Lettre au joli garçon avec qui je suis sortie au collège…

Salut,

Tu ne dois certainement pas te souvenir de moi. De mon côté, c’est tout le contraire. Je me rappelle t’avoir féliciter à la fin d’un de tes concerts ; tu jouais alors de la basse dans le groupe de grunge du collège et tu ressemblais un peu à Kurt Cobain. OK, tu avais un problème de décoloration capillaire, mais à 14 ans et demi, on ne sait pas forcément que le blond obtenu par application d’eau oxygénée rend toujours le cheveu jaune pisseux.

Donc ce jour-là, on a échangé quelques mots. Tu m’as demandé mon avis sur votre reprise de « Smell like teen Spirit » en version reggae. Je pense que je n’ai pas été très précise dans mon analyse et que, comme je n’arrivais pas à former des phrases complètes, on a fini par s’embrasser. Je me suis blessée la lèvre sur une de tes bagues dentaires, tu as pratiquement touché ma luette avec ta langue. Fin de l’histoire. C’est certainement comme ça que font les stars du rock pour remercier leurs fans d’être venu les voir.

Quoi qu’il en soit, ce fut un grand moment pour moi et j’y pense avec tendresse à chaque fois que l’on me demande mon avis sur Nirvana et que depuis, j’arrive à formuler des discours cohérents. Tu sais, j’ai beaucoup grandi depuis cette époque. Je ne parle plus à mes chaussures et j’ai tatoué une citation de Kant à l’intérieur de ma cuisse. Oui, je suis beaucoup plus cool et adulte aujourd’hui.

Tu dois certainement te demander pourquoi je t’écris aujourd’hui et te dire que je dois bien être au fond du trou pour t’envoyer ce message. Détrompe-toi. Depuis le collège, j’ai eu quelques aventures avec des garçons très bien et que même « je l’ai fait ». Plusieurs fois. Avec plusieurs personnes. Parfois le même soir. Une fois en même temps. Bref, là n’est pas le sujet.

Le truc, c’est que depuis mes 14 ans, j’ai regardé beaucoup de films de fille. Tu sais, ceux-là où le synopsis est toujours le même : une histoire de premier amour de jeunesse que l’on perd de vue, que l’on retrouve ensuite une fois adulte avec dans les yeux la même lueur de passion. Après quelques mésaventures, les deux protagonistes finissent par se marier dans la propriété familiale et tout le monde est heureux.

Ainsi, à l’éclairage de l’ensemble des scénarii de ces films, il apparaît que nous devons finir ensemble. Alors n’attendons pas la fin de mon premier mariage (cela pourrait arriver sans que je m’y attende), un cancer, le cholestérol ou que je vive de nouveau chez mes parents à plus de 30 ans, pour former un couple qui a toutes les chances de fonctionner.

Je tiens à te rassurer sur mon physique. Je porte tous les jours de l’eye-liner. Je me lave le visage avec un machin au thé vert qui est censé entretenir la jeunesse et mes parents sont prêts à me faire une avance sur héritage en prévision d’injections de toxine botulique si cela peut m’aider pour trouver un mari. Financièrement, je m’assume jusqu’au 15 du mois.

Enfin, et si cela peut finir de te convaincre, sache que je porte des jupes miniatures avec beaucoup de grâce et je suis pour que la France se lance de manière plus offensive dans la production de rhum.

De ton côté, j’espère que tu as conservé ton joli minois de Kurt Cobain et qu’il te reste des cheveux.

J’ai hâte de te lire.

Bisous,

BBC

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