Petites histoires en famille

Mother_daughter

Depuis que j’écris très officiellement dans la presse féminine avec mon nom et ma photo, je suis comme qui dira!t en rédemption dans le cœur de mes parents. Enfin, ma sœur et ses trois mouflets ne sont plus le centre du monde. Enfin je peux espérer ne plus entendre parler racines de dents infectées et autres curetages le dimanche midi pour faire plaisir à mon beau-frère dentiste. Enfin, la fille de la voisine, qui est passée plusieurs fois dans la République des Pyrénées pour témoigner du mauvais temps du mois de juin, ne me sera plus citée en référence absolue d’une vie réussie. Enfin, je suis reconnue pour ce que je suis et ce que je fais, sauf qu’hier soir, j’ai eu comme un doute…

Ma mère :

– Oh ma fille, avec ton père, on est très fier de toi. Et on comprend. Oui on comprend pourquoi tu as été une enfant si difficile, une ado si ingrate (et pas que physiquement). On te pardonne. Tout.

– Merci Maman pour tous ces… « compliments ».

– Non, mais tu sais, nous le pensons sincèrement. Et à notre tour on te demande de nous pardonner.

– De quoi ?

– Oui, on s’excuse par exemple de t’avoir obligée à consulter cette psy. Comment s’appelait-elle ? Madame Pruneau ? Non… Madame Renault… Non, non. Ah oui, Madame Courjault ! Pardon pour ça.

– Tu veux pas plutôt t’excuser de m’avoir refourguer un cul tout plat ?

(Ma mère toujours dans sa lancée)
– Maintenant, j’ai compris : tu es une AR-TIS-TE

– Heu, maman, pas tant. OK la chronique est super, je suis contente. Les lectrices ne se plaignent pas encore et…

– Mais dis-moi, il y a un petit quelque chose qui me turlupine.

– Vas-y.

– Voilà, avec ton père, on se demandait : est-ce qu’au moins cela te permet de bien gagner ta vie ? Je veux dire : est-ce que tu gagnes suffisamment bien pour nous arrêtions de te donner les restes du repas du dimanche et compléter régulièrement ton compte en banque ?

On en était donc là ! Ma mère ne cherchait pas à m’accepter enfin malgré mes particularités, mais voyait en moi celle qui lui bouffait son budget vacances pour aller à Djerba la douce. Alors qu’au contraire ! Je pense qu’en réalité, je leur évite bien des déconvenues en les empêchant de s’enfermer dans un club où on les pillera de leurs économies en frais d’excursions pour visiter de pseudo fabriques artisanales et les inciter à acheter des plateaux ciselés qui ne servent à rien et des tatanes qui puent la chèvre.

Bref, Je vais donc vous épargner le reste de la discussion car à ce stade, lorsque l’on touche le domaine de l’argent, ma mère et moi devenons l’une comme l’autre très mesquines. Elle comptabilise ligne après ligne les coûts engendrés depuis ma naissance jusqu’à date, tandis que de mon côté, je lui fais une mise à jour des futurs frais qu’occasionneront son internement en maison de retraite et son traitement contre l’Alzheimer et le cancer de la mauvaise langue.On finit par se raccrocher au nez, râler chacune de notre côté, regretter, se rappeler, se pardonner… et recommencer.

Il paraît que la famille, c’est aussi ça.

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