Cocktail (sexuel) létal

Je ne me souviens plus vraiment quelle était la dernière fois où quelqu’un de normal m’a fait l’amour. Quand je dis « quelqu’un de normal », j’entends une personne issue plus ou moins de ma génération, vaguement sobre et potentiellement saine d’esprit. En bref, un homme qui ne soit pas à l’image de mes trois dernières expériences.

La première a eu lieu il y a quelques mois de cela au Caveau, un dance club pour le moins branchouille de la Côte basque.

Un type en apparence bien sous tous rapports genre architecte d’intérieur ou directeur de cabinet du maire, vient saluer ma beauté par un verre de vodka. Bon point. Le problème, c’est que je ne sais pas très bien ce qui s’est réellement passé entre le moment où il m’a abordé et le quart d’heure suivant où il m’a proposé le plus sérieusement du monde d’aller chez lui pour lui donner une grosse fessée avant de le langer et de lui donner le sein.
Certes, je ne suis pas née de la dernière pluie et je sais qu’il existait des pratiques sexuelles pour le moins… originales, mais j’ignorais totalement que j’avais une tête à attirer ce genre de fêlés.

Bilan des courses : j’ai décidé de ne plus quitter ma maison pendant au moins les trente prochaines années et d’utiliser les services de livraison à domicile autant que faire se peut. Toutefois, j’ai réalisé qu’il fallait bien que je sorte de chez moi parce que 1) j’ai un emploi et 2) aucun tunnel ne relie mon domicile à mes deux magasins fétiches, le Happy Pills de Barcelone et Maje.

C’est sans doute cette prise de conscience qui a conduit à une certaine forme d’incompréhension entre moi et un de mes clients.
Alors que nous déjeunions pour parler de sa stratégie en community management, il a ramassé avec délicatesse ma serviette de table tombée à terre et l’a reposée tout doucement sur mes genoux avec un clin d’œil appuyé. Allez savoir pourquoi, mais malgré ce côté vieux plan drague un brin balourd, mon cœur a tangué, chaviré et s’est senti submergé par les eaux de l’amour en moins de 30 secondes.

Puis, il a glissé un bout de papier sous ma main en susurrant : « Pouvez-vous m’écrire votre numéro de téléphone ? Personnel, je veux dire ». Comme je ne voulais pas faire la fille désespérément seule qui se jette sur le moindre humain émanant de la testostérone par tous les pores, j’ai joué le jeu ridicule du « C’est-à-dire que… J’ai un petit ami. En fait c’est compliqué, mais je ne suis pas tout à fait libre. Enfin oui, mais pas vraiment… Vous comprenez ?». MAIS QU’EST QU’IL TE PREND hurlait une voix dans mon for intérieur.
Alors que je croyais la partie « game over » et que je m’apprêtais à me flageller avec les fils des haricots verts de mon accompagnement, le mec me regarde droit dans les yeux, me dit: « Ce n’est pas grave, moi non plus », et se met à rire de sa propre blague. Soudainement,son visage est redevenu sérieux. Il a de nouveau poussé le papier vers moi en m’ordonnant : « Ecrivez votre numéro quand même ». Fin de la conversation. Fin du contrat aussi.

Enfin, il y a quelques semaines, j’ai fait quelque chose de différent avec mes cheveux qui, je pense, déclenche des poussées d’hormones subites chez le mâle.

Alors que je faisais mon plein d’essence à la station-service, à une pompe voisine, un vieil homme me regarde fixement. Je remarque que son pantalon a pris la forme d’une Quechua dépliée ou, compte-tenu de son âge, d’une bonne vieille canadienne avec une pomme de terre sur le piquet pour éviter la foudre. Soudain il me lance « Si j’avais 25 ans de moins, je te ferais goûter de mon yaourt jusqu’à plus faim. D’ailleurs, t’as pas faim là ? ».

EXCUSEZ-MOI ?! Mais pour qui il me prend ? Pour la Laitière ? Même avec 25 ans de moins, il n’aurait pas été absolument certain que j’accepte de m’abaisser devant lui ; j’ai toujours eu des problèmes de souplesse.

C’est à ce moment précis que je me suis faite la promesse suivante : faire tout ce qui est en mon pouvoir pour mourir cette année.

Ce long descriptif pour dire que j’en suis venue à la problématique suivante : pourquoi est-ce que je n’attire exclusivement que les ivrognes, les déviants sexuels et les personnes âgées voire même parfois un cocktail létal de ces trois profils ?
Pour citer Björk, il y a certainement (décidément, définitivement) aucune logique au comportement humain. Et pour me citer : Mais c’est quoi ce foutu bordel ?

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