Au secours, j’ai un stagiaire !

La saison des stagiaires, c’est comme la saison des patates. Ca arrive tout d’une coup par centaines et on n’en finit pas d’éplucher, de trier pour choisir les plus belles, les moins véreuses, les plus mûres, les moins pourries, en espérant qu’elles n’aient pas été chimiquement traitées.

Avec le printemps, c’est donc une véritable avalanche de CV de stagiaires, tous plus motivés les uns que les autres, qui afflue dans notre boîte mails. Ils trouvent notre entreprise formidable (nous moins), ont une expérience significative dans l’animation de colo ou le castrage de maïs et une soif d’apprendre insatiable.

Alors, comme on a autre chose à faire que de choisir un stagiaire qui finira par jouer à Angry Bird sur son iPhone, on confie le recrutement du jeune à la standardiste qui se fera passer lors des entretiens pour la DRH. Le rôle de sa vie à cette niaise qui n’a jamais été fichu d’épeler le nom d’un client correctement. Bref.

C’est ainsi qu’un beau jour, on voit débarquer dans notre bureau une chose un peu timide, vêtue d’un costume trop grand ou chaussée d’escarpins trop hauts, le cheveu bien lissé et qui vous tend une main mollassonne en mâchouillant quelques mots : « Bonjour, je suis votre nouveau stagiaire pour 6 mois ». Et là, c’est le drame…

  1. Ce matin à toute bringue, vous avez enfilé un truc sans vraiment faire gaffe à ce que c’était et vous venez de vous rendre compte qu’il s’agit de votre vieux sweat déchiré au coude qui vous sert pour faire le ménage. Pour regagner une certaine contenance, vous tentez bien de tirer un peu dessus pour lui donner un peu d’allure tout en essuyant les traces de café à la commissures de vos lèvres mais vous sentez qu’il est un peu tard, le jeune a une bonne vue.
  2. Vous ne savez absolument pas comment manager un stagiaire. Vous avez bien tenté quelques approches d’entraînement avec votre chat, mais le résultat n’a pas été à la hauteur de vos espérances ; le fourbe fait toujours ses griffes sur votre fauteuil et continue de pisser dans le pot du yucca malgré vos nombreuses mises en garde de le flanquer devant le portail de la SPA sans collier ni croquettes. A date, il est toujours dans votre appart et il poursuit ses activités destructrices.

PAS DE PANIQUE… ou du moins, pas encore.

Etre maître de stage, et de surcroît un bon maître de stage ne s’improvise pas et nous allons voir ensemble comment être à la hauteur de votre rôle.

  1. Comprendre les objectifs du stagiaire (et les vôtres !)

Le stagiaire : il est là théoriquement pour mettre en pratique les enseignements dispensés pendant ses années d’étude dans une école privée hors de prix (ex : Ecole Supérieure de Commerce) et faire ainsi ses premiers pas dans le monde du travail. En réalité, il est surtout obligé de faire un stage pour valider son diplôme plus ou moins acheté grâce à des frais de scolarité qui pourraient nourrir une tribu entière d’Amazonie pendant 150 ans. De plus, pour certains, c’est aussi l’occasion de se faire remarquer par la DRH et de décrocher un job… voire votre job !

Vous : Normalement, vous vous sentez investi d’une mission de transmission de savoir et avez une véritable envie d’aider un jeune à faire ses premières armes dans la vie professionnelle. En vrai, vous avez besoin d’un larbin d’une petite main pour s’acquitter de tout ce que vous n’avez pas envie de faire (bouclettage des 50 exemplaires du compte-rendu d’activité à 21 heures du soir, aller chercher votre goûter au Daily Monop’ du coin,…) ou pour avoir sous la main le coupable idéal si un dossier venait à foirer.

Bien entendu, le stage ne doit en aucun cas être une épreuve traumatisante pour lui comme pour vous.

NB : avant d’appliquer les règles suivantes, prenez garde à bien vérifier que votre stagiaire n’a aucun liens de parenté ou amicaux avec votre boss, cela pourrait créer des malentendus inutiles

  1. L’accueil

La première impression est d’une importance capitale. Vous n’avez pas le droit à l’erreur. Dés l’entrée de votre stagiaire dans le bureau, veillez à l’ignorer. Il doit comprendre immédiatement qui est le chef, c’est-à-dire celui qui n’est pas aimable (sinon il ne serait pas chef), c’est-à-dire vous !

