Prière au dieu des (pauvres) mamans

Cher Dieu des (pauvres) mamans,

J’ai mis « dieu » et non « déesse » car je suppose que pour infliger pareil supplices à des femmes qui ne demandent qu’à transmettre beaucoup d’amour en plus de perpétuer l’espèce humaine, tu ne peux être que du genre masculin. Mais là n’est pas le propos.

Je t’avoue que je suis la première surprise de t’adresser cette prière. Comme tu le sais certainement, j’ai l’interdiction d’approcher un enfant à moins de 20 mètres. Ceci n’est pas la cause d’une injonction judiciaire qui aurait tout à fait pu être justifiée au regard de la classe de maternelle que j’aie entièrement terrorisée avec mon conte philosophique « Le chaton éclatée par une tondeuse », mais pour des raisons d’allergie chronique aux moins de 13 ans, provoquant chez moi irritabilité, pensées mauvaises et inscription à la page fan Facebook de Véro Courjault.

En fait, je ne sais pour quelle raison, je me suis surprise à parler avec une fillette à la caisse d’un supermarché qui voulait mon avis sur les barrettes HelloKitty que sa mère lui forçait à porter. Je te passe mes commentaires sur le sujet – « Ta mère fait certainement un transfert sur toi en plus d’avoir mauvais goût », « Franchement, on dirait des contrefaçons. Regarde la gueule de la chatte, on dirait qu’elle a été défoncée par un éléphant », « J’ai un plan pour des rubans à cheveux têtes de mort si ça t’intéresse »,…-, mais cette petite discussion m’a en quelque sorte remplie de joie. Joie de partager, joie de transmettre mes valeurs, joie de voir dans ses yeux que j’étais quelqu’un d’absolument fabuleux.

Serais-je donc rattrapée par un instinct maternel fulgurant ou la biologie d’une horloge détraquée ou d’une toute autre connerie du même genre qui m’amènerait un jour peut-être à envisager la procréation de mon être ?

Dans le doute, je préfère donc que tu considères avant les quelques petites choses suivantes quant à l’embryon que tu choisiras de me livrer.

Pour commencer, il est d’ores et déjà bien entendu que tu m’éviteras tous les « poncifs » de la grossesse qui ne servent à rien comme les grosses veines de ventre, la couperose, les poils qui remontent jusqu’au nombril. Idem pour les kilos supplémentaires, ne joues pas dans la surenchère. Après calcul, je pense que 4 est un bon chiffre :

  • Bébé : 2,5 kg
  • Placenta : 800 gr
  • Cordon ombilical : 50 gr
  • Liquide amniotique et fluides divers : 550 gr

Je t’accorde quelques vomissements que je pratique déjà après des soirées un peu trop arrosées, et les envies car cela me donnera une bonne raison d’aller visiter le placard à gâteaux même à deux heures du mat’.

Question enfant puisque là est le gros du sujet, cela serait vraiment bien que tu m’en refiles un assez calme et qui obéit. A partir du moment où ce n’est pas pathologique, et j’insiste sur ce point car je ne suis pas non plus un monstre, je ne suis pas contre les enfants à particularités qui seraient apathiques ou pratiquement muets (surtout quand je regarde la télé). J’aime aussi les enfants qui ne font pas d’histoire, vont au lit sans ronchonner, se lavent les dents tout seuls, vident le lave-vaisselle,…

J’ai cependant bien conscience qu’un enfant ne peut être parfait et que si j’en voulais un tel que décrit ci-dessous, je n’aurais qu’à passer commande aux sculpteurs qui s’occupent des statues du Musée Grévin bien qu’il arrive qu’ils fassent de gros ratages question physique.

Donc, dans tous les cas, je te prierai de :

  1. Ne pas vider chez moi ton stock de demeurés qui font encore pipi au lit à 9 ans ou qui chialent dès qu’ils tombent sur le tatami en cours de judo.
  2. Faire en sorte que mon ovule ne croise pas un spermatozoïde au cerveau reptilien. J’entends par là que je n’ai aucunement envie d’avoir affaire à un enfant pour qui l’affrontement est la base des relations humaines. J’en connais un par exemple qui, dès l’école maternelle, trouvait très drôle de cracher ses miettes mâchouillées de Granola à la gueule de ses camarades. A 8 ans, il finissait tous ses cours d’échasses landaises avec un œil au beurre noir. Enfin, à 12 ans et demi, il a été libéré sous caution après avoir vendu des cigarettes dont le tabac était coupé avec de la cocaïne, du basilic frais et les restes de ses interros de maths, et s’être battu avec son fournisseur d’herbes aromatiques. J’espère que tu comprends le malaise.

Pour finir, je te demanderai de me protéger. Oui protège-moi de ne pas avoir à appeler le père de mon enfant, celui qui devrait être à la fois mon mari, mon meilleur ami, mon amant, mon phare, « papa ». Franchement, cela me ferait bien mal au cœur de m’entendre dire « Oh oui papa, fesse-moi encore ! ».

Sur ce, je te souhaite une bonne sélection embryonnaire pour tous tes membres. Tu peux laisser mon dossier en dessous de la pile encore un moment, j’ai un chat qui pallie mon manque affectif.

Bisous,

BritBrit Cherie

PS : Si tu en as envie, je suis à ta disposition pour te raconter mon conte de chat et de tondeuse. Il devrait te plaire.

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