En vacances… avec des gosses à la montagne !

« Avec sa vue panoramique sur la station et située au pied des pistes, la Résidence de prestige Le Chalet vous séduira avec ces appartements hauts de gamme, parfaitement équipés et bénéficiant d’une sonorisation du lieu d’aisance. Vous y trouverez aussi une piscine et le centre Spa & Beauté des pieds».

Et voilà ce qui explique pourquoi  je me suis retrouvée dans une voiture surchargée avec trois gosses hurlants, ma sœur, son mec et avec pour musique d’ambiance René la Taupe et « Meuh-ria » Carey. Pour vous dresser les portraits des protagonistes et vous associer ainsi à mon calvaire routier, nous avons :

Emilie, ma soeur : Fleuron de la famille Chérie, dixit ma grand-mère. Son CV : 30 ans, épouse comblée et mère officielle de trois enfants, représentante des parents d’élèves de la section des moyens de maternelle, membre en chef de la paroisse et experte en leçon de morale. Il n’y a guère que moi pour constater qu’elle a un look de Lorie (surtout au niveau des cheveux) et une conversation qui endormirait un banc de requins    blancs affamés. Le lien de sang n’empêche pas l’objectivité.

Michel, le beauf : 35 ans. Dentiste émérite malgré un prénom qui ne le destinait à rien. Son savoir-faire en matière d’extermination de dents de sagesse lui vaut le respect de toute la région. J’aime bien mon beauf parce qu’il est peu prolixe. Faut dire que quand il parle, on se rend vite compte qu’il aurait mieux fait de se taire.

Les enfants : Oscar, 2 ans, moche de naissance qui ne sert à rien. Balthazar, 6 ans, braillard décapiteur de tympans et Coraline, 9 ans, morveuse et hystérique en incubation. Que du lourd !

Et alors, ce séjour me direz-vous ? Et bien, ce séjour…

Samedi, 15 heures. Découverte de l’appartement de prestige après dix heures de route dont trois d’embouteillage et là on se rend vite compte des subtilités de la langue française surtout lorsqu’il s’agit du sens des mots. Dès la porte franchie, on note que le terme    « prestige » n’a rien à voir avec les expressions « classe », « majestueux », «  grandiose », « fastueux »,… Dès mon retour, j’écrirai au  Larousse pour me plaindre.
35 m² pour six, un canapé convertible avec des taches de type pas catholiques, une chambre cabine avec trois lits superposés (dont le mien), sept tasses ébréchées et pas de mini-bar. Heureusement, et comme le dit ma sœur : « On ne sera là que pour dormir et manger. Alors remercions Dieu d’avoir un toit ! ». Moi, c’est surtout au patron du bar d’en bas que je rends déjà grâce.

Contre mauvaise fortune, je fais cependant bon cœur. C’est vrai que finalement ce qui est intéressant dans ces vacances, c’est de respirer le bon air revigorant de la montagne et    faire une cure de détox de tous les excès que j’ai pu commettre malgré moi. Un corps sain, un esprit sain, la BritBrit 2011 est arrivée !

Dimanche, 10 heures. Ma carrière de snowboardeuse s’arrête aux portes de la gloire :celle du magasin du loueur de matériel de ski.    Diagnostic : Fracture du gros orteil. Ordonnance : rester assise autant que possible.

– Ecoute, me « rassure » Emilie, c’est le bon Dieu qui t’envoie un signe. Les enfants n’aiment pas la neige et préfèrent rester à l’appart. Tu pourras ainsi passer du temps avec eux, en profiter et ramener plein de bons souvenirs. C’est génial non ?
– Ouais, génial… (soupir). Si je pouvais, j’en trépignerais de joie.

Lundi 14 heures, Je me fais un ami.
– Maman, BritBrit, elle sent le rhum comme tonton Georges, hurle Coraline.
– On t’a rien demandé, la mioche. Hips, hips. Glups.

C’est vrai quoi. C’est de ma faute à moi si en deux heures le patron du bar d’en bas me tutoie et double les doses au motif qu’il n’a jamais vu une fille avec une descente pareille ?

Je décide de me venger de la rapporteuse en lui disant que Justin Bieber n’aime que les garçons et n’est même pas circoncis. Elle pleure pendant deux heures. Ma sœur tente de la consoler en lui disant que les garçons qui s’aiment c’est uniquement pour faire des équipes de foot et marquer des buts. C’est donc bien ce que je disais.

