Au secours, je retourne vivre chez mes parents !

La vie nous a toujours été présentée comme quelque chose de plutôt linéaire, ponctuée par des moments-clés. Tu nais, tu grandis, tu passes un diplôme, tu travailles… si tu peux, tu fais quelques expériences amoureuses plus ou moins rigolotes, tu rencontres ton âme sœur, tu te maries, tu fais des gosses, dans 50% des cas tu divorces, tu fais un AVC ou un cancer ou une bonne maladie d’Alzheimer (la triplette des maux est également possible), tu vas en gériatrie, tu meurs, point final.

Bien évidemment, même si les grandes lignes de l’existence sont là, on ne peut pas réduire la Vie à ça, cela serait faire impasse sur l’Imprévu qui la parsème de micro-événements plus ou moins sympathiques. Et s’il en est un auquel on peut parfois être confronté et ui présente un degré de pénibilité assez accru, c’est bien celui qui consiste à retourner vivre chez ses parents l’âge adulte pourtant bien entamé.

Il y a tout un tas de raisons, plus ou moins justifiées, qui peuvent vous amener à cohabiter de nouveau avec papa-maman :

– Vous ne savez pas vous faire à manger seul. Ni votre linge. Ni le ménage. Ni les courses. En bref, vous êtes complètement assisté et vous ne comptez pas changer sur ce point (autant travailler tant qu’on y est !),
– Vous êtes radin et chez vos parents tout est gratuit,
– Vous avez besoin de compagnie depuis que votre chat est mort,
– Vous avez besoin d’une baby-sitter à temps plein pour garder vos cinq moufflets,
– Vos parents ont une super connexion Internet,
– Vous voulez épouser votre mère/votre père depuis que vous avez 3 ans, alors ce n’est pas à 34 ans que vous allez « lâcher » ce rêve d’amour éternel. Et quoi de mieux que de s’immiscer dans le couple parental ?
– Votre père a une super retraite de l’armée qui vous permet de vivre confortablement à trois dessus,
– Vous avez décidé d’écrire votre biographie allant de votre naissance à vos 25 ans, mais aucun éditeur n’a souhaité vous faire d’avance,
– Vous avez claqué tout votre argent dans l’achat sur Ebay d’objets ayant appartenu à Kim Kardashian et vous êtes désormais dans l’impossibilité de subvenir financièrement à vos besoins primaires.
– Vous venez de vivre une rupture sentimentale et seule votre maman sait faire le riz au lait qui vous réconforte en cas de malheur.
– Vous êtes tout simplement en train de rater votre vie.

Quoi qu’il en soit, c’est la valise chargée et parfois le cœur lourd que vous retournez à la case départ : votre chambre d’enfant avec sa frise de nounours sur les murs, votre vieux Kiki au nez mâchouillé et un poster des New Kids On The Block scotché sur la porte.

C’est sûr, le tableau n’est pas très folichon et il apparaît clairement que même si on aime ses parents, le séjour risque de ne pas être une partie de plaisir. Mais quand faut y aller… vous connaissez la suite.

Etant donné que je ne connais pas vos parents, leur degré d’autoritarisme et de « supportabilité », et au-delà des règles de base qui n’ont pas changé depuis vos 14 ans – ne pas répondre, ranger sa chambre, « no zob at home » -, il serait prétentieux de ma part de vous donner les clés pour un retour à la maison dans la bonne humour et la gaieté.
Cependant, il existe deux/trois astuces pour que ce « moving back » ne se termine pas dans un bain de sang, l’œil de votre père transpercé par les bois de la tête de cerf empaillée du salon. Je connais personnellement quelqu’un qui a menacé de tuer ses parents avec une défense de sanglier mort dont la famille se servait de porte-couteaux pour les grandes occasions Ceci a été dit sous l’effet de l’alcool, mais une telle arme de crime ne peut avoir été choisie qu’avec préméditation et après de longues nuits à se torturer l’esprit.

