« Allô Barbie, je suis en retard »

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7h30 : « Bonjour, il est 7h30. Bruce Toussaint pour la matinale @Europe1. Les titres de l’info… »
Groumpf… Pfff… (clock)…Bzzz

9h10 : Bonjour le soleil. Bonjour les petits oiseaux qui chantent. Bonjour mes petits yeux. Bonjour le chat. Bonjour le réveil.

Le réveil… Le réveil !!!

Putain de réveil de merde qui n’a pas sonné ! Un coup des chinois de Taïwan ça encore ! Savent même plus fabriquer un réveil qui t’oblige à te lever de force.C’est ça les chinois de nos jours : ils t’emmerdent dès le matin alors que t’as rien demandé. Ils ne sont même pas reconnaissants du fait que je représente à moi toute seule un quart de la consommation béarnaise du nem. Non mais sans dec’ !

9h12 : Première chose à faire : assurer mes arrières. J’appelle la stagiaire.

– Bureau de Brittany Chérie, bonjoûûûr.

– Ouep Barbie, c’est Brit. J’suis à la bourre à cause d’un truc de chinois. Tu me couvres ?

– T’es en Chine ? J’adore la province du Guizhou ? C’est fabuleux ! Entre collines et montagnes, cette province verdoyante est…

– Ta gueule pétasse, je suis pas en Chine. T’es con ou quoi ? Retiens que j’pourrais pas être là avant 10h30. Si on me demande tu dis que je suis en rendez-vous client hyper important genre y’ a un budget de 100 millions d’euros, un film pub avec des puputes, tout ça tout ça… T’as compris ?

– Tu me demandes de mentir ?

– Bah un peu, oui.

– J’aime pas mentir.

(Elle se fout de ma gueule non ?)

– J’ai pas le temps de discuter avec toi, mais si tu ne me couvres pas, je te jure que tu vas passer les 4 prochains mois de ta vie à photocopier les 21 volumes de l’encyclopédie Tout l’Univers.

– J’aime pas le chantage.

(Je vais la tuer !)

– Tu pourras sortir plus tôt ce soir.

– Et ?

– Et, euh… je sais pas moi… Je te file ma carte d’accès à la salle de gym de la boîte ? Je te cède ma place de parking pendant une semaine ? Je double ta prime de stage ?

– OK. A tout’

– Eh Barbie, si jamais, tu dis aussi que… (Tût tût tût)

Note pour plus tard : penser à saquer la stagiaire sur sa note de stage. On verra bien qui de nous deux fera le plus chanter l’autre à la fin.

9h20 : Etablir l’ordre des choses à faire prioritairement :

  • Se laver ? Nan,pas le temps. La tâche « se laver » se transforme en « s’asperger de déo ». OK action 1.
  • Se brosser les dents pour combattre l’haleine de petit poney qui vient de rouler un patin à Sherk ? OK, action 2.
  • S’habiller ? Obligatoire. Action 3.
  • Prendre de la drogue. Naaan, je rigole, on ne prend pas de la drogue. Du moins pas dès le matin.

9h 47 : Arrivée à l’Agence. A travers la vitre, j’aperçois Nathalie, le cerbère de l’accueil, anciennement voix du tramway de Nantes, sa petite gloire. Elle m’a déjà gaulée il y a 2 ans en train de tirer un Bic et 2 blocs de Post-it dans le placard à fournitures qu’elle surveille telle une chienne de garde. Elle n’a pas apprécié et depuis elle m’a dans le collimateur.
Bref, il va falloir que je la joue fine, ce n’est pas le moment d’agir dans la précipitation. Si tout va bien, Nathalie devrait quitter son poste de travail dans trois petites minutes. Patience…

9h50 : Bingo ! Nathalie se lève et quitte le comptoir : c’est l’heure de sa pause pipi, tous les jours à la même heure.
Après un rapide regard à gauche et à droite pour vérifier que l’endroit est bien désert, j’entre en roulade avant dans le hall d’accueil. J’ai toujours été super forte en roulade avant. En roulade arrière, c’est plus compliqué, mais je me défends.
Je reste accroupie. Personne dans les couloirs, je me plaque contre un mur et j’avance précautionneusement en faisant bien attention à ne croiser personne.