Cependant, afin de ne pas le trop le secouer psychologiquement, au bout de quelques jours, émettez quelques grognements en guise de « bonjour » pour signifier que vous l’avez vu et tendez lui votre tasse pour qu’il comprenne que son premier devoir est de la remplir de café. S’il n’est pas con, il le fera. Dans le cas contraire, virez-le et engueulez la standardiste d’avoir recruté un abruti pareil.

  1. Le travail

Malgré son obligation d’être parmi vous (voir point 1), en général, le stagiaire cherche à s’impliquer dans l’entreprise et dans le travail que vous pourriez lui confier. Du coup, ne lésinez pas sur les tâches à réaliser. Plus il en aura, moins il s’ennuiera et moins il vous cassera les bonbons.

Voici quelques exemples de missions spécialement étudiées pour réjouir votre stagiaire :

  • Lecture de la convention collective, analyse et proposition d’optimisation. Ca ne sert à rien mais 1. lui ne le sait pas et 2. ça l’empêchera de trop bouger de son bureau et donc pour vous, de toujours l’avoir sous la main pour la prochaine pause café.
  • Retirer à la force de l’ongle les agrafes d’une pile de documents,
  • Coller avec la salive et la langue les 800 enveloppes du mailing prospection.

Prenez garde cependant à ne pas l’étouffer de travail, n’oubliez pas la règle de base : on ne traumatise pas son stagiaire.

  1. Mo-ti-va-tion !

Un stagiaire, même s’il est très malléable et plutôt docile, n’en demeure pas moins un être humain avec plein de défauts et il a besoin de récompenses pour avancer.

Cela peut aller du compliment sympa montrant que vous lui êtes hyper reconnaissant pour le travail qu’il a accompli…

  • « Sans les 1200 photocopies que tu as faites, jamais nous n’aurions pu décrocher ce client »
  • « Le café n’a jamais été aussi bon que depuis que tu le prépares. T’as vraiment du talent pour ça ! »
  • « Personne à l’étage ne sait réparer les bourrages papier de la photocopieuse comme toi. Bravo !»

…jusqu’à des promesses en l’air comme une prime de fin de stage ou mieux, un CDD. Certes, les embauches sont gelées jusqu’en 2017, mais votre stagiaire l’ignore et c’est tant mieux. Il ne s’agit pas de le perturber avec de mauvaises nouvelles et de mettre à mal son engagement à vos côtés.

  1. Le responsabiliser

Le problème du stagiaire, c’est qu’au bout de deux mois il commence à tourner en rond et à réclamer des responsabilités. Bien que cette demande soit complètement incongrue, ne soyez pas trop dur(e) avec lui en le traitant de petit bonhomme impétueux qui ferait mieux d’aller vous chercher un café car, derrière cette requête, se cache en réalité un besoin de valorisation.

Alors n’hésitez pas à lui conférer un rôle stratégique au sein de votre cellule :

  • « Romain, tu vas être content : tu vas passer les trois prochaines semaines tout seul pendant mes vacances. Pendant ce temps, tu vas préparer le rapport financier annuel que je dois présenter à la rentrée. 150 pages minimum ».
  • « Romain, tu vas être super heureux : tu es promu assistant de la stagiaire. Félicitations ! »
  1. Réflexion faite, traumatisez-le pour mieux l’asservir

Le problème avec les responsabilités, c’est que le stagiaire a tendance ensuite à se la péter et à vous débiner à la machine à café qui est devenu son QG de campagne pour une action militante en votre défaveur.

Du coup, n’hésitez pas à le traumatiser avant qu’il ne parvienne à ses fins :

  • « J’ai jamais eu un stagiaire aussi nul que toi depuis 1998 »
  • « On te surnomme pas le boulet dans ton école ?…Non. T’es sûr ? »
  • « Tu as intérêt à te la fermer si tu ne veux pas que je te grille direct auprès de toutes les DRH du monde entier »
  • « Mais quel con ! Mais quel con ! Tes parents t’ont fini au pipi, c’est sûr ! »

Vous voilà prêt pour assurer votre fonction de maître de stage en toute intelligence et quiétude.

Pour conclure, je voudrais toutefois que vous preniez en compte cet avertissement. Bien que votre rôle soit d’instruire des choses à votre stagiaire évitez de trop lui en apprendre ou de lui laisser une excessive autonomie. Il ne manquerait plus qu’il en sache plus que vous et qu’il essaie ensuite de vous apprendre comment faire…avant de vous aider à faire vos cartons du bureau pour s’approprier votre place. Le stagiaire est un salarié en devenir, ne l’oubliez jamais !

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Dans la série « Au secours », lire également :

(c) Yatuu

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