Donc, premièrement, veillez à bien disposer d’un endroit qui vous soit propre. Si c’est pour squatter le canapé de la véranda parce que votre chambre est désormais attribuée à Rocco, le teckel qui a pris votre place dans le cœur de vos parents, autant aller chez votre tante Yvonne même si son appartement sent en permanence la tortilla à l’huile. Au moins, vous saurez que vous aurez à manger et pas forcément du Fido.

Ensuite, je crois que pour supporter un retour dans la maison familiale, c’est comme pour aller au ski ou dans une soirée SM, il faut être parfaitement équipé(e). Pensez donc à ces deux choses essentielles :

  •  Une bonne paire d’écouteurs. Mieux, un de ces casques insonorisés qui vous isoleront parfaitement de toutes les « radoteries » que pourraient vous raconter votre mère sur son épaule droite (« Quand il va pas faire beau, ça me ronge. Un peu comme si quelqu’un me rabotait l’os à vif. Bon appétit ma chérie»), l’intérêt du mariage avec un dentiste (« Quand tu vois ce que rembourse la Sécu sur les couronnes et le prix que ces dentistes les revendent… ») ou encore les escarres de votre grand-tante (« Ah ben, ça suinte de partout. Tu veux des tomates ? »).
  •   l’alcool qui représente plusieurs avantages :
    – vous offre un formidable pouvoir d’ubiquité, comprendre vous êtes là mais votre esprit trottine sur Mon Petit Poney Arc-En-Ciel (ça me le fait souvent quand je bois, pas vous ?)
    – Embelli le moment présent et au passage l’horrible cuisine « chapeau de gendarme » vendue une fortune qui a fait des ravages dans les 80’s.
    – Permet de supporter bien des conversations sur, au hasard :

    • la politique : « Quand on veut travailler, on trouve ! Mais bon, tu pourrais te trouver un gentil mari et rester à la maison pour élever vos enfants. Ca ferait du boulot pour les autres et y’aurait moins de chômage»
    • la société : « Tu serais mariée s’il n’y avait pas tous ces homosexuels de maintenant »
    • l’immigration : « Vu ton âge, ton père et moi, on serait prêts à accepter à ce que tu épouses un arabe »
    • la santé : « j’ai entendu dire qu’on pouvait cicatriser du vagin à partir d’un moment… Tu comprends ce que je veux dire ?…» (oh, maman !!!!)

Enfin, prévoyez des échappatoires qui vous permettent de prendre la fuite physiquement mais aussi psychologiquement.

  1. Le travail. Si vous n’en avez pas, inventez-en un comme ramasseuse de châtaignes (c’est de saison et ça vous fera prendre l’air), goûteuse d’alcool de la cave parentale, dame de compagnie pour Rocco le chien,…
    Je vous assure que dans une situation de retour chez ses parents, votre l’angoisse de devoir passer l’après-midi sur le canapé à regarder Slam et votre imagination seront  véritablement moteurs pour que vous trouviez un emploi même fictif dans les plus brefs délais
  2. Des trucs entre potes. Ne lâchez jamais vos copains, ils seront comme votre bouée en pleine mer par temps de tempête : la seule chose à quoi vous raccrocher pour quitter l’ambiance familiale. S’ils ne sont pas disponibles pour vous parce qu’ils ont eux aussi une vie par ailleurs, faites en sorte qu’ils le deviennent et marquez-les à la culotte. Par exemple, organisez des soirée télé chez eux, prévoyez des activités obligatoires (bowling, diapo party, patchwork collectif,…). Vous trouverez forcément de petits trucs qui feront que leur appart sera finalement un peu le vôtre.

Je ne saurai terminer ce billet sans vous recommander une dernière petite chose mais qui est de loin la plus importante : ayez un bon sens de l’humour parce qu’à bien y regarder, dormir à côté de Rocco même s’il ronfle ou d’avoir son jeans repassé avec le pli marqué au milieu de la jambe, c’est finalement bien plus risible que pathétique.

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