Le footing tue !

Aujourd’hui tout le monde court. Dans les bois, sur le bord des nationales, le long de la plage… Toujours plus nombreux, les joggers enfilent les kilomètres comme si l’addiction était aussi planante qu’un rail de Lexomyl à la différence près qu’à défaut d’avoir une tronche de zombie, ces healthy sportifs semblent sortis tout droit d’une pub pour dentifrice. Rayonnants, ils respirent le corps sain dans un esprit Disney Life.

Du coup, ça m’a donné des envies d’enfiler des Running Nike pour parcourir telle une gazelle élancée, la jungle urbaine qui sépare mon appart du MOMA, soit 3 petits kilomètres. Bon, ce n’est pas tout à fait le parcours réalisé, mais comme c’est moi qui écris, j’habite New-York si je veux !

…km 0 – Je suis sur les starting-blocks !
Le short glitter que j’ai choisi me va à ravir. On dirait Kylie Minogue période « Can’t Get You Out Of My Head» qui se prépare pour le semi-marathon de Sydney. Les écouteurs vissés sur les oreilles avec en cri de guerre Beyoncé et son militaire et rythmique Run the world (girls), le bitume m’appartient et je vais le dompter comme un chaton en colère!

…km 0,100 – Qui a dit que le jogging c’est difficile ?
Mes jambes s’envolent et j’effleure à peine le sol. Je suis une plume. Pas de canard la plume, plutôt d’un oiseau de paradis. Certes, la peau du derrière de mes cuisses ballote au rythme de mes pas, mais c’est pour mieux lui faire la peau. « La peau à la peau ». Hahaha, vous avez saisi ? Suis pleine d’esprit quand j’élimine mes toxines.

Tiens, une boulangerie ! Allez hop, une chocolatine juste en cas de fringale. Pour les sceptiques, je confirme : oui, il y a des chocolatines à NYC ! Comme il n’y pas de poche à mon short, je la mange de suite. C’est ce qui s’appelle faire des réserves énergétiques en vue d’un effort intense.

Tiens, y’a une boucherie aussi ! Et si j’achetais une tranche de jambon ?

…km 0,350 – Je jogge sur un pigeon mort.
S
aloperie, tu l’as bien mérité, toi ou l’un de tes frères qui a repeint ma voiture en caca d’oie. En plus, ça oxyde la peinture des carrosseries ces bouses de volatiles. Je fais demi-tour pour lui marcher de nouveau sur la gueule. Prends ça, pourriture du monde de l’automobile !

Avec tous ces demi-tours sur le pigeon trépassé, je suis un chouia essoufflée. Pas grave, je vais marcher un peu pour mieux redémarrer ; il faut savoir son effort ménager.

…km 0,450 – Cette pause m’a sacrément fait du bien. Je me sens prête à avaler les kilomètres. Je repars tranquillement mais sûrement.

Ce qui est bien dans la course à pied, c’est que l’on peut réfléchir à des trucs importants comme avoir un chien. C’est vrai, adopter un chien c’est pas mal pour se motiver lors de ses escapades sportives. Par exemple moi, je prendrais un labrador. C’est bien un labrador… (réflexion dans ma tête)…Non finalement, pas un labrador. C’est trop gros et ça doit grave bouffer des croquettes. Un Chihuahua plutôt. Oui voilà, c’est bien un chihuahua. Question : ca s’amène toujours dans les soirées mondaines ?… (re-réflexion dans ma tête)…Et un Jack Russel ? Ca fait pas trop Christophe Dechavanne ? En tout cas, pas un caniche, faut tout le temps le toiletter. A propos de toilette, il faut que je pense à enlever de la table du salon mes rognures d’ongles en rentrant et aussi que je… (Blablabla toujours dans ma tête)…

Ahlala, j’aime laisser mon esprit vagabonder au rythme de mes pas et le sentir aussi fertile en pensées utiles.

