Je déteste le sport

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Je ne sais pas lequel des deux déteste le plus l’autre. Si c’est le sport qui me hait ou moi qui hais le sport. Le résultat est cependant le même : on s’ignore le plus possible pour éviter le désastre.

Pourtant, je descends d’une grande lignée de sportifs. Mon père grimpe encore en vélo le Tourmalet comme s’il s’agissait d’une simple petite promenade de santé. Ma mère fut dans sa jeunesse en sélection française d’athlétisme et obtint de sacrés résultats. Ma sœur est toujours handballeuse « pour le plaisir » après avoir décroché dans sa jeunesse des tas d’immondes trophées qui ornent encore sa chambre d’enfant et, je crois avoir entendu dire que mon grand-père a régulièrement affronté – et vaincu ! – en tournoi amical un tennisman renommé des années 50 quand celui-ci venait passer quelques vacances dans les Pyrénées.

C’est certainement parce que ma dynastie doit une partie de sa gloire à l’événement sportif que mes parents m’ont m’inscrite dans des tonnes de clubs. Ils croyaient dur comme fer en l’école du sport et à ses apprentissages : le dépassement de soi, le sens de l’effort, la confrontation aux autres et toutes les autres niaiseries couramment invoquées.

Hors, je ressentais déjà une aversion envers le sport liée à plusieurs raisons : pratique généralement à l’extérieur, côtoiement d’autres enfants (aussi longtemps que je me souvienne, je n’ai jamais aimé les enfants !), tenue affreuse et surtout activité physique.

De 0 à 11 ans, j’ai donc enchaîné quantité de sports tels les bébés nageurs, le baby fitness, le tennis, la gymnastique, le karaté, le ping-pong, le volley et le golf. Tous se sont soldés par de cuisantes déconvenues (raquette dans l’œil, fracture du poignet dans les vestiaires, meurtre d’un oiseau avec une balle, …) et d’humiliations publiques (attaque de panique en voyant arriver le ballon droit sur moi, chute du bas de jogging au milieu d’un smatch, blocage le derrière en l’air au moment d’une galipette exécutée de manière très approximative).

A 12 ans, mes parents se sont résignés à me laisser choisir l’activité que je souhaitais pratiquer en se disant que j’aurais certainement une forme d’inspiration et que je me révèlerai enfin. J’ai donc choisi le foot ayant remarqué qu’une grande partie du temps d’un match pour un gardien de but résidait dans l’inactivité. A cette époque, ma grande réussite sportive fut d’avoir été sélectionnée en tant que remplaçante dans un match départemental, la remplaçante « habituelle » étant clouée au lit par une mononucléose particulièrement agressive.

Pendant toutes ces années, je me suis donc particulièrement illustrée comme une sportive pitoyable. Je suis persuadée que si le sport était le reflet d’une forme de sélection naturelle, j’aurais été de ces enfants qui crèvent de faim ou qui, atrophiés dans la poussière, attendent que quelqu’un mette fin à leurs jours en les écrabouillant avec un rouleau pour aplatir le bitume.

Et puis j’ai grandi. Par la grâce de la génétique, j’ai la chance d’avoir un corps qui supporte bien l’absence d’activités. Je crois avoir été programmée pour ne pas avoir à me préoccuper de lui. Ma vie sportive a trouvé un autre sens. A défaut de courir comme une sportive, je suis assez douée pour courir derrière les sportifs (Kelly S., si tu me lis…).

Pour mes parents, l’acception de ma médiocrité physique a été plus difficile, mais je crois qu’ils y sont plus ou moins parvenus. Jusqu’à ce week-end de Pâques. Ma mère s’est levée brusquement de table pour aller pleurer dans la chambre, suivie de près par mon père après qu’il m’eut jeté un regard noir. J’ai bien senti que la blessure était encore ouverte et que l’espoir que je trouve ma voie sportive a été brutalement détruit.

Il faut dire que je venais de me faire anéantir par mon neveu de 3 ans au jeu Bowling Wii Sports.

#Fail

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Lire également : « Le footing tue ! »

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