Je vous laisse faire connaissance ?

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Je ne suis pas un animal social. Surtout dans les soirées où je ne connais personne en dehors de la maîtresse des lieux. Alors quand on cherche à me présenter à de nouvelles gens, je ressens toujours comme un malaise.

Cela commence toujours comme ça :

La maîtresse des lieux : « Yann, Sophie, laissez-moi vous présenter Brittany Chérie ou devrais-je dire BritBrit Chérie
(Grand Sourire. Je soupçonne toujours les hôtes de se faire blanchir les dents avant toute réception et de se servir de la moindre occasion pour les exposer à la vue de tous. Cela dit, jusque-là, c’est un sans-faute sur la présentation).

Vous savez la chroniqueuse-star de Biba, auteure du blog éponyme BritBrit Chérie, co-fondatrice du merveilleux site unclegram.fr, et accessoirement écrivaine à succès en devenir (elle planche sur un roman). J’espère que je serai une des premières à le lire.
(Re-grand sourire. Ses dents scintillantes me font penser qu’elle a un réverbère dans la bouche. Je commence à me trémousser sur un pied, je suis gênée. Elle aurait dû joindre mon CV à l’appui de son introduction, cela aurait fait encore plus crédible dans le genre « présentation à rallonge de la fille qui ne sait plus où se mettre ». C’est dans ces moments-là que j’aimerais être puéricultrice. Dans les soirées, tout le monde se fout des puéricultrices vu que les enfants n’ont aucun intérêt quand on engouffre des petits-fours et de l’alcool).

Je vous laisse faire connaissance ? Je suis sûre que vous avez plein de choses à vous dire.
(Quoi ça ??? Heu…) »

Et paf, elle se casse me laissant en plan face à deux personnes qui me sourient et m’observent bêtement. Comme j’ai malheureusement déjà un verre à la main, la fuite « ‘scusez, je vais me chercher une coupette » est impossible. La seule parade que j’avais trouvée jusqu’à présent était « ‘scusez, j’ai envie de faire pipi », mais d’après ma grand-mère, ça donne une image d’incontinente. Moi qui mets un point d’honneur à contrôler ma vessie à la perfection, j’ai donc laissé tomber l’excuse bidon.

En général, c’est à cet instant précis qu’interviennent les trois moments dramatiques de la « prise de contact».

  1. « BritBrit Chérie !!! Incroyable ! Je suis tellement heureux de vous rencontrer. Je me masturbe tous les jours sur votre photo qui est dans Biba… »

Je ne ferai pas plus de commentaires que ça sur cette remarque. Chacun fait ce qu’il veut au petit coin. Perso, c’est là où j’y lis du Marc Lévy.

  1. « Vous travaillez pour Biba ? Intéressant… Vous pourriez me pistonner pour y rentrer ? Je suis assez doué avec les mots. Tiens, dites un mot, je vous trouve trois synonymes en moins de 45 secondes ».

J’ai beau expliquer qu’en fait, je travaille depuis chez moi avec mon chat sur les genoux (pour faire des économies de chauffage), qu’une chroniqueuse n’est pas DRH, qu’elle prie chaque jour St Mondadori d’avoir un papier à écrire le mois prochain et qu’il faut savoir écrire un minimum pour exercer ce métier, mais la personne ne comprend pas. J’ai l’impression d’être Mélanie Laurent qui fait un discours aux César et dont tout le monde se fout (c’est vrai que les discours de Mélanie Laurent, faut avoir envie de se les fader), notamment quand la personne en face conclue par « D’accord. Mais, vous avez un mail que je vous envoie mon CV ? ».

  1. « Vous écrivez un roman. Et ça parle de quoi ? »

Et quand j’essaie d’expliquer qu’il s’agit de l’histoire d’une fille qui part à la recherche de son amour d’il y a 10 ans, mais que tout ceci n’est que le prétexte d’une quête personnelle et spirituelle à la recherche de son soi intérieur, je sens bien qu’il y a comme un inintéressant à ce que je raconte. La personne m’interrompt soudain : « Mais c’est qu’il se fait soif. Je vais me chercher un verre et je reviens ». Sauf que son verre est plein et que le serveur m’évite de peur que je me rabatte sur lui pour finir le discours.

Et enfin, le summum du summum le fameux…

  1. « En fait, vous êtes beaucoup plus drôle sur votre blog et dans votre chronique que dans la vie »

Le truc par excellence qui me sèche. Il faut qu’on me dise : où est-ce j’ai mentionné qu’à chaque fois que je sortais j’étais en représentation et en charge de l’animation comique de la soirée ? Le jugement des autres est impitoyable. Je me retrouve à l’âge de 10 ans quand la maîtresse me demandait de réciter du Prévert devant la classe et que j’avais un trou avec du sale autour au niveau du genou dans mes collants blancs en laine. Je me sens à la fois blessée dans mon estime, en colère et triste. Déjà que j’aime pas beaucoup parler aux gens, tout cela n’arrange pas les choses. Je crois que je préfère passer pour une alcoolique que pour un triste sire.

Alors, je bois jusqu’à parler  au bien-nommé animal de compagnie de la famille (tout le monde apprécie les gens qui aiment les animaux).

Et aussi, je regarde mes pieds.

C’est pour cette raison que j’ai toujours de jolies chaussures. 

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