…km 0,600 mètres – Mais c’est que je commence à transpirer sérieux !Mon tee-shirt marque de petites zones humides sous mes seins. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai tendance à toujours transpirer des seins avant de suer des aisselles (voir Mes Confessions Intimes #1). Si c’est aussi votre cas, envoyez-moi un mail, on pourrait peut-être faire du lobbying auprès de la Recherche Scientifique pour voir s’il n’y a pas une cause génétique à ce phénomène étrange et trouver un remède à cet inconfort mammaire.

…km 0,800 – Je me courbe de plus en plus sous le poids de l’effort.

Je me courbe… je me courbe… je me courbe…

Oh, un sosie de James Franco !

Je me redresse. Je me redresse. Je suis un « i », je suis la statue de la liberté, je suis un manche à balai.

Il passe sans me voir.

Bon ben, je me courbe… je me courbe… Je me courbe…

… km 1 – Problème, je rentre en dépression sportive :

1. Biolay vient de s’incruster dans ma playlist « chansons de warrior », juste derrière Nadiia qui s’époumonait sur « Et c’est parti pour le show, et c’est parti tout le monde est chaud… ». Tu parles que je suis chaude, je nage dans mes propres rejets caloriques liquides.

2. Un enfant d’environ 5 ans me double en sautillant sur un pied,

3. On dirait que je me prépare à affronter des contractions relatives à l’obstétrique tant je halète comme une locomotive à vapeur qui fait le trajet Arkansas-Texas. Je vais de nouveau marcher un peu.

… km 1, 200 – Je transpire par tous les pores, mêmes ceux du derrière des genoux. Avec beaucoup de courage, je poursuis ma course à la cadence d’un cheval qui va à la boucherie, mais j’avance.

…km 1,400 – C’est bon, je suis une femme fontaine.
Si j’avais la bouche plus près du de mes dessous de seins, je pourrais presque m’auto-hydrater.

Il me faut des forces pour continuer. Je décide raisonnablement de m’arrêter pour me ventiler un peu avec un papier de Snikers collé sous ma basket, reprendre ma respiration et fumer une clope.

… km 1,700 – JE N’EN PEUX PLUS !!!
Pour parfaire le tout, un mauvais présage esthétique se fait sentir : enfants et pigeons ont peur sur mon passage. Je m’aperçois dans la vitrine d’un coiffeur chinois ( ?) et… HORREUR ! On dirait Kylie en mode Swiffer serpillère. Comble du glam’ sportif, mon petit short glitter ressemble désormais à une énorme couche pleine.

… km 1,900 – Je croise des représentants de l’Etat. Autrement dit deux policiers municipaux en train de mettre des PV.

Défaite, je les supplie du regard :

– Ramenez-moi chez moi…

– Vous faisiez quoi là M’dame ? Vous exercez dans les métiers du sexe de rue ?

– Pfffff…. HHHH…… Pffffff…..noHHHHH….. Pffffffffff…………… Nohohohon……..

– Bon, pour cette fois on ferme les yeux, mais c’est la dernière fois !

– Pffff… Meuh je suis pas puuuuuteeeeuh… Pffff

– Elles disent toutes ça. Tiens Gérard, la 206 Cadillac, elle a dépassé son temps de stationnement de 3 min. Tu lui colles un PV s’teup? Allez M’dame, circulez et au pas de course!

… km 2, 003 – Ce qui devait arriver arriva…
La chute ! I drop to the ground comme on dit aux States. Il fallait bien que cela arrive, le sport c’est dangereux ; le sport ça peut tuer ta vie et c’est pour ça que d’habitude je préfère rester sur mon canapé.

Mon genou est complètement ensanglanté et je perçois quelques gravillons dans la plaie. Je pleure lamentablement de douleur, de fatigue, de honte devant tout le monde.

Quelqu’un s’approche de moi et me réconforte : « C’est pas grave. D’ici demain, vous pourrez la manger votre croûte de genou ». Ah ouais !?! C’est bien vu ça.

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