Le bal du long cou (ou comment on m’a forcée à lire du Tristane Banon)

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Aussi loin que je me souvienne, je crois avoir toujours été une fille de réflexion.

La dame : Tu préfères ton papa ou ta maman ?
(H+3 min après le début de la question)
BritBrit, 4 ans : Les deux. Maman parce qu’elle a des sous dans le porte-monnaie. Papa parce qu’il prend les sous de maman pour me les donner.

Le prof : Calcul mental. ((633-41/24)+17)x 25+7)2= ? Vous avez 30 secondes.
(H+10 min après le début de l’énoncé)
Le prof : Alors Brittany, on réfléchit toujours. Vous m’épatez, vous êtes la seule huître à avoir été jusqu’en 6ème. C’est pas mal pour un crustacé.
BritBrit, 11 ans : J’étais juste en train de me demander si malgré l’étendue de vos compétences somme toutes limitées, vous parviendrez un jour à faire autre chose de votre vie que prof minable et non ingénieur en physique thermonucléaire comme l’avaient sans doute rêvé vos parents, certainement éblouis par l’ignorance de votre débilité dissimulée et de votre chromosome 23 qui a frôlé l’anomalie. Au fait, l’huître n’est pas un crustacé mais un mollusque.

Le mec du bar : On pourrait sortir ensemble ?
(H+6 min après la question)
BritBrit, 25 ans : Au regard de la qualité de la conversation que nous venons d’avoir, de la tache de graisse que tu as sur ton tee-shirt, du montant de ton imposition et de l’herpès naissant sur ta lèvre supérieure, je crains malheureusement de ne pouvoir donner suite à ta proposition. Je te laisse payer l’addition ?

Ne pas réagir sur le coup de l’émotion est certainement une de mes plus grandes forces même s’il m’arrive parfois d’être très spontanée.
« OMG ! Je veux SES bottes ! DE SUITE ! »
« Et si vous arrêtiez de parler bellâtre pour que nous puissions aller batifoler dans une verte voiture ? »
Note : les pantoniers des concessionnaires sont parfois trompeurs et vous amènent à commettre parfois de graves erreurs de choix concernant la couleur de votre carrosserie).

Quoiqu’il en soit, c’est pour ma capacité à faire front à la réaction émotionnelle immédiate que Ladies Room m’a envoyée plus d’un an après sa sortie le livre de Tristane Banon, Le bal des hypocrites qui, rappelons-le, retrace six semaines de sa vie après l’éclatement du scandale DSK. Les passions étant plus ou moins apaisées aujourd’hui vis-a-vis de la blondinette – bien qu’elle vienne d’avoir des échanges musclés avec Nicolas Bedos -, le webzine avait besoin d’une critique objective, mûrement réfléchie et sereine sur la qualité du bouquin.

Sur le coup, je n’étais pas super enthousiaste à l’idée de devoir le lire. Vous ne l’auriez pas été non plus. Jamais je n’aurais pensé que nous nous serions rencontrés, ce micro-livre de 126 pages et moi, même si j’avais 1 heure à perdre dans la salle d’attente d’un gynéco.

Notre premier contact a été de nous regarder.

ImageSur la couverture, le profil de Tristane Banon en contre-jour. Et là, le choc ! Non mais, vous avez vu la longueur du cou de la fille ?! Sans rire, je n’ai jamais vu un cou aussi long. Naturellement j’entends. Chez les Padaungs dont les femmes-girafes sont mondialement connues, Tristane serait la bombe sexuelle de la tribu, la Shakira de la vertèbre cervicale.

Je fais un rapide calcul dans ma tête :
– Sachant que, selon Wikipédia, la hauteur de la tête représente 12 à 13 % de la taille totale de l’adulte,
– Sachant que Tristane Banon doit mesurer dans les 1m70,
=> Alors la hauteur de la tête de Tristane est de 22,10 cm environ.
Ainsi, selon la mesure approximative de l’écartement de mes doigts, son cou représente plus de ¾ de sa tête. Donc, le cou de Tristane = 22,10 x  ¾ = 16,575 cm !
IN-CROYA-BLE !

– Qu’est-ce que tu fais BritBrit ? me demande la rédac’ chef
– Je critique le livre de la Banon.
– En regardant la couverture ?
– Ben, c’est qu’il y a beaucoup à dire et des révélations extraordinaires sur la longueur de son cou.
– Pfff…

OK, elle est pas contente. J’ai compris, je vais le lire son truc.

Je l’ai lu. En entier. Chez ma gynéco. 
Alors que dire concrètement sur ce livre dont aujourd’hui tout le monde se fiche ?

J’écris ma critique.

« Trois choses sur Tristane Banon et Le Bal des hypocrites :

1. Est-ce bien écrit ? Oui. En même temps, l’auteure est normalement payée à écrire des piges pour Paris Match et Le Figaro, il serait malheureux qu’elle ne soit en fait qu’un emploi fictif dans un pays où le nombre de pigistes au chômage se compte en milliers.

2. Est-ce sincère ? Je le crois. Vu le nombre de fois où elle répète les mêmes choses qui tournent toujours autour du « tribunal médiatique », de la suspicion, de la pesante et incessante  justification, de son mal-être, de l’attente d’un « sauveur » inconnu et de sa victimisation, il serait malheureux qu’elle nous fasse subir tout ça pour rien.

3. Est-ce intéressant ? Ben… Ceux qui s’attendaient à lire une Christine Angot bis vont être déçus. Pas l’ombre du récit de « la scène » avec DSK, pas l’ombre d’une main sur un sein ou d’un mot pornographique. C’est certainement mieux comme ça.
En réalité, Le Bal des hypocrites, c’est un peu comme une longue interview de Tristane Banon dans VSD. Vous savez, de celles qui relatent la descente aux enfers de la star et qui montre comment l’écriture/ l’amour/les gosses/ le tantrisme/ le massage des pieds ou je ne sais quelle autre raison bidon justifie qu’Elle, la vedette, a décidé d’aller de l’avant malgré tout. Ce livre n’est à mon sens rien d’autre.

Conclusion : Si vous aimez VSD, lisez-le. »

– Ca y est Steffich, j’ai fini ma critique !
(Lecture silencieuse des précédentes lignes par la rédac’Chef)
– Alors, ça te plaît ?
– Finalement, tu ne voudrais pas plutôt parler de cette histoire de cou immense ? Ça me semble beaucoup plus pertinent que le reste.
– Ah…

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