Conte extraordinaire pour chats ordinaires

Chers lecteurs,

Vous avez nombreux à réclamer le conte du « chaton et de la tondeuse » évoqué dans ce billet.

Cependant, malgré les nombreuses pressions exercées sur BritBrit Chérie ce week-end (privation de Pina Colada, séquestration de son chat et de la boîte à bonbons, mise en panne de la télé au moment de la rediffusion des « Ct’tis à Mykonos »,…) afin que celle-ci transcrive ce merveilleux conte, votre auteure favorite a préféré explorer les voies de la procrastination.

Heureusement, et vous ne le savez peut-être pas, mais comme nous travaillons toutes deux sur un projet d’Histoires pour chat, j’ai retrouvé dans un de mes tiroirs cette fiction qu’elle avait écrite il y a quelques années et qui devait être normalement promise à lecture pour une classe de CP.

J’espère que celle-ci vous comblera et saura vous faire patienter jusqu’à ce que BBC prenne de nouveau le chemin de l’écritoire.

Bien cordialement,

Océane Morand
Editrice de blogueuses de légende

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LE SAC

Tout était calme ce matin-là. Dans un coin de la grange et lovée dans un petit nid qu’elle avait spécialement préparé pour l’occasion, Minoucha regarda ses nouvelles progénitures. Elles avaient seulement quatre jours et pourtant, elle pouvait déjà entrapercevoir quelle serait leur personnalité. Il y avait la peureuse tachetée de noir et de blanc, le tigré déjà autoproclamé roi de la portée, le gourmand avec encore les moustaches pleines de lait et la rouquine, certainement la plus indépendante des quatre.

Un bruit. Le fermier.
« Taisez-vous. Taisez-vous chatons » semblait dire son regard avant de les engloutir sous son ventre encore lourd et de se tapir le mieux qu’elle pouvait pour ne pas se faire remarquer.
L’homme farfouilla dans son établi. « Mais il est où ce satané sac ? Jamais rien à sa place ici …» bougonnait-il. Il repartit le pas traînassant en direction de la maison tout en continuant de maugréer.

La chatte redressa doucement la tête, renifla l’air et, quand elle fût certaine que le danger était éloigné, elle souleva son corps pour libérer les chatons qui maladroitement s’extirpèrent du cocon maternel. Elle les observa un long instant, le cœur soulevé de cette fierté que seules les mères peuvent éprouver.

Le soleil était maintenant à son zénith. Les petits dormaient paisiblement les uns entremêlés aux autres.La chatte sentit la faim commencer à la tirailler. Il était temps de regagner des forces. Elle se leva tranquillement en prenant garde à ne pas réveiller ses chatons. Elle leur donna à chacun un petit coup de langue précautionneux et, à pas de loup, quitta la grange.

Il faisait chaud ce jour-là. Minoucha se dirigea devant la porte de la cuisine de la ferme. L’eau de sa gamelle s’était entièrement évaporée sous les rayons du soleil. Quelques vieilles croquettes étaient éparpillées autour de l’assiette vide de toute nourriture. La chasse s’imposait.

Elle s’enfonça dans le champ de maïs qui jouxtait la propriété. Elle savait qu’elle y trouverait quelques mulots. Le temps passe vite quand on doit épier sa proie, s’en approcher avec le plus grand silence, choisir le moment d’inattention et enfin, porter le coup fatal mais savoureux.

Le ventre rempli, elle vit le soleil poursuivre sa course inexorable vers l’ouest. La soif la tenaillait. Elle choisit de faire un tour par le ruisseau avant de regagner la grange. A la vitesse de l’éclair, elle courut à travers les pieds de maïs. En quelques bonds, elle traversa le fossé et se retrouva au bord de la petite rive. Goulûment, elle lapa l’eau avec délectation. Elle sentait le liquide glisser dans sa gorge et humidifier ses muqueuses desséchées.

Un sac transparent s’échoua non loin d’elle. Par curiosité, mais aussi par gourmandise, elle s’en approcha pour y jeter un bref coup d’œil. Et là…

Elle reconnut le pelage tacheté de noir et de blanc. Elle vit les yeux clos de son chaton-roi. Elle devina les moustaches encore laiteuses de son petit grassouillet. Elle entendit le dernier râle de l’indépendante rouquine.

Le fermier avait retrouvé son sac et la portée.

(c) BritBritChérie – « Simbabwé »

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