Bienfaitrice mythomanie

Il y a environ une semaine, j’ai eu une conversation avec un ami. Sujet :  l’assurance-vie. L’importance d’en avoir une, l’organisme auprès duquel on a souscrit, la gentillesse de l’agent qui nous a offert un bonbon emballé dans un papier décoré du logo de la compagnie,… Le genre de truc que l’on raconte quand on est adulte. Vraiment adulte.

Pour être honnête, ni lui ni moi n’étions réellement passionnés par cette causerie.

Temps mort.

Le temps mort dure.

Temps mort. Encore.

Toujours.

En fait, je n’aime pas les temps morts, cela me met mal à l’aise. J’ai toujours la sensation que je dois combler les vides, dire quelque chose même si c’est n’importe quoi. C’est certainement ce qui explique comment après le « fabuleux » sujet de l’assurance-vie, je me suis embarquée dans une discussion sur l’éruption cutanée que j’avais récemment eue sur tout le corps. Et de raconter mon rendez-vous avec le dermatologue (vieux), le cabinet de consultation (frigorifique), les magazines de la salle d’attente (orientés acné),… Je m’empêtrais.

 J’avais commis l’erreur fatale car à mon histoire il n’y avait concrètement que deux manières de conclure :

  1. La fin captivante. Mon éruption est super grave. Le médecin ne sait pas vraiment ce que j’ai, m’envoie faire des examens complémentaires dans un service hospitalier réputé dans le monde entier. Après m’avoir examinée les pores du nez, les experts détectent rapidement une maladie tropicale ultra contagieuse qui peut entraîner la mort ou me laisser le visage marqué comme une râpe à gruyère pour le restant de mes jours. Comptés les jours bien entendu, sinon c’est moins drôle.
  2. La fin dont tout le monde se fout : le médecin me donne un gel lavant à appliquer pendant 7 jours et les boutons disparaissent comme ils sont venus. Voilà.

Evidemment, c’est pour la deuxième alternative que j’ai optée. C’était ce qui s’était réellement passé. Et même si je sentais au fur et à mesure de mon récit l’intérêt décroissant de mon interlocuteur j’ai été jusqu’au bout. En nage. A ne pas confondre avec « à la nage », ce qui malgré tout peut représenter une image plutôt réaliste de la conduite de mon récit.

J’en conclus que pour l’avenir, j’ai donc deux choix.
Ou je ne dis rien. Je fais comme Ryan Goslin dans Drive, je reste mystérieuse et sublime. Surtout sublime.
Ou je me mets à raconter des histoires incroyables.

Le problème c’est que comme jamais rien de vraiment incroyable ne m’arrive il va falloir que je mente. Ne vous offusquez pas, il s’agit juste d’embellir la vérité. Cela ne tiendra pas de l’ordre du mensonge gratuit, le bénéfice ira à la population qui m’écoute. Ainsi, je ne serais une menteuse, mais seulement une personne divertissante.

Voilà, ma nouvelle raison de vivre sociologiquement parlant sera d’être divertissante. J’aime beaucoup cette idée.

 Par exemple, au lieu de vous raconter que j’ai bêtement perdu mes clés… sur la serrure de la porte de mon appart, je vous dirai que je les ai oublié dans une chambre de l’hôtel Ritz (vous : l’hôtel Ritz ? Wow !), chambre que je partageais avec James Franco (vous : Quoi, tu connais James Franco ! Et alors ? Raconte !) et qu’il est venu me les ramener en limousine après que je l’ai appelé sur son portable (vous : quelle classe ce mec ! Comment t’as fait pour avoir son 06 ?).

Sans chipoter, vous conviendrez que c’est à peu près la même histoire – la perte de clés – mais avec des détails qui diffèrent légèrement et qui font que dans un cas vous vous êtes ennuyés et dans l’autre, vous m’adulez et vous en redemandez.

Finalement, c’est ce qui explique que les sociopathes tendance mythomanes sont populaires. Ils ont toujours les meilleures histoires.

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