Message sans réponse…

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17h30 : « Salut. J’ai été enchantée de te rencontrer. On prend un café ensemble quand tu veux. Bises »

SMS envoyé !

17h31 : Pas de réponse.

17h33 : Toujours rien. Pas grave. Je ne suis pas de ces filles qui attendent désespérément qu’on leur réponde 3 minutes après avoir envoyé un message. J’ai une vie, des relations professionnelles et amicales, des activités passionnantes qui comblent ma vie. Alors non, je n’ai pas le temps de me morfondre devant un téléphone portable en attendant une réponse hypothétique. Vraiment pas mon genre.

17h35 : Pas contre, je suis le genre de fille qui accorde une importance toute particulière à la politesse. Et je considère que ne pas répondre à mon SMS que je n’étais absolument pas obligée d’envoyer est une forme de manquement à la courtoisie.

17h38 : Tiens, je vais prendre un petit café. Avec un fond de Bailey’s. Préparer tout ça devrait laisser le temps à mon interlocuteur d’apprendre la notice de son smartphone pour savoir comment me répondre.

17h45 : Un quart d’heure que mon message est parti et toujours pas de réponse. En fait, peut-être qu’il fait partie de ces gens qui n’ont pas besoin d’être scotchés à leur téléphone pour vivre. Peut-être qu’il est en réunion. Ou qu’il a sa leçon de canoé-kayak. Ou qu’il joue au Scrabble. Ou qu’il est mort. MORT ?!!

17h46 : C’est ça, il est mort et il ne m’a même pas prévenu. Oh mon dieu, c’est bien ma chance. Pour une fois, je trouve un mec bien, paf ! il meurt.

17h47 : Non, il n’est pas mort sinon le médecin légiste ou un croque-mort aurait répondu à mon SMS en mettant « Bonjour, votre correspondant est décédé et ne peut pas vous répondre pour le moment ». Je vais prendre un deuxième café Bailey’s pour me remettre de cette atroce pensée.

17h50 : Je pense qu’il faut que je m’occupe un peu. Tiens, et si je réalisais un Angry Bird en allumettes ? Plus personne n’en fait alors que c’est sympa les constructions en allumettes non ?

17h51 : Je n’ai pas de colle. Et pas d’allumettes.

17h53 : Après réflexion, je me lance dans l’écriture de mon prénom et du sien avec des pâtes à potage en forme de lettres.

17h56 : J’ai fini. Je vais faire un Instagram de mon œuvre et lui envoyer. Cela lui montrera qu’en plus d’avoir un esprit artistique développé je suis une fille décomplexée qui sait s’amuser même avec des pâtes à potage.

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18h00 : Il n’a pas non plus répondu à mon message « pâtes à potage ». Hypothèses concernant son silence :

  1. Il n’aime pas les pâtes à potage.
    Hypothèse rejetée. Tout le monde aime les pâtes à potage.
  2. Il a un forfait tout pourri qui ne permet pas de lire les MMS.
    Hypothèse rejetée : selon la qualité du cuir de ses chaussures, il semble évident qu’il génère suffisamment de revenus pour se payer un forfait où la lecture de MMS est possible.
  3. Il n’a pas reçu mon message.
    Hypothèse plausible

18h03 : « Hi ! Est-ce que tu as bien reçu mes messages notamment celui avec la photo des pâtes à potage LOL ? »

18h06 : « Est-ce que tu as bien reçu mon dernier message où je te demandais si tu avais bien reçu mes autres messages dont celui avec les pâtes à potage ? »

18h07 : « Juste pour savoir, tu aimes les pâtes à potage ? »

18h14 : « Vous avez reçu un nouveau message ». Je tiens fébrilement le téléphone de ma main. Je ne peux détacher mon regard de la petite enveloppe clignotante en haut de mon écran. La question est la suivante : j’ouvre le message ou non ?

18h15 : Avec ce message, c’est un peu le reste de ma vie qui se joue. Soit je lui plais, il veut m’épouser et m’emmener vivre à la Barbade où nous nous ébrouerons nus dans les vagues, soit je ne lui plais pas et je me retrouverai telle Didon délaissée par Enée contrainte à la mort. Aaaah, donnez-moi de la ciguë que ma vie ici de son souffle soit déchue…

18h16 : En fait, je suis trop pessimiste. A défaut de ciguë, si ça se trouve à la lecture de sa réponse cela sera plutôt : « Ah, donnez-moi de la Pina Colada avant d’aller avec lui jouer à dada ! ».
OK, je n’ai jamais été très forte en poésie, mais le principal est d’essayer. Je crois.

18h18 : La vie est bien faite. Le destin a placé une bouteille de rosé à un point équidistant de l’allongement de mon bras.

18h29 : Je n’ai toujours pas ouvert le message et je regarde toujours de manière hypnotique l’enveloppe sur mon écran, mais je suis gaillardie. Je suis Wonderwoman, la beauté, le body, la force et le courage réunis en une seule femme.
Regarde-moi petite enveloppe de SMS, you want fucking to me ? Mais non, ah ah ! I fuck you. You listen bien to me ? I’m the boss ! The Boss ! The bo(b)sleigh ! Ah ah ah
NdA : oui, il m’arrive de me faire rire avec mes blagues aussi douteuses soient-elles.

18h30 : Ooops, j’ai ouvert le message. Je ne voulais pas. Enfin du moins, pas encore. Je ferme les yeux. Ensuite, j’en ouvre un. Je finis par ouvrir les deux et je lis :

« Salut, c’est Jessica. Ca te dit de t’amuser avec moi au 08 99 69 69 69 ? Mmmm… »

18h31 : Descente sur terre immédiate sans passer par la case maydee. Je prends conscience que je viens de me faire un trip de 17 minutes exactement pour un SMS envoyé par un ordinateur polonais lubrique et à but lucratique. Je rends les armes.

Mon esprit est envahi par des sentiments mêlés de honte, de dégoût de moi-même et de mes faiblesses.

18h32 : Qu’il aille se faire foutre ce malotru de mec, mal élevé et certainement sous –développé intellectuellement au point de ne pas savoir se servir de la fonction « Répondre à un message ». Tiens, j’efface son numéro à ce connard dont je n’ai que faire !

18h33 : Finalement, je l’effacerai demain, on ne sait jamais.

19h02 : « Vous avez un nouveau message ». Super, certainement encore un coup de l’ordinateur polonais libidineux. J’ouvre le message…

« Bonsoir. J’adore tes photos de pâtes à potage. Mais qui es-tu ? »

#Fail

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