Je n’ai plus 20 ans (et c’est tant mieux !)

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Je n’ai plus 20 ans, c’est un fait. Bon, je ne suis pas non plus en bout de course ni en cycle essorage, donc tout espoir de poursuivre ma vie dans les meilleures conditions possibles est envisageable, ce qui est quand même rassurant. C’est juste que, comme tout le monde un jour, j’ai dépassé les 20 ans de quelques années mois. Mais vous savez quoi ? Et bien, je m’en porte très bien. Extrêmement bien. D’ailleurs, mieux qu’extrêmement bien, prodigieusement et immodérément bien. Attendez, je prends un verre de rhum.

Faire le deuil de son âge n’est pas toujours simple. Il faut voir les choses en face et parfois devoir renoncer à ses envies. J’ai conscience que le micro-short fait un peu vulgaire sur mes fesses (qui se tiennent encore parfaitement bien, je tiens à rassurer les lecteurs qui se trouvent derrière mon dos). Je dois aussi oublier mon rêve de quand-j’avais-12-ans de porter des cuissardes avec une mini-jupe comme Julia Roberts sur l’affiche de Pretty Woman parce que ça fait pupute et qu’une (jeune) femme de mon âge a aussi une réputation à préserver si elle compte un jour boire le thé avec une belle-mère tout en causant recette de cake au spéculos et Plan épargne retraite. Et quand on m’appelle Madame, la salive que je ravale a comme un goût de morve et de larmes. Mais quand bien même.

Pour moi, 20 ans ne fut pas le plus bel âge. J’avais des restes de rondeurs dans les joues donnant l’impression que j’avais une chique chronique suscitant la pitié des dentistes désolés de voir qu’il ne s’agissait pas d’un abcès mais bien d’une configuration esthétique à laquelle ils ne pouvaient rien faire, un sens du style aussi élaboré qu’Angela Bauer dans Madame est servie (je précise que je ne connais cette série que parce que ma mère me biberonnait devant). Pour finir, mon innocence m’amenait encore à trop réfléchir sur quand coucher, avec qui, dans quel sens. J’avoue avoir commis pas mal d’erreurs en la matière qui m’ont notamment valu de consulter pour entorse (si, si !) et quelques séances de psychothérapie. Ce fut une période vraiment rude.

Mais comme toutes les douleurs, elles ont été atténuées par le temps et m’ont permis d’être l’adulte (un peu) que je suis. Désormais :

– Je considère mon corps comme un temple. Je suis passée de la philosophie « Tout ce que mon corps peut digérer est bon » à « Mon corps ne digère pas tout ce qui est à base de cellulite. Le Nutella est à base de cellulite, les tacos sont à base de cellulite, la crème glacée est à base de cellulite. Par contre le foie gras est à base de bonne graisse, le confit aussi. Idem pour le poulet chop suey et les nouilles sautées. » Vous remarquerez que j’ai une connaissance toute personnelle de la diététique parce que non seulement je sais comment prendre soin de mon corps, mais aussi de mon estomac et tout le circuit intestinal fourni avec.

– Je ne me jette plus sur tout ce qui bouge. Avant de dire oui pour un rencard, je me pose la question : est-ce que ce mec vaut vraiment la peine que je rate un épisode de Downton Abbey ? Si la réponse oscille entre « non » et « je sais pas », je ne cherche pas plus loin : je fantasme sur Matthew tout en caressant ma chatte mon chat. OK, je sors quelques minutes pour faire pénitence de cette métaphore. Je la garde toutefois pour une soirée dans un bar-PMU ; les clients devraient apprécier.

– Je sais gérer les situations conflictuelles sans dire « Sale bâtard de sa race, je vais lui maraver la tête et le dire à sa mère » tout en crachant par terre des mollards qui atterrissaient le plus souvent sur mes Gazelles. Vas-y pour rattraper le cuir en peau retournée ! Bref. Maintenant, je sais gérer mes émotions et engager une discussion entre adultes de manière calme et constructive. Ou pas. Mais quoi qu’il arrive, mes Gazelles restent toujours dans un état impeccable (j’ai appris à cracher loin).

– Je suis la version organisée de moi-même. J’ai une collection de TupperWare, des boîtes à riz/à café/à thé/à spaghettis/à lub’, j’ai attribué une place pour chaque chose et si jamais j’ai besoin de cette foutue déclaration des impôts de 2008, je sais quelle est parfaitement rangée dans la boîte n°4 avec toutes les autres déclarations. C’est là où parfois, j’ai un peu peur de moi-même. Dans ce cas, pour me réconforter, je pioche dans la boîte à gâteaux (placard 3, étagère 2, premier plan, à droite).

– Il m’arrive d’être torchée, mais de manière subtile et classe. Adieu binge drinking où, planquée avec les potes derrière un combi VW, je buvais au goulot la bouteille de TGV – Tequila-Gin-Vodka – et fumais de l’herbe coupée avec du thym (parce que ça désinfecte et que c’est bon pour lutter contre les rhumes). J’en suis à ce stade de ma vie où je bois toujours un peu trop mais de manière très élégante. Plutôt que d’aspirer tout ce qui ressemble à du liquide alcoolisé, j’ai mes marques (Bailey’s, Barbancourt, Havana Club, Veuve Cliquot, Tsarine…), je savoure chaque gorgée (enfin, quand je sens encore le goût) et surtout je bois dans des verres en verres. Ca, c’est super adulte comme truc ! Et quand j’       arrive à maturation, j’ai de quoi payer le taxi pour rentrer au lieu de marcher en lignes obliques sous la pluie, tête en l’air et bouche ouverte pour boire la pluie en espérant qu’elle me dégrise suffisamment pour ne pas me perdre en chemin. Evidemment, cette méthode n’a pas toujours fonctionné.

Enfin, je sais aujourd’hui qu’il y a certaines choses que je ne pourrais jamais changer. Alors je ne cherche plus à créer sans cesse de nouveaux moi : moi EMO avec de grands vêtements noirs, moi bimbo dans de minuscules vêtements roses, moi intello avec des lunettes en plastoc, moi toujours de bonne humeur avec un sourire plein de dents armaturées de fer, moi rebelle avec une photo de Johnny Depp dans le portefeuille, moi sportive avec un corps en forme de crampe,… Non, je reste moi-même et c’est finalement très bien comme ça. La seule question est juste : qui suis-je ?   (c) autoportrait de Rachel Baran

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