Le jour où je suis devenue écrivain

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Il y a peu, j’ai rencontré une prof de zumba (je vous raconterai un peu plus tard les détails totalement insignifiants de cette expérience aux frontières de l’irréel) et elle m’a demandé :

– Tu fais quoi dans la vie ?
– Et toi ? je réponds

Elle me regarde de travers comme si tout le monde était sensé savoir que prof de zumba, c’était un vrai métier.

– Prof de zumba, finit-elle par dire.
– Ah ouais, c’est super… heu… excitant (????), je fais feignant l’enthousiasme.
– Et toi ? redemande-t-elle telle un roquet accroché à la jambe d’un cycliste.
– Ben heu… J’écris des chroniques.
– Donc, t’es journaliste.
– Fiscalement parlant non.
– Ecrivain ?

J’ai trouvé ça sympa comme boulot écrivain. Je me suis imaginée dans une grosse robe de chambre rouge, dans un bureau aux bibliothèques regorgeantes de livres, un verre de Bourbon à la main regardant par la fenêtre les vagues s’abattre avec violence sur la falaise (non, je ne suis pas une fille dont l’esprit est rempli de clichés).

– Tu es écrivain, insiste-t-elle face à mon silence pensif. Cette fille est décidément un chewing gum par temps de canicule.
– Oui, j’ai répondu.
– Génial ! Tu me feras lire ton bouquin ?
– Il est en projet, mais oui, je te ferai lire.

Note pour demain : écrire un livre.

Le lendemain. 9h30.

Cette idée d’écrire un roman me donne une bonne dose l’adrénaline artificielle. J’ai l’impression de pouvoir écrire sur n’importe quoi, les possibilités sont infinies. Comme une histoire d’amour dramatique entre un malade de la plèvre et une nonne. Ou un truc avec une fille qui perd sa chaussure, mais qu’un Prince ramasse et décide de faire passer à tous les pieds du royaume pour retrouver sa belle. Heu… Déjà écrit non ce truc ?

10h30 – Je suis au taquet…

… et complètement surexcitée. J’ai aussi pris dix cafés en l’espace de 35 minutes. Ma mère m’appelle.

– Mais comment tu veux que j’écrive un Goncourt si tu m’appelles pour me parler de la fille de la voisine qui a certainement chopé le Ebola en bouffant des congolais dans un resto chinois à Clermont-Ferrand ?

Je raccroche d’un coup sec. Je me sens définitivement incomprise. Le lot de tous les artistes. Je bois.

12h – Pression

Je viens de relire les 5 phrases écrites l’heure précédente : c’est pitoyable ! Les triangle amoureux entre Kiki le garagiste, Vanessa la Top Model et Faudel un interprète de raï qui chante du Britney Spears ne fonctionnent pas du tout.

– De toute façon, plus rien ne marche avec Faudel, me dit le facteur que j’ai mis au courant de mon grand projet d’écriture.

Il me refourgue une publicité du Super U. « Y’a une promo sympa sur les croquettes pour chiens », me dit-il avant de partir.
Je prends ça pour un signe d’encouragement et décide sur le champ d’écrire un conte métaphorique mettant en scène un chien schizophrène dont l’autre personnalité est celle d’un hérisson toxicomane. Je trouve que c’est une vraie voie d’écriture les animaux. Depuis Les machins La Fontaine et Fourmis, les gens n’auront rien lu de tel. Je bois.

14h30 – L’isolement

Après deux heures infructueuses de recherches sur les personnalités psychotiques des chiens et les dédoublements de personnalité en mode hérisson, je décide de m’en remettre à mon esprit. Les pouvoirs du cerveau sont grands (C’est une phrase que je viens de lire sur un image de fleur que ma tante a posté sur son mur Facebook).

Je décide de me fermer au monde. Je fais des Instagram de moi en train de réfléchir. C’est sympa avec le filtre Toaster, on voit moins mon bouton de fièvre.

15 h – Le livreur de Chronopost

– Un colis pour vous. (Il renifle) Pouah, vous sentez l’alcool. Faut pas faire ça dès l’après-midi.
– Je suis écrivain, j’argumente posément.
– OK, continuez. Bonne journée.

Les livreurs de colis me comprennent donc bien mieux que ma famille. J’écrirais donc pour eux. J’en profite pour trinquer à leur santé.

17 h – L’épuisement

J’en peux plus. J’ai écrit 3 pages absolument incroyables sur le chien schizo. Je décide de m’affaler sur le canapé pour voir les gens s’insulter dans « Bienvenue au Camping ». Je zappe sur « L’îles vérités ». Ca me change pas trop : sur une chaîne comme l’autre, ils sont tous en train de s’étriper.

18 h – Idée de génie

S’inspirer de ce que l’on voit est la meilleure base qui soit pour écrire. J’ai donc une super idée : le chien schizo, sous l’influence du hérisson toxicomane dopé par un cocktail MDMA/Frolic va partir égorger des campeurs, en commençant par les pouffes. Pour pas qu’on le reconnaisse, il se déguise en livreur de pizza. Parce qu’on peut écrire pour les livreur de colis, mais penser aussi à ceux qui font de la motocyclette avec des denrées. Je bois pour m’encourager.

23 h – Dépression

Cette histoire de chien et de hérisson est absolument nulle. Personne n’y croit. Même moi, j’y crois pas (j’ai dessoulé. Un peu). Je me couche totalement déprimée dans l’idée que je ne serai jamais écrivain, que de toute manière je n’ai jamais su écrire et que ma rédactrice en chef aurait toutes les raisons du monde de me confier la rubrique des chiens et des hérissons écrasés. Sauf qu’il n’y en a pas. Je lui envoie un mail.

De : BritBrit Chérie
A : Rédac’ chef adorée

Chère Rédac’ Chef adorée,

Je suis nulle. En plus, je ne te l’ai jamais avoué, mais je sais à peine tenir un stylo. Veux-tu me mettre au nettoyage des sanitaires pour le prochain numéro ?

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 De : rédac’ chef adorée
A : BritBrit Chérie

Je ne vois pas comment tu peux tenir une balayette à toilettes alors que tu ne sais même pas te servir d’un BIC. 

PS : tu as bu ?

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 De : BritBrit Chérie
A : Rédac’ chef adorée

 Plus ou moins.

Je viens d’aller voir comment je me débrouille avec une balayettes, ça devrait le faire. J’ai même espoir pouvoir nettoyer avec les dents du chat, suffit que je m’entraine un peu et que le chat ouvre bien grand la gueule.

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 De : Rédac’ chef adorée
A : BritBrit Chérie

OK.
Pour les toilettes.

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Oops, mais pourquoi elle me prend au mot. Elle n’aurait pas pu me dire que j’étais un génie et qu’elle ne pouvait désormais plus se passer de moi. J’avais besoin qu’elle me rassure. Me supplie aussi. J’aime ça, les suppliques.
Je décide de dormir. Demain est un autre jour. Si ça se trouve, ma Rédac’ Chef adorée aura peut-être oublié et alors je serai peut-être de nouveau chroniqueuse. Ou prof de zumba. Sans rire, vous saviez que c’était un métier ?

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