Un réveillon presque parfait

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D’habitude, je suis un peu bégueule en matière de réveillon de jour de l’an.  C’est plus ou moins toujours la même chose : on mange trop, on boit plus que de raison et on choppe des herpès à force d’embrasser la moindre lèvre qui
passe pour souhaiter la bonne année à son propriétaire.

Mais cette année, et en vue de l’enterrement d’une décennie qui fût plus
que morne pour mes amours, j’ai répondu « oui » à l’invitation de quelques amis bien décidés à faire la fête. Enfin, c’est surtout que parmi eux se trouvait
l’Informaticien-à-Nez-Original-et-que-j’aime-en-secret autrement baptisé l’IANO. Et si 2010 commençait sous les feux de l’amour ? Récit.

19 heures – Devant le miroir de la ma chambre, je scintille de mille feux.
Vêtue de paillettes de pied en cap, je me suis transformée en boule à
facettes.  Et c’est tant mieux parce que selon ma Tante Arlette fan de Boney M., une fête réussie rime souvent avec boule disco. Mon esprit cartésien
m’amène donc à déduire que je suis ce soir l’incarnation humaine de la réussite même de ce réveillon. C’est vrai qu’une soirée avec moi, c’est finalement un peu comme une soirée chez
l’ambassadeur avec des Ferrero rochers mais en mieux. En tout modestie bien sûr.

Je me verse une petite coupette pour me féliciter de tant de bon goût
fashion. Slurp… C’est vite avalé ; faut dire que le verre est petit. Allez hop, une deuxième pour la route!

19h45 – J’ai fini la bouteille de champagne. Il est temps pour moi de
rejoindre la joyeuse troupe qui va m’accompagner toute la nuit.

19h50 – Super, je suis tombée dans les escaliers et j’ai un gros trou à
mes collants plumetis. . Mais pourquoi les marches bougent toutes seules ?

20h30 – J’arrive chez Anne-Elisabeth. Tout le monde est déjà là.
Je suis surprise que personne ne me félicité sur ma tenue. Mais tiens-tiens , qui est donc cette pétasse à mini-jupe et bottes blanches ?  Je
demande à mon copain Matthieu qui m’apprend que :
1. C’est sa cousine
2. Elle aurait des vues sur l’IANO

Je manque de m’étouffer et décide de faire passer mes spasmes grâce à un
double-whisky-coca. Ca aide.

21h30 – Les verres ne cessent de se remplir et désemplir. La musique bat son plein ; tous les garçons sont attroupés autour de la pétasse.
Ah, les mecs… Ils n’ont même pas remarqué que ces cheveux sont couleur blond moisi, trop occupés qu’ils sont à vérifier si un des ses seins ne s’échappent pas de son mini-top alors qu’elle
exécute la chorégraphie de Baby Boy, le derrière en mode « machine à laver ». Les filles surveillent quant à elles que les mains des
garçons ne tombent pas dans la culotte de la danseuse. Un accident est si vite arrivé.

Pour ma part, je goûte tout ce qui me tombe sous la main : saumon,
gin, foie gras, Armagnac, huîtres, gambas, Palmito ( ?), vodka. Au moins, je ne mourrai pas de faim avant la fin de l’année.

21h45 – La musique se stoppe net : le lecteur CD est tombé subitement en panne.
J’avais oublié que je n’étais pas si mauvaise que ça en cours d’EMT (Education Manuelle et Technique). Allez zou, tous à table, j’ai encore faim moi !

Super, je suis en face de la blonde qui me fait un sourire avec ses 44 dents (au moins !) toutes plus blanches les unes que les autres. Je suis sûre que ce ne sont pas les siennes. Je lui
demande pour confirmation combien elle a payé ses implants.
« Oui, oui les dentaire et les mammaires », je précise tout fort.
« Je dois tout à mère nature. Mais si tu veux je connais l’adresse d’un dentiste qui redonnerait un coup de neuf à ta dentition », me répond-elle un sourire narquois aux lèvres.
Et mon cul sur la commode, c’est du nem plongé dans une sauce nyoc-nam connasse ? Grrr… (grognement effectué lèvres serrés pour éviter de dévoiler à l’assemblée mes dents sur lesquelles
elle a désormais le regard fixé).

22h00 – Le repas se déroule comme sur des roulettes… ou presque.
L’IANO n’en peut plus de la blonde et n’arrête pas de lui lancer des œillades entre deux tranches de jambon de Bayonne. Franchement, je ne vois pas ce qu’il lui trouve à part deux Airbags qui
vont finir en gants de toilette les 35 ans passés.

