Mon père, Daniel Guichard et moi

J’échange beaucoup par mail. C’est d’ailleurs pratiquement mon seul mode de communication car même mon téléphone est souvent relégué à jouer un unique rôle de messagerie vocale.

J’ai donc créé tout un système pour filtrer les spams, classer les publicités de viagra vs celle de monshoowroom, mis en place des alertes « mails VIP »,… Si je devais avoir un talent reconnu et bien payé, cela serait certainement celui de maîtriser à la perfection Outlook.

Sauf qu’il y a certains messages contre lesquels je ne peux rien : les mails de mon père. Vous allez comprendre.

Mon père adore les chaînes de emailing, avec des jolies fleurs, des paysages paradisiaques, des buddhas et des musiques ridicules comme celles que l’on entend dans les restaurants chinois. Je parle de ces mails que vous devez ensuite faire tourner auprès de vingt de vos amis sinon tous les malheurs du monde vont s’abattre sur vous, votre chat et sa descendance pendant au moins dix générations.
Il est évident qu’avec le nombre de chaînes de mails que mon pèrte envoie à son carnet d’adresse, il devrait vivre pendant au moins 120 ans encore, le portefeuille blindée comme celui d’un Hilton (n’importe lequel de la famille, ils ont tous des stocks option) et avoir l’esprit aussi serein qu’un ravi de la crèche.

Aujourd’hui encore, mon père m’a envoyé un PowerPoint, typo Arial, corps 24 points. Je ne peux plus supporter, j’en deviens hystéro. En plus, je ne m’y attendais pas parce que franchement, nous avions passé un super dimanche ensemble et que je ne méritais vraiment pas de recevoir cette horreur. J’avais envie de lui dire :

« Mais pourquoi tu ruines le bon temps que nous avons passé ensemble ce week-end avec des putains de photos superposées sur un fond jaune moutarde dans le but de sauver les ragondins de la montée des eaux ? Mais merde quoi, j’ai des trucs plus importants à gérer, un blog à écrire, des cocktails à goûter, des solutions à chercher pour que ce dealer de pilules cesse de m’envoyer des textos la nuit. Tu peux comprendre ou pas ?»

Ca, c’est ce que je devrais lui dire, mais je ne le fais pas car je sais comment cela va se finir. Je vais l’appeler, lui dire ses quatre vérités en face, je vais lever la voix plus que je ne le voudrais et il va chanter.

Oui, dès que mon père veut me faire culpabiliser, il chante « Mon vieux » de Daniel Guichard. Allez savoir pourquoi, mais cette chanson touche mon coeur, le réduit en grosse larme et me fait sentir extrêmement fautive.

– Non, papa, je ne peux pas aller à la pêche avec toi.
– Dans son vieux pardessus râpé…
– Mais si j’avais le temps, je viendrais. Je t’assure.
– Il s’en allait l’hiver, l’été…
– Et non, je ne veux pas non plus faire une vidange avec toi.
– Dans le petit matin frileux, Mon vieux…
– Peux-tu te mettre une seconde à ma place et comprendre que j’ai une vie et qu’elle ne se passe pas forcément à faire des choses avec toi ?
– Maintenant qu’il est loin d’ici / En pensant à tout ça, j’me dis…
– J’ai un dealer qui n’arrête pas de…
– « J’aim’rais bien qu’il soit près de moi PAPA… »
– OK, file-moi un hameçon. C’est toujours de la 15W40 pour l’huile de vidange ?

Je crois que finalement, c’est à cause de lui et cette foutue chanson que nous sommes tout deux précipités, pieds et poings liés, dans des délires émotionnels qui troublent sérieusement ma stabilité psychologique.

#FuckDanielGuichard
#LoveYouDad

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