Conversation avec ma mère : la question du féminisme

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Il est étonnant de constater comment ma mère, ma génitrice, celle qui m’a donné la vie et qui devrait m’aimer plus que tout au monde quoi que je dise, quoi que je fasse, semble plus intéressée par ma vie amoureuse que par ma vie sociale et professionnelle, et ce depuis toujours.

Je me rappelle que, plus jeune, quand j’étais alors étudiante dans une brillante école de communication (ce qui était il n’y a pas si longtemps que ça), elle me demanda : « Alors, t’as un petit ami ? ».

J’ai levé les yeux au ciel tout en secouant négativement la tête en guise de réponse. Je lui ai expliqué ensuite que j’avais des partiels à réussir, que je voulais gagner ma vie et si possible pas trop mal, que la réussite professionnelle était importante pour moi, blablabla… et que par conséquent je passais l’essentiel de mon temps libre à étudier des trucs super compliqués et non à courir les caleçons des garçons.

Elle me regarda, prit son air le plus contrit et me dit : « Tu es dans une école où les étudiants sont pratiquement tous des fils à papa qui auront à la sortie un poste à responsabilités bien payé. Fais le choix de trouver quelqu’un maintenant car il n’est pas sûr qu’ensuite tu y arrives».

Sur le coup, j’ai ressenti une vraie poussée de féminisme émaner du fond de mon être. Comment ma propre mère, celle qui aurait pu battre le pavé en mai 68 si elle n’avait pas été en barboteuse, pouvait-elle sous-entendre qu’il valait mieux prévoir de compter sur un mari suffisamment sympatoche pour me nourrir et subvenir à mes besoins de future bourgeoise plutôt que d’y parvenir par moi-même ?

J’ai alors serré le poing, pris ma voix la plus grave et dit : « Je m’en vais, digne comme Olympe de Gouges… » (j’avais piqué la réplique à un star académicien qui avait mis fin à sa formidable aventure en s’en allant (dixit) « comme un Prince »). Je crois même que c’est ce soir-là où j’ai découvert les bienfaits du Lexomil-Vodka.

Sauf que les années ont passé et que je me rends bien compte que trouver un mec, même sans vouloir qu’il nous demande en épousailles, juste pour la beauté du geste, et bien c’est pratiquement un travail à temps complet qui demande de la disponibilité et du don de soi. Combien d’heures passées dans des bars bruyants, assise au bar, à parler avec des inconnus et à leur hurler notre 06 dans le pathétique espoir qu’il nous rappelle ? Combien  de temps perdu derrière son écran à voir défiler des profils de pauvres types qui mettent en statut « Recherche relation sérieuse » comme s’il s’agissait du mot magique pour choper de la naïve ? Dois-je également parler de ces angoissantes questions : « Est-ce que le mec que j’ai en face de moi est un serial killer ? », « Est-ce qu’il a des fantasmes bizarres genre me saucissonner sur un lit pour me lécher les gros orteils ? » ?

Voilà pourquoi je n’aime pas le saucisson et que j’ai toujours de l’alcool chez moi. 

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