9h50 : Je continue ma progression. Passage devant la machine à café. OK, personne. J’accélère le rythme.
Alerte, le bureau de la DRH ! Passage délicat. La DRH a en effet jugé utile de casser une partie du mur pour le remplacer par une vitre dans le but, soi-disant, d’observer les salariés se mouvoir dans leur environnement de travail et de pouvoir ainsi mieux les connaître et répondre à leurs besoins spécifiques. Moi, j’appelle ça « trouver des excuses minables pour mieux exploiter le personnel ».
Je décide de ramper pour dépasser l’obstacle. J’avoue que je rampe moins bien que je ne fais des roulades avant, mais dans le genre, je ne suis pas mal. Je m’aplatis le plus possible contre le sol. Je suis une crêpe ; une crêpe qui rampe.

9h51 : « AÏÏÏÏÏÏE ! Espèce d’abruti, tu m’as écrabouillé les doigts. Tu vois pas que je rampe discrÉtos, gros con de merde, fils de pétasse de… (arrêt soudain de mon flot de paroles)(Stupeur)(Tremblements)

… Monsieur Merlesse… Heu, je… Voyez-vous, je… »

9h52 : Dans mon for intérieur, je me félicite d’avoir remplacer la tâche « se laver » par « déo » vu les grosses gouttes de sueur froide qui coulent le long de mon corps alors que je fais front à mon patron.

– Votre stagiaire vient de me dire que vous étiez en rendez-vous client, je suppose que ce n’était pas le cas.

– Elle vous a dit ça ?! Mais qu’est-ce qu’elle a dans la tête ? Elle a pris de la drogue ou quoi ? Et ça, dès le matin ? Ah les jeunes ! Vous savez que ma nièce de 17 ans, et ben…

– Vous êtes en retard.

– … (glups)

– Pourquoi ?

Passage en revue des excuses de retard possibles :

  • Mon grand-père est mort, mais je ne voulais pas non plus m’absenter pour ça.
  • Faille spatio-temporelle ; je l’ai pas vue, je suis tombée dedans.
  • La faute à la SNCF, tous des fainéants. (excuse en général comprise par tous)
  • J’ai assisté mon chat pour qu’il puisse mettre bas.
  • Maladie grave, diagnostic de clinomanie
  • Des gens voulaient m’obliger à boire de l’alcool et j’ai dû résister de toutes mes forces.

Le choix est dur. Je dois faire vite.

– C’est que… j’ai croisé un troupeau de chèvres !

(voix dans ma tête : « Un troupeau de chèvres ?? UN TROUPEAU DE CHEVRES ?!! WHAT THE FUCK ?! »)

– Vous rigolez ? Des chèvres ? En plein centre-ville ? C’est du n’importe quoi !

– C’est ce que je me suis dit aussi : c’est vraiment du n’importe quoi ! Les bergers, c’est plus ce que c’était.C’est comme les chinois. Avant, ils faisaient leur job et maintenant…

– Non, je dis « VOUS, c’est du n’importe quoi ».

– …

(Arrive Barbie)

– Ah tiens, Machine, vous tombez bien ! Ca vous dirait de remplacer votre contrat d’esclave par un contrat de sous-fifre en CDI ? J’ai un poste qui va certainement se libérer. Sauf si les bergers et les chinois font des progrès dans l’organisation de leur travail, n’est-ce pas Brittany ?

– J’appelle de suite la Confédération des Bergers chinois, Monsieur. Ils vont m’entendre ! Barbie, tu me trouveras le numéro.

Note pour plus tard : Penser à me réconcilier avec les chinois, juste au cas où j’aurais besoin d’un nouveau job.

Crédit Photo : Elena Kalis

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