Prends donc une crêpe !

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Hier, j’étais en mode « off » à la maison. J’ai commencé par me lever mollement, j’ai repassé trois tee-shirts et étendu une machine de linge ce qui m’a fortement épuisée. Donc, j’ai rapidement rechargé les batteries en mangeant une demi galette des rois et deux Schokobons produisant une forte attractivité de mon corps sur le canapé où j’ai surfé sur videdressing.com (article non sponsorisé, je précise).

J’ai passé 1 heure 30 à tenter de négocier un pull Hello Kitty sans succès. La vendeuse a conclu l’échange par un « Vous rigolez ! 55 euros pour un pull Hello Kitty, c’est me prendre pour le secours catholique ! ». Elle avait tort : je l’ai juste prise pour une grosse enfumeuse. Payer 55 euros, un pauvre pull d’occase avec un chat dont on ignore s’il a été castré ou non et s’il n’est pas porteur de la toxoplasmose, c’est de l’ordre du vol.

J’ai donc appelé ma mère pour lui raconter la mésaventure du pull Hello Kitty, l’événement majeur de ma journée.

Moi : T’imagine 55 euros pour un pull avec un chat même par vermifugé !

Ma mère : hummm… Ch’chûr.

(ndla : ma mère ne chuinte pas quand elle parle. Elle mangeait des profiteroles en parlant et tout le monde sait que le chocolat chaud collant au palais, il provoque de légers troubles de la diction).

Moi : Attends, une chatte avec un nœud rose sur l’oreille, c’est juste qu’elle est sous LSD. Et qui veut d’un pull porteur du message subliminal « Kikoo, j’aime les animaux toxicomanes ». Hein, qui ? NON MAIS PUTAIN QUI ! Et l’autre qui me parle de Secours Catholique ? Mais qui elle est pour se prendre pour le Secours Catholique ? Le Pape pourrait se prendre pour le Secours Catholique. Angelina Jolie pourrait se prendre pour le Secours Catholique. Même Nolwenn Leroy pourrait se prendre pour le Secours Catholique. Et Faudel…

Ma mère : Ch’ai compris !!! La vraie quechtion ma chérie, ch’est plutôt de chavoir pourquoi à ton âge, tu veux acheter des pulls de fillette ?

Elle avait marqué un point. Qu’est-ce qui dans mon enfance faisait qu’aujourd’hui je mangeais des Schokobons tout en « trippant » devant des photos de fringues avec une chatte pré-pubère ?

J’ai donc regardé dans le rétroviseur de ma vie…
Digression : putain, le mec qui a inventé cette expression, avec les royalties qu’il doit percevoir, il assure la rente de ses héritiers pour au moins 2500 ans, non ?

Je suis à peu près sûre que je n’étais pas une enfant comme les autres. J’étais différente. Pas le genre d’enfant qui tue des animaux après les avoir dépecés. Mais différente dans le sens « personne ne me comprend ».

C’est pour cela que j’avais l’habitude de me bagarrer avec ma mère et de finir par lui dire des choses blessantes dans l’espoir d’une réaction. Mais à part « La prochaine fois, tu claqueras la porte moins fort! Et quand tu seras calmée tu viendras manger les crêpes que j’ai faites avec amour », je n’avais droit à rien d’autre. Des crêpes ?! L’hallu ! Mais qu’est-ce que j’en avais à faire de ses crêpes ? Ma haine ne valait-elle donc rien face à une crêpe ?

Et puis, enfermée dans ma chambre et après 10 minutes d’éructation, je repensais petit à petit à ma mère, a tout ce qu’elle faisait pour moi et à ses crêpes. Ses merveilleuses crêpes. Face à moi-même, je culpabilisais, je me sentais plus mal que jamais.

Alors, je lui écrivais des lettres où je m’excusais de mon comportement, que je ne le ferais plus, que je ne voulais pas que cela se passe comme ça et que j’espérais qu’elle ne m’en tiendrait pas rigueur au point de me priver de cinéma. Je finissais ma lettre en esquissant une crêpe qui ressemblait à la planète Mars ou à une éruption cutanée. Au choix.

Puis, je lui glissais le mot sous la porte et j’écoutais discrètement derrière le bruit du papier déplié pour être sûre qu’elle l’avait bien lu. Au milieu de la nuit, j’avais des montées d’angoisse, je m’imaginais que ma mère allait mourir sans que je n’aie pu lui dire en face combien je l’aimais. Alors j’allais à côté de son lit pour vérifier son souffle. J’ai conscience que dans ce moment-là, je pouvais avoir l’air d’une psychopathe, genre enfant ayant l’intention de faire un parricide, mais je vous assure que cela partait d’un bon sentiment.

J’étais aussi cette enfant qui pleurait quand elle avait des mauvaises notes et que seules les crêpes de sa mère pouvaient réconforter. Cette enfant qui ne voulait que du mercurochrome et des crêpes pour soigner un genou écorché,. Cette enfant qui s’en prenait aussi – des crêpes – quand elle découpait les cheveux de sa sœur pour jouer à Jeanne d’Arc et que l’Autre – ma geignarde de frangine – pleurait toutes les larmes de son corps face à sa nouvelle coupe parce qu’elle n’avait rien compris à l’importance de la réalité capillaire historique.

Et aujourd’hui alors ? Et bien, je crois que je suis encore cette enfant qui aime les crêpes. Et surtout sa maman.

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