Mardi 15 heures, « Maman, c’est quoi une sodomie ? Et une cravate brésilienne ? demande Balthazar en sortant des toilettes. Vérifications faites par les autorités parentales, je suis exempte de tout soupçon sur l’apprentissage des mots interdits que-tu-dois-mettre-1-euro-dans-un-cochon-en-céramique-si-tu-les-dis (j’en suis à 30 euros. Foutue éducation !).

Par contre on ne peut pas en dire autant des WC. En effet, la sonorisation est bloquée sur RMC et Brigitte Lahaie. Chouette, je viens de trouver mon deuxième QG après le bar d’en bas pour échapper à la Monster Family. Reste à faire des provisions pour le sitting cuvette.

Mercredi, 8 heures 30. « Pipi du matin jamais ne se retient », l’adage de ma mère vient de se vérifier. Dès    le réveil, je sens ma figure poisseuse, et pour cause. Balthazar vient et de provoquer un dégât des eaux sur le lit du dessous : le mien.
Ma sœur se dispute avec mon beauf sur une histoire de couche oubliée.
– C’est normal de porter encore des couches à 6 ans ? je demande innocemment.

A la vue de leur tête, mon instinct de survie me conseille de commencer l’apéro de bonne heure ce matin. Au bar d’en bas, je suis en lieu protégé avec tous mes nouveaux amis spoliés de poudreuse. La neige, on est bien d’accord, pour le reste chacun fait ce qu’il veut. Surprise, le patron me trouve tellement sympa qu’il m’a préparé un coussin d’orteil en duvet d’oie pour ne pas qu’il n’ait pas froid. Je le remercie en faisant honneur au comptoir : je dégomme à moi toute seule une bouteille de whisky. Il est épaté et me tapote dans le dos.

Mercredi, 16 heures. Je réussis à regagner l’appartement en slalomant avec Alberto Tomba – c’est le petit nom que j’ai donné à mon orteil -, à travers les des petits lutins bleus. A moins que cela ne soit, des porcs-épics. Je ne vois pas très bien.
– Maman, BritBrit elle se roule par terre dans le couloir en chantant « Papillon de lumière », rapporte Coraline. En plus, elle ne connaît même pas les paroles.
– Meuh siiiiii… Fais un bisous à Tataaaaaaaaa…

Jeudi, 13 heures, je me réveille dans le calme.
Tout le monde est de sortie sauf mon beauf qui a décidé de me commenter un article sur d’incroyables cellules souches capables de régénérer des dents même chez une vieille de 90 ans ou un Yorkshire, ce qui est peu ou prou la même chose.
Malgré ma gueule de bois, je fais la gentille et lui propose de faire des essais cliniques sur Alberto Tomba. Un orteil à dent, c’est quand même un bon moyen de faire de la pub pour son cabinet,non ? Mais pourquoi il a l’air désespéré ?

Je décide de faire profil bas en me plongeant dans « Toute une histoire » où Sophie Davant anime avec brio l’émission du jour : «  J’ai avorté le 24 décembre et depuis je ne peux plus avaler d’huîtres ». C’est là où on se dit qu’il y a des gens qui n’ont vraiment pas de chance. Ce soir, je boirai à leur rédemption et ma sœur sera fière de mon humanité.

Vendredi, 16 heures, Oscar marche sur Alberto Tomba.
Je hurle de douleur. Réflexe, je donne une claque au gamin tortionnaire qui se met à pleurer et taper des pieds – lui au moins il peut –.
– J’ai entendu BritBrit ! commente sèchement ma sœur depuis les toilettes. Dans cette famille nous préférons la discussion à la violence. Demande pardon à Balthazar.
– J’ai rien fait. Et puis, c’est pas Balthazar, c’est Oscar.
(Glups, je me serais pas vendue là ?)

Samedi, 10h30. Je fais mes adieux au patron du bar d’en bas et à tous mes copains de descente. On se jette dans les bras les uns des autres, on se promet que l’année    prochaine on recommencera et qu’on passera notre première étoile tous ensemble. Je verse ma larme et le patron me console avec celle d’un Bailey’s. Tout le monde embrasse Alberto Tomba. C’est beau. Finalement, ces vacances sont formidables !

Publicités