Où il est question du droit à la frivolité

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Quand je dis que mon boulot, c’est d’écrire, j’observe trois types de réactions :

  • Ceux que ça emballe

« Génial ! Si on m’avait dit qu’un jour je rencontrerais un futur prix Pulitzer… »

En fait, ils s’emballent vraiment. Peut-être un chouia trop.

  • Ceux qui n’en ont que peu de considération

« Et ton vrai métier, c’est quoi ? »

Notez donc qu’il y a des faux et des vrais métiers. C’est toujours bon à savoir.

  • Ceux qui s’en foutent

« Mouais, OK… Et sinon, tu aimes les écureuils ? Tu ressens quelle charge émotionnelle quand tu en vois un ? Même s’il est borgne ? »

Quand je rajoute que j’écris dans la presse féminine, on passe à quatre types de réactions :

  • Ceux qui s’en foutent toujours

« Moi, j’adore aller me promener nu en forêt tout en mangeant des Balisto. Et toi ? »

  • Ceux qui sont encore plus emballés

« Oh mon dieu, oh mon dieu ! T’as trop de la chance. En plus, tu dois trop avoir un tas de fringues et de mascaras gratos. Tu connais Karl Lagerfeld ? Cara Delevingne ? Ma tatie Monique (elle est abonnée) ? »

  • Ceux qui ont envie de vomir (femmes enceintes, malades de la gastro ou sous chimio,…). Bon
  • Ceux qui me vomissent

« C’est à cause de TOI que la femme fait encore la bouffe et se tape le ménage pendant que son mec se gratte les roubignoles. T’es le symbole du pathétisme journalistique. Tu es pire qu’une blogueuse beauté ».
Oh là, Oh là, tout doux bijou. Il y a des insultes qui sont un peu longues à digérer.

Je ne vais pas m’étaler plus que ça sur la défense de certaines de mes consoeurs qui sont bord de l’orgasme quand elles parlent de la tendance nude ou sur le come-back de la jupe-culotte. Moi aussi, j’ai tendance à vomir quand j’en vois une. Pas une de mes consoeurs, une jupe-culotte, soyons précis. Mes amies journalistes n’ont pas besoin de mes services pour les disculper de délit de futilités éditoriales, elles ont un cerveau suffisamment développé pour se défendre toutes seules (et moucher les grincheux !).

Le problème n’est donc pas ceux qui se foutent de ce que je fais, qui sont en adoration (mais qui me font un peu peur quand même) ou qui vomissent même si j’ai un peu de mal avec l’odeur des pâtés gastriques. Ni finalement ceux qui considèrent que je suis responsable du fait que le sexisme perdure et que les femmes en sont encore au point de devoir se battre jour après jour pour être considérées comme les égales des hommes. Je ne me pensais pas si influente que ça, mais si je peux me rendre utile en portant quelques aberrations du monde sur mon dos, pourquoi pas. Ca plaidera ma cause au moment du jugement dernier.

Je réclame simplement le droit à la frivolité sans crainte du jugement. Parce que si je m’éclate à lire les bouquins de Sophie Kinsella, je prends aussi mon pied en (re)découvrant les mots de Baudelaire ou ceux plus contemporains de Djann. Si je me défonce sur du Britney Spears, je me laisse aussi aller sur du chamanique Lisa Ekdahl. Et j’avoue, je me délecte tout autant en regardant Dirty Dancing qu’en plongeant dans un trip d’Harmony Korine. A mon sens, une des vraies avancées des mentalités sera quand je n’aurai pas justifier de la présence d’un esprit qui s’entretient (et qui fonctionne !) dès que je twerke sur du Miley Cyrus. Danser avec des diplômes sur les seins, ce n’est pas bien pratique.

La culture est multiple, le divertissement aussi, et je n’ai pas envie de choisir. Je prends tout. Le commercial, l’indé, le classé intello comme celui réservé aux midinettes de moins de 15 ans, tant pis pour les étiquettes. Tout, vous dis-je, tout ce qui me fait plaisir. La bagatelle culturelle me plaît bien plus que les débats pseudos intellectuels. Au moins, je rigole !

#DroitAlaFrivolité

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