’une bonne âme qui ne soit ni un violeur, ni un serial killer, ni un chasseur avec un sanglier assassiné dans le coffre (dans ma région, le coup du sanglier est loin d’être anecdotique) daigne t’épargner de faire les cinq prochains kilomètres à pieds. Pour être plus précise, j’aurais dû écrire « J’ai testé prendre un autostoppeur ».

Je sais bien qu’aujourd’hui la mode est au BlablaCar et autres Me Too qui vous permettent de vous faire du blé en transportant des inconnus là où le vent vous mène, mais j’aime aussi le hasard des rencontres, l’improvisation qui ne trouve pas sa place dans la lucrativité de l’instant. Bon ça, c’est la version officielle. La version officieuse, c’est que personne n’accepte de monter dans une Twingo de 1992 et qu’en général, les gens me demandent de payer pour accepter être vus dans ma carlingue.
L’occasion pour moi de passer un appel à un constructeur qui lirait ce blog et qui par charité accepterait d’offrir un cadeau à quatre roues la pauvresse que je suis. Ecrire n’a jamais payé. Ou pas trop. En échange et pour une fois, je veux bien m’abaisser à la création d’un billet sponsorisé.

L’expérience de prendre un autostoppeur est plutôt attractive sauf cas suivants :

  • L’autostoppeur pue, genre même le petit sapin et un coup de Fébrèze n’arrivent pas à masquer l’odeur.
  • L’autostoppeur est 14. Comprendre, il y a l’appât (en général un gars propre et qui a toutes ses dents) et une ribambelle de potes avec des sacs de cachés dans les fourrés.
  • L’autostoppeur ne parle pas. L’autostoppeur est muet. L’autostoppeur remue à peine. Mais l’autostoppeur a des écouteurs dans les oreilles qui font « Bizz BoomBoom Bizzz Bizzz Boom » et mâche bruyamment son chewing-gum.
  • L’autostoppeur est un mix de Rémi-Brica et de Brigitte Bardot = Il a trois sacs de 40 kg + une guitare + un djembé + un chien (planqué dans le fossé) + un rat (qui joue dans ses locks).
  • L’autostoppeur est un pervers/serial killer. J’avoue ne pas bien savoir comment se gére une situation où l’on doit à la fois conduire et régler un GPS quand on fou tente de vous étrangler en vous mettant la main dans la culotte. Je ne pourrai donc vous donner aucun conseil en la matière.

Mais ce que je préfère voir, ce sont tous les points qui plaident en faveur de l’autostoppeur :

  • L’autostoppeur peut être mon futur mec.
  • L’autostoppeur, ce bel inconnu du bas-côté, est en réalité un prince perdu qui cherche à épouser une fille au cœur pur (moi !).
  • L’autostoppeur est Kelly Slater ou un parent éloigné voire une vague connaissance qui a son numéro et me le refile après que je l’ai menacé avec un Opinel qui traîne dans ma voiture pour les cas où j’ai une grosse envie de manger du pâté sur la route.

Toujours est-il que je l’ai vu, ce mec le pouce à l’air (« mieux vaut un pouce qu’autre chose » dirait ma grand-mère qui a pourtant connu trois maris et demi), avec son carton marqué Biarritz, le visage défait par la fatigue (ou la drogue). Je monte un peu le son de la radio pour me donner un air cool (mais fuck de fuck, pourquoi y’a encore des radios qui passent du Julie Zenatti) et je m’arrête.

– Où allez-vous mon brave ?, je demande.

Ne me demandez pas pourquoi, mais j’ai tendance à parler aux gens que je ne connais pas comme si j’étais Milady dans un film de mousquetaires.

– A Biarritz.

– Parfait, montez, j’y vais justement.

En fait je n’y allais pas du tout.

L’autostoppeur est mutique. Je ne sais pas si c’est à cause de l’autoradio trop fort (même s’il y a maintenant un excellent remix de Frankie Vincent) ou parce qu’il n’a pas de langue. En bonne hôtesse de voiture, je lance la conversation :

– Et alors, vous allez où comme ça ?
– Bah à Biarritz, me répond-t-il mi étonné, mi apeuré, mi VousAvezUnGrainOuBien
– Ah oui c’est vrai, j’avais oublié.

#Fail

Tentative n°2 :

– C’est la première fois que vous faites du stop.
– Nan.
(Purée, dis-le si je t’emmerde)
– Et vous avez déjà croisé des pervers sur la route ?
– Bah, j’sais pas.
– Comment ça vous ne savez pas ? Personne n’a tenté de vous demander de lui montrer un téton ou de vous égorger ?
– Nan.
– Alors ça sera votre première fois. Montrez-moi un téton ! j’ordonne en rigolant.
– Pardon ? Vous plaisantez, j’espère.
– Ahahah.

Le mec me regarde de traviole et il ne fait pas « ahahah » du tout. Moi qui voulais détendre l’atmosphère…

#Fail2

Tentative n°3 :

– Et sinon, vous voulez que je vous parle un peu de moi ?
– Bof…
– Super, je vous raconte. Alors, je suis née à l’âge de 4 ans dans un petit coin des Pyrénées où les torrents bouillonnent et où les neiges se font parfois éternelles. Mais avec le changement climatique, elles le sont plus trop éternelles. J’ai d’ailleurs fait un long courrier à ce propos à Nicolas Hulot. Franchement, mon plaidoyer était brillant. Je dois en avoir une copie dans la boîte à gant à côté des préservatifs, si vous voulez regarder. Cela dit, Nicolas ne m’a jamais répondu, mais j’ai reçu un bon de réduc pour un gel douche Ushuaïa. C’est sympa Ushuaïa. Pas le pays que je ne connais pas, le gel douche. Bref. Très tôt, j’ai commencé à dessiner des églises. Me demandez pas pourquoi des églises. Enfin si, je vais vous raconter aussi…
– Zzzzzzzzz…

Le gars ronfle. Il devait vraiment être crevé. Et si je mettais encore plus fort l’autoradio ?

Enfin, tout ça pour dire que nous sommes arrivés à Biarritz. L’autostoppeur m’a remercié et a rajouté qu’il était bien content d’être 1. enfin à destination et 2. Toujours vivant. Je lui ai dit que moi aussi, j’étais bien contente d’être arrivée avec tous mes organes vitaux en place parce qu’avec les mecs chelous qui traînent sur les routes. Il m’a regardé une dernière fois un peu de travers. Je pense que ce gars devrait consulter un ophtalmo.

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