Disney et les cinq vilains mensonges

J’ai toujours su au fond de moi que j’étais quelqu’un de bon car j’ai réussi à pleurer devant tous les films Disney. Quand on est capable à l’âge adulte d’être autant en empathie avec les petits oiseaux, les dragons, les chiens qui aiment les renards et les voitures de course qui tombent amoureuses, je crois qu’il n’y a rien de plus à apprendre à propos de ma sensibilité intérieure.

Ainsi, je fais donc partie de cette génération biberonnée aux bons sentiments, élevée selon une vision manichéenne de la vie et des relations sociales, le tout sur fond de « Hakuna Matata » et de « il en faut peu pour être heureux ».

Sauf que malgré mon sentimentalisme à deux balles devant une portée de chiots dont l’avenir est promis à un horrible fourreur, je ne suis pas dupe : Disney a omis de nous dire des choses ;  pire, il nous a menti. Entre propos réactionnaires et contes  merveilleux aux dessous sombres, la magie n’est finalement pas vraiment celle que l’on croyait.

1. Dans la vie et quand on est une fille, on ne peut s’en sortir que si on est jeune et belle.

Parce que vieille et belle, tu finis au mieux paysanne dans un second rôle consistant à acclamer la Belle et la Bête lors de leurs épousailles, au pire sorcière (ex : la belle-mère de Blanche-Neige). Remarquez que sur ce dernier point, être vieille et moche revient au même.

Quoi qu’il en soit, voilà l’un des principaux enseignements de Disney et bien évidemment, je ne suis pas de cet avis. La vie nous montre tous les jours que l’on peut réussir sans pour autant avoir le physique d’un ange sous-alimenté de Victoria’s Secret. Qu’on les aime ou non, il n’est toutefois pas possible de dire que Susan Boyle ou Angela Merkel ont raté leur vie. D’ailleurs, Angela vit depuis 14 ans une folle passion avec un prof de chimie. Et quand je vois la tête du prof de physique-chimie de ma cousine Valentine, je suis tout à fait partante pour me remettre à la mécanique des fluides.

Bref, ce que je pense d’être une fille jeune et belle et au regard des expériences des héroïnes Disney, est que cela représente un avantage certain pour communiquer avec les petits animaux de la forêt ou demander à une souris de nous filer un coup de main pour ranger et nettoyer l’appart. Mais il convient de rajouter que ceci reste encore à prouver.Si vous êtes jeunes et belles, merci de m’éclairer sur ce point précis.

2. A l’opposé du précédent précepte (ou presque), la beauté de l’âme est bien plus importante que la beauté physique

Deux choses sur ce point :

– La beauté chez Disney est très relative. Généralement, les héroïnes Disney ont physiquement tout à fait les moyens de poser pour la page centrale de PlayBoy.

– Disney définitit de manière très sommaire la laideur. Audrey Pulvar serait donc ravie d’apprendre qu’au pays de Mickey être moche consiste à avoir de grosses lunettes et une touffe de cheveux pas faciles à brusher (cf. Anne Hathaway dans « Princesse malgré moi»).

Quoi qu’il en soit, et parce qu’il aurait été inacceptable que Disney renie complètement son précédent enseignement  (voir « 1. Dans la vie et quand on est une fille, on ne peut s’en sortir que si on est jeune et belle »), si vraiment tu es un laideron et la star du film, tu te transformes en beauté ultime quoi qu’il arrive. C’est d’ailleurs le seul but recherché pendant toute l’histoire, l’idée n’étant pas de conclure sur le fait que tu peux être laid et heureux, ça ne serait pas Disney.

3. Le prince charmant est la seule solution pour sortir de la misère sexuelle et financière.

Effectivement, un mec issu de l’aristocratie qui habite dans un château, plutôt agréable physiquement et dont l’assise financière semble être un coussin  rembourré de dollars peut y aider. Mais est-ce pour autant la garantie de faire un mariage heureux, sans violence conjugale, sans éjaculation précoce, offrant une alternative de vie allant au-delà de faire des marmots ou de se promener en chantant de l’opérette dans un parc ? Pas sûr.

