Locked à l’ovaire cloqué !

 

Contrairement à la croyance populaire, il y a bien pire que le fait d’avoir des enfants, c’est de PORTER un enfant ! Arrêtons cette hypocrisie qui consiste à dire que la grossesse est un moment où la beauté illumine de sa grâce le masque de grossesse que l’on a sur la gueule, que jamais sexualité n’a été aussi épanouie (?) et que la sensation de sentir ce petit être plein de vie grandir en soi est source d’un bonheur incommensurable. Florence Foresti a bien mieux exprimé que moi la réalité d’une grossesse qui rime bien plus souvent avec désolation et dépression qu’avec joie et allégresse, je ne reviendrai donc pas dessus (foutues vergetures !).

Pourtant, même si j’ai bien conscience qu’il faut en passer par là pour m’assurer un minimum de rente à la retraite et qu’être moche et grosse pendant neuf mois peut trouver des palliatifs tels Asos et sa collection Maternity très tendance, je réfute fortement l’idée de me retrouver entichée d’un marmot en préparation à l’intérieur de ce qui m’est le plus précieux : moi.

Toutefois, le débat serait bien stérile si je ne le nourrissais pas avec quelques arguments qui aillent au-delà de cette apparence de cachalots qui se dandinent comme des canards que peuvent avoir les femmes enceintes. Voici donc mes trois dénis de grossesse intellectuellement tout à fait recevables qui donnent à réfléchir avant de choper une grosse cloque au ventre.

Je refuse d’être le dégât collatéral d’un conflit religieux

« J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur (…) ». Voilà comment par ces quelques mots échangés avec Eve, Dieu mis un point d’honneur à faire de la maternité un sacerdoce pour toutes les femmes. Ah, c’est sûr que nous aurions préféré qu’il dise « Tu pourras même faire mannequin pendant ta grossesse et tu enfanteras comme une lettre à la Poste », mais non. A priori pour des raisons anachroniques, ce ne fut guère possible.

Là où je ne suis pas d’accord, c’est que :

  1. je n’étais pas là quand Eve l’effrontée a désobéi et je ne vois absolument pas pourquoi je serai moi-aussi punie.
  2. depuis la Génèse, on a inventé la péridurale et il ne sert absolument à rien à ce que Dieu continue de s’obstiner à mettre toutes les femmes dans la torture de la délivrance. C’est ce qui s’appelle être un poil rancunier et ça c’est pécher !
Je refuse de porter le poids du monde sur mes épaules

« Et si je faisais un abruti ? », « Si je mets du rouge, va-t-il devenir délégué CGT ? », « J’ai fait la choré d’Alexandrie Alexandra au mariage de Tata Suzie. Je suis sûre qu’il va être le sosie officiel Claude François ! »,…

Outre le fardeau bien réel que représente le bébé dans un ventre, il est absolument hors de question pour mon équilibre psychique que je me torture la tête avec des responsabilités supplémentaires de peur que le fruit de ma chair et de mon sang soit un boulet de la société. Tant de choses infimes se transmettent de la mère à l’enfant lors de la gestation que l’on ne peut en évaluer toutes les conséquences malheureuses futures.

Certes, je pourrais aussi se dire qu’il est fort possible que mon embryon soit au contraire particulièrement brillant et qu’il pourrait devenir un futur Einstein bien que tout doute soit permis tant mes notes en physique s’approchaient du centre gravitationnel de la terre. Mais vous croyez vraiment que Maman Einstein était super fière de voir que son avorton avait tout simplement donné à la science une des clés fondamentales à la conception de la bombe nucléaire ? Et maman Céline, pensez-vous que c’était joie dans son cœur quand elle s’est rendue compte que Louis-Ferdinand le fœtus devenu génie des lettres était doublé d’un antisémite bas de plafond ? Non, sincèrement non. Compte-tenu du nombre de victimes générées par les bombes H et A et l’holocauste, je ne suis pas certaine que ces deux mamans se soient prêtées au jeu de la fanfaronnade en arguant qu’elles ont bouffé des carottes pendant 9 mois pour rendre leur chérubin aimable.

Je refuse de faire une « delivery tape* »

Comme toute bitch qui se respecte, je rêve au minimum d’être célèbre, au mieux de faire l’actrice. Mais je dois avouer que je ne suis pas prête à tous les sacrifices pour y parvenir, et notamment celui de renier mon meilleur profil pour un plan extra large sur mon vagin dilaté avec en approche cataclysmique et imminente la tête gigantesque du bébé (on a tous des périmètres crâniens très développés dans la famille). Sans compter que la fameuse vidéo ne sera pas du style à rester enfermée dans sa boîte bien planquée au fond d’un placard. En réalité, c’est plutôt dans le genre de film que l’on se passe en boucle dans la famille et que l’on assortit de commentaires pour montrer la beauté somme toute relative de la délivrance : « Regarde Pépé Mojito, comment la foufoune de BritBrit elle est éclatée ».

Franchement, je crois que je ne pourrais assumer toute ma vie cette séquence en 16/9ème. En échange, je veux bien faire une sex tape**. Au moins, même si les postures ne me mettront pas forcément en valeur, je prendrai un minimum de plaisir.

Si avec tout ça, vous avez encore envie de goûter aux joies de l’enfantement, je ne sais plus quoi faire pour vous convaincre d’y renoncer. Prenez donc malgré tout conscience que s’il y a bien pire que d’avoir un enfant ou de porter un enfant, cela doit sûrement être SUPPORTER un enfant. Et là, Mesdames Hitler, Boon, Kadhafi, Kaas et moi-même vous souhaitons bien du courage.

*traduction à l’emporte-pièce pour les non anglophones, mes parents se reconnaîtront dans le lot : Vidéo d’accouchement.
**traduction, juste pour mes parents : vidéo qui raconte la vie de Bernadette Soubirous

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