On sert du poisson à la martiniquaise. Première bouchée et je me brûle la
gorge au troisième degré. J’ouvre et je ferme la bouche pour faire passer la chaleur (action ventilateur manuel).
La blonde me lance : « Tiens, tu fais trop bien Gudule mon poisson rouge ».
Je réponds : « ona-euh, u vouas as que euh me buleuhh… ».
Elle fait semblant de ne rien comprendre et rit à gorge déployée entraînant dans sa niaiserie tous les convives. Merci les copains…pff.

Ah chou, ah chou, je suis Jeanne d’Arc sur le
bûcher.

Appliquant à la lettre le principe de mon Oncle Georges selon lequel « Toute rédemption se trouve dans le vin », j’avale cul-sec le contenu de deux verres de Bourgogne. Mal m’en
pris, je suis en feu, mon cœur s’est déplacé sur la langue. Badaboum, badaboum … Je plonge la tête la première dans le seau à Champagne rempli de glace.

22h25 – Bonne nouvelle, ça va mieux. Mauvaise nouvelle, j’ai la tête coincée dans le seau.

22h30 – L’IANO verso l’équivalent un litre d’huile Isio 4 dans le seau
pour m’aider à me dégager.

22h31 – Ma tête voit enfin le jour. Mes cheveux sont minables et je sens le calamar frit. Ce con d’IANO a pris en fait de l’huile de friteuse usagée.
J’essaie de rester digne en avalant un verre petit doigt levé de Jurançon sec. Je poursuis avec un trou béarnais, ça aide à digérer les épreuves et le ridicule.

22h45 – Alors que j’en suis à mon cinquième shampooing, toute la table se passionne autour d’un débat essentiel sur l’avenir de la population mondiale :
« Lady Gaga : encore là en 2010 ? ».
D’après ma copine Marion, Lady Gaga est un génie à la voix sublime et à la créativité sans limite. « Et en plus elle danse super bien ! » ponctue-t-elle d’une voix assurée.
Heu, on ne disait pas la même chose de Lorie ?

23 h 00 – Anne-Elisabeth est bourrée et propose à qui veut de sentir ses pieds nourris à la pommade de cochon. Bertrand insiste pour y mettre le nez. C’est le
grand n’importe quoi et tout le monde s’en fout.

La blonde pétasse surenchérit en mettant ses seins aux enchères
olfactives ( ?). Je lui donne discrètement un coup de seau à Champagne pour la calmer. Elle tombe raide sur le parquet telle une moule pas fraiche. Tout le monde met ça sur le dos de
l’alcool. J’approuve tout haut. Rapatriée dans la chambre d’ami, l’IANO est désormais tout à moi !

23h10 – L’IANO ne me lâche plus. Je me sens comme assommée… Alcool ou  vif intérêt de la cible amoureuse pour le
Google Nexus One ?
Pour mettre fin à mon ennui, je propose à l’IANO avec mon plus beau sourire « proposition indécente »,  de tirer les rois. Il me rétorque
que l’on n’est pas le 6 janvier. Je lui demande si son refus est en relation avec une histoire de fève. Il me regarde de travers et m’encourage à prendre un autre verre. « C’est fout comment
tu tiens bien l’alcool » s’émerveille-t-il. Hum Hum… Glou glou.

23h30 – C’est bizarre, y a comme un goût de vomi au fond de ma gorge…
Vrrrr.Vrrrr. Mon téléphone vibre.
Le SMS dit : « Cmt on fé pr vomir ? J’ai mangé trp de buche o beur et je pouré jms devenir manekin. Bizz. Ta cous’ Valentine »
Je pianote : « Mets 2 doigts au fond de la gorge. PS : laisse tomber le mannequinat, t’as le profil Katsuni. Biz, BBC ».
  

23h45 – Je me sens toute endormie. Tiens, je vais fermer les yeux juste quelques secondes… Voilà… Hou, cela fait du bien… Je vais garder les paupières baissées
encore un petit peu plus…Tiens, si je mets ma tête contre ma main, je suis carrément plus confortable… Voilà, voilà, voi…

Samedi 1er janvier – 11h15 – Mais comment j’ai atterri dans ce lit ?
Mais à qui est donc ce magnifique corps englouti sous la couette ? Non, me dites pas que c’est l’IANO (héhéhéhé) ?
Et hop, une petite caresse du pied sur son mollet. Humm, l’informaticien ferait du vélo pour être rasé d’aussi près ? Soupir de plaisir. Je soulève délicatement la couette
et…

ARRRRRGGGGGG, c’est la blonde !! Mon dieu, en 2010, je suis lesbienne !

 

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