Pourquoi j’ai peur d’écrire…

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Beaucoup le savent, mais bon, pour les retardataires et au risque de me répéter, je suis chroniqueuse dans le magazine Biba. Réalité sur laquelle beaucoup de personnes poussent des « wow ! » (avec la bouche bien en cul de poule), « Quelle chance ! » (c’est vrai), « Ralala, que j’aimerais être à ta place » (t’avais qu’à avoir du talent !… Nan, j’ai pas le melon). Et puis enfin, il y a le fameux « C’est normal, t’écris aussi vite que tu descends les verres de rhum, alors pour toi, c’est facile », réflexion sur laquelle je m’inscris en faux.

Ecrire un papier, que cela soit pour ce blog ou pour Biba, me met à chaque fois dans un état pas possible. Mon cerveau bouillonne la nuit sur l’angle d’attaque, je cherche la première phrase pour bien introduire mon sujet sous la douche (il m’arrive de prendre trois douches d’affilée si je ne trouve pas). Quand une idée survient, à n’importe quel moment, je laisse en plan les gens avec qui j’étais et quitte précipitamment le lieu où je me trouve (réunion de travail, toilettes,…) pour aller la noter avant qu’elle ne s’évapore. Je réécris parfois vingt fois la même phrase sans arriver à la perfection (je rajoute une virgule, je l’enlève, je la remets, je tente le point virgule. Et puis non. Et puis oui, Et puis…). Enfin, quand je dois cliquer sur « Envoi » pour mettre en ligne le texte (ou l’envoyer à mon intransigeante mais formidable rédac’ chef), je transpire comme une moule sur son Bouchot par marée basse tant la tension est à son maximum. C’est aussi une des raisons qui fait que j’aime le rhum.

Alors pourquoi ma rate se met-elle au court-bouillon alors que personnellement, je ne connais personne qui a des organes qui se mettent tout seuls en mode auto-cuisson ?

  1. Parce que chaque article est un nouveau défi avec la grande interrogation « Vais-je faire mieux que la dernière fois ? » ou si j’ai une ambition moins grande « Vais-je faire aussi bien que la dernière fois ? ». Je n’ai pas une Amélie Nothomb à l’intérieur de ma tête à qui j’enverrais le sujet en lui spécifiant bien de me le rendre pour le sur-lendemain – mis en page SVP – je te donnerai un Balisto en échange – merci.
    Non, je suis seule, face à moi-même et je ne sais pourquoi, mais dans ces momens-là, je déteste me faire front.
  1. Parce que l’orthographe
    Il y a toujours un « Grammar nazi » pour laisser en commentaire – public de préférence – : « T’as fait une faute au quatrième mot de la  3ème ligne. Grosse erreur de concordance des temps. Ta maîtresse ne t’a donc rien appris ». SI je suis ouverte à la critique, je n’ai cependant guère de lien d’amitié avec ce que je considère comme de l’humiliation (ouep, j’ai toujours eu un sens exagéré du mélo-drame). Parce que voilà : si j’ai embrassé l’écriture, je n’ai pas épousé un Bescherelle !
  1. Parce que le plagiat accidentel. Je lis beaucoup et à peu près n’importe quoi : des blogs, des journaux, des romans japonais, des études scientifiques qui montrent que l’on peut commander à un rat de remuer la queue par la pensée (ce qui est une avancée formidable si un jour, on peut la mettre en pratique sur les mecs). Et j’écris aussi. Beaucoup. Alors forcément, à un moment je me demande si l’idée ou la formulation que je viens d’avoir ont été fabriquées par ma tête ou sont la résurgence d’un truc que j’ai vu quelque part. A cela, je n’ai pas de réponse alors je tente !
  1. Parce que faire du mal à quelqu’un sans le vouloir. A priori, il n’y a aucune raison pour que cela arrive car je ne déteste pas personne en particulier à part mon prof de maths de 5ème qui m’a publiquement humiliée en brûlant ma copie devant toute la classe pour une sombre histoire de triangle pas tout à fait isocèle à 2 mm près (une histoire ancienne dont je ne me souviens plus trop les détails). Bref. Donc mettons que je commette un post ou une phrase sur les grillons qui nous font chier l’été. Et bien, au fin fond de la France, il y aura un pauvre éleveur de grillons qui va croire que je m’en prends personnellement à lui et qui va me faire tout un caca nerveux pour me prouver que :
    1. Le grillon est l’élément clé du peuple de l’herbe (pour « plagier » volontairement le nom d’un fameux groupe électro),
    2. Le grillon, c’est bon (ça un arrière goût de cacahuète),
    3. Je ne suis qu’une connasse sectaire qui ferait mieux d’aller voir du côté des cigales qui elles, sont de vraies nuisibles

Il conclura sur le fait qu’il a des accointances avec Alain Bougrain-Dubourg et que je rigolerai moins quand j’aurai le type sur le dos (pas physiquement ; j’ai toujours été attentive à ne pas commettre d’accouplement contre-nature). Et tout ça pour quoi : pour un grillon !

  1. Parce que ma mère me lit
    Comprenez : ma mère me lit et sait désormais que je bois, je fume, je ne porte pas toujours de culotte, je couche avec des garçons (elle me croyait encore un peu vierge), je n’ai absolument aucune connaissance en physique quantique, je la dénonce régulièrement pour maltraitance psychologique,… C’est un fait : je n’ai absolument plus aucune crédibilité à ses yeux.
  1. Parce que je pourrais me planter et me retrouver seule. Sans lecteurs.

Une fois cela dit et accepté comme des règles du jeu, je pense pouvoir survivre.

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