Prenez Charlène de Monac’. On n’a sincèrement pas l’impression que malgré les diamants, les jolies robes et le bal de la Rose, sa vie de château soit une franche rigolade, et qu’Albert réussisse à vraiment la détendre (si vous voyez ce que je veux dire… héhéhé). Quant à Dirty Harry, il ne m’étonnerait pas au regard des derniers clichés pris à Las Vegas, qu’il ait quelques affinités communes avec DSK et ses accointances sexuelles.

De plus, attention je ne dis pas qu’Albert ou Harry aient un intérêt manifeste pour cela, mais avez-vous remarqué la tendance nécrophile des Princes tels que décrits par Disney ? Que diriez-vous d’un mec qui embrasse une minette empoisonnée par une pomme, placée dans un cercueil de verre  par des nains ? Pareil pour l’autre dingo qui combat un redoutable dragon avec pour objectif final d’aller rouler une pelle à une fille endormie depuis 100 ans dont on ignore encore s’il demeure ou non une activité cérébrale. Croyez-moi, les princes, aussi charmants soient-ils, ne sont psychologiquement pas très équilibrés et parfois il vaut mieux miser sur une bourrique plutôt que sur un étalon pervers et boiteux.

4. Pocahontas, l’histoire merveilleuse et impossible de deux êtres jeunes et beaux, mais que tout oppose.

Et ma mère, elle danse la salsa en roller avec Taïg Kris dans un Starbuck café !?!  «Pocahontas » le dessin animé, est tiré d’une histoire vraie, mais la version Disney, qui a astucieusement sous-titré son film « Une légende indienne » comme pour s’excuser de ses  arrangement avec la réalité, est effectivement bien loin de la véritable histoire de son héroïne.

Pour votre culture, sachez donc que la jeune Powhatan avait environ 12 ans lorsqu’elle rencontra John Smith le colon anglais qui devait avoir dans les 35-40 ans. Si vous voulez ma conviction profonde,  elle n’a pas forcément dû avoir le choix de l’accouplement. De nos jours, on appellerait ça « tourisme sexuel doublé d’un acte de pédophilie ».
Je vous passe les détails sur la suite de la vie de la pauvre Poca, mais retenez qu’elle finit sa vie à 21 ans sur un bateau des suites d’une pneumonie ou d’une tuberculose. Alors pour la belle histoire, on repassera.

NB : La question irrésolue de la légende est la suivante : pendant tout ce temps, il faisait quoi Meeko, le raton-laveur de Poca ? Il troussait du chocolat dans du papier alu en espérant se taper une marmotte ? Je suis sûre qu’il a été bouffé ou piqué.
De trop nombreux points sombres dans cette affaire, je vous dis.

5. Toute histoire à une fin heureuse.

Nous ne reviendrons pas sur le cas Pocahontas que l’on pourrait qualifier d’anecdotique. De même, nous n’explorerons pas la piste selon laquelle l’histoire s’arrête à un moment bien précis et que les suites des aventures de nos héros ne sont jamais très réussies, raison pour laquelle elles sont vendues exclusivement en DVD. Ce dernier exemple est toutefois la preuve qu’après de tumultueuses aventures, d’autres restent encore à affronter.

Mais disons juste ceci : à en croire Disney, quels que soient les mauvais coups du sort ou les pensées négatives que l’on peut avoir, l’avenir devient meilleur à partir du moment où l’on chante à pleins poumons une chanson gonflante en se tournant vers un sublime soleil couchant, les bras écartés indiquant que l’on embrasse la Vie.

Imaginez donc la gifle psychologique que je suis en train de prendre quand, après quatre longues années à porter un appareil d’orthodontie et l’interprétation à tue-tête de « …baby one more time » pour conclure l’affaire, je suis toujours dans l’attente que Ryan Gosling se pointe chez moi dans un magnifique carrosse tiré par deux poneys arc-en-ciel et trois licornes pour m’emmener dans sa villa de Malibu Beach.

Il m’est pourtant difficile de me débarrasser de l’idée qu’une chanson pleine d’espoir entonnée sur fond de décor aux lumières multicolores et éclatantes ne suffit pas pour que mon existence devienne magique. Je vais donc me contenter de jeter une poignée de confettis colorés sur mes soucis et qui sait, ma vie deviendra-t-elle aussi féerique que celle dont j’ai toujours rêvée.

Crédit photos : Thomas Czarnecki

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