Cause toujours, tu m’intéresses

J’ai vraiment des problèmes. Quand je dis « problèmes », je parle de difficultés réelles qui mettent un frein à mon équilibre psychologique et social.

Pour commencer, je viens de payer 15 euros une pauvre Pina Colada industrielle dans un bar branché de pronvince. Rendez-vous compte que 15 euros, c’est environ 6 euros de plus que le salaire à l’heure d’un SMICard. Certes, je sais que je paye pour l’ambiance, la déco et le sourire du barman et que si les tarifs ne me conviennent pas, je peux toujours aller au McCafé, mais dans ce genre de situation, j’ai comme l’impression de participer à Top Chef et d’être la grosse pigeonne que l’on va fourrer à la farce de veau

Puis il y a le fait qu ‘il y a deux semaines, j’ai acheté ces pantalons une taille trop petite, convaincue que cela serait un excellent moyen pour  m’obliger à perdre 3 ridicules kilos avant l’été. Je ne vais pas ménager le suspens : ce « bon plan de motivation » ne fonctionne absolument pas. J’en suis aujourd’hui réduite porter une chemise de maternité pour cacher ce qui déborde, sans compter que ces pantalons sont des sortes de bas de contention qui vous coupent la circulation sanguine des jambes jusqu’à nécrose. Glam’…

Et devons-nous nous parler de ma crise de la trentaine (qui approche) ? Vous savez, ce moment où l’on se rend compte que rien ne se passe comme prévu dans le roman de notre existence. « Il était une fois j’allais avoir une vie fabuleuse et devenir quelqu’un d’influent », tu parles !

Quand j’avais seize ans, et sous la bénédiction de l’ignorance absolue combinée par des années d’égocentrisme et d’orgueil, je me suis demandée comment il était possible que la moyenne des personnes d’âge mûrs (30 – 40 ans) soit symbolisée par une voiture bof, un chien bof, un job bof et des gosses bof, le tout donnant une vie bof. Parfois, la moyenne était relevée par une Toyota Yaris d’occasion et un cocker. Mouais… Bof.

Aujourd’hui, je dois me rendre à l’évidence, c’est ce mode de vie médiocre qui m’attend et c’est avec un profond dégoût de moi-même que je dois faire le deuil d’une biographie classée n°1 au Top des Vente de la FNAC sur la félicité de ma vie. Congrats BritBrit, tu crains !

Donc, quand je vous dis ces choses, et peu importe la façon dont elles peuvent vous sembler triviales, n’essayez pas de me faire relativiser les choses par des phrases toutes faites comme…

« La vie c’est comme une boîte de chocolats. On ne sait jamais sur quoi on va tomber »
Pouvez-vous m’expliquer comment cette phrase peut m’aider à me faire sentir mieux ? Et ce d’autant plus que je ne sais pas de quelle boîte de chocolats vous me parlez. Mais s’il s’agit des Lindt ou d’un truc dans le genre, sachez que la boîte est toujours livrée avec une petite feuille qui permet de savoir quel chocolat a quel parfum. Du coup, on sait toujours quel chocolat on va manger, c’est con hein ?

« Ta vie est ce qu’elle est. Et c’est déjà bien »
OK. Et alors ? (J’ai rien compris)

« Ce qui ne tue pas rend plus fort. »
Voilà le genre de connerie dont je me passe bien. Tenez, l’autre soir, je suis entrée dans mon bureau et suis tombée sur une araignée dont le corps avait la taille d’un Pringles. Elle était noire et, à en juger par le regard qu’elle m’a lancé, très méchante. J’ai sincèrement pensé que j’allais mourir. Ce ne fut pas le cas, je suis vivante.

Et maintenant ? Quand je vais dans cette pièce, je porte des chaussures fermées, je m’assure qu’elle ne se tient pas en embuscade derrière mes livres ou sous le canapé et je mets un bonnet de ski sur la tête juste au cas où. Vous pouvez me dire en quoi je suis plus forte ? La seule chose qui est forte depuis cette expérience, c’est mon angoisse. Super…

« Visez la lune. Si vous la manquez, vous atterrirez parmi les étoiles. « 
Ignorant l’incongruité évidente de cette phrase avec la réalité littérale (selon les lois de l’attraction terrestre, vous avez toutes les chances de vous retrouver éclaté sur le sol dans un état absolument horrible), il faut savoir que lorsqu’on rate quelque chose dans la vie, on le rate Il n’y a pas de lot de consolation.

Lorsque vous venez de foutre en l’air l’entretien d’embauche du job de vos rêves, vous n’allez pas trouver un autre job de rêve qui en plus paye beaucoupmieux. Lorsque vous proposez à votre petite amie de faire l’amour et qu’elle vous dit non, vous n’allez pas soudainement vous retrouver dans une autre salle pleine de camarades de jeu sexuellement compatibles qui attendant en frétillant que vous leur fassiez la même proposition. Et lorsque vous vendez vos biens les plus précieux pour partir faire votre vie à Hollywood parce que vous êtes persuadée que vous serez la prochaine vedette de la série Glee, mais que le directeur de casting ne vous rappelle jamais, alors vous êtes juste pauvre.

Je vous le demande au nom de votre dignité intellectuelle, arrêtez de me vouloir panser mes maux avec vos maximes épuisées par la stupidité. Laissez-moi vivre mon état de créature minable et misérable qui creuse sa tombe avec une cuillère en plastique jusqu’à ce que j’aille mieux. Merci.


N.B : si vous tenez vraiment à ce que j’aille mieux, dans un grand élan philanthropique, vous pouvez faire don pour financer ma future voiture. Même un tout petit car comme le dirait ma grand-mère « Un sou est un sou ».

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