Lettre ouverte à Mère Nature (rapport à mes allergies)


Chère Mère Nature,

J’ai comme l’impression que toi et moi ne sommes pas faites du même bois en dehors du fait que mon père n’est pas Dieu et que mes parents m’ont créé en bien moins de temps que sept jours.

Cependant, tu m’inspires un profond respect et j’ai toujours fait de mon mieux pour prendre soin de toi. La litière de mon chat à base de pins des Landes est 100 % naturelle, je trimballe depuis 3 mois dans mon coffre une poche avec toutes mes capsules Nespresso en ayant la ferme intention de les recycler un jour, je refuse même de mettre au monde des mini humains qui puiseraient sans relâche dans tes ressources naturelles jusqu’à épuisement.

Toute petite, j’étais déjà à ta cause acquise. Pour preuve, je me suis mariée avec un arbre à 7 ans,  mes parents ayant refusé que je devienne lesbienne. En fait, j’ai toujours pensé que toi et moi étions du même côté et que nous étions en quelque sorte des Best Friend For Ever.

Pour cette raison, j’aimerais savoir POURQUOI, A CHAQUE PRINTEMPS  TU TE PERMETS DE DETRUIRE MA FACE À COUP DE GRAMINÉS ? J’ai l’impression d’avoir été passée à tabac par un flic après 48 heures de garde-à-vue.

Au rythme où cela va, je pense que je vais bientôt devenir actionnaire majoritaire chez Zyrtec et sais-tu combien ça coûte une boîte de Zyrtec ? Tu t’en fiches hein, parce que tu as bien d’autres préoccupations comme faire frissonner les feuilles des bouleaux ou bourgeonner les poiriers en même temps que les adolescents.

Pour tout dire, tu te désengages de toutes ces responsabilité liées au blé que je dépense à cause de toi au prétexte que tu es Mère Nature et que, par ton essence même, tu es loin de ces bassesses matérielles.

Mais moi, je suis née ici et je n’ai pas choisi d’être dans un système capitaliste gouverné par la bourse, les banques et les laboratoires pharmaceutiques où le prix d’une boîte de Zyrtec flirte avec les 15 euros. Tout ça, c’est à vous dégoûter de la nature…

Alors, pourquoi ? POURQUOIIIII MOIIIII ???!!

Pourtant, je ne souhaite qu’une seule chose : t’aimer ! J’adorerais profiter des beaux jardins dès les premiers rayons de soleil, jouer aux petits parachutistes qui débarquent en Syrie avec les aigrettes de pissenlits, faire l’amour dans les prés de rosée habillée. Tu vois ce genre de petits bonheurs de la vie.

Je voudrais aussi pouvoir sortir en public sans que mes globes oculaires ne se transforment en balles de ping-pong rouges sang prêtes à sortir de leur orbite. Je voudrais laisser ma beauté naturelle s’exprimer et ne pas ressembler à un lapin atteint de myxomatose qui va crever devant sa portée de bébés.

Je souhaiterais tant me rouler dans l’ herbe sans que mon corps ne se recouvre  d’érythèmes qui le font ressemble à un livre en braille. J’en ai assez de renifler toutes les 30 secondes et devoir sortir sans cesse un mouchoir en tissu de ma manche pour ne pas avoir à jeter des Kleenex qui pourraient t’être nocifs.

Qu’ai-je donc fait, Mère Nature, moi qui suis une personne si attentionnée envers toi ? Pourquoi m’en faire baver au point de coller mes yeux tous les matins avec des petites crottes jaunes fluo ?

OK, je ne suis pas la seule personne victime de tes allergies. Chaque printemps, tu ruines des millions de vies, mais je suis persuadée qu’eux le méritent certainement.

Alors, en tant qu’ancienne scout qui a ramassé des tas de mégots sur la plage et débarrassé les rivières de milliers de canettes de soda pendant plus de 4 ans, je t’emmerde ! Je vais faire voir rouge à mon empreinte écologique, mettre un moteur sur mon vélo, déverser mon huile de vidange dans le tout-à-l’égout, acheter un cross-over, tuer les abeilles,…

Et si j’en crève, tu crèveras avec moi !

Amitiés,

BBC

(c) Photo Galileo

Publicités