En vacances avec… l’informaticien à nez original






De : L’informaticien à nez original

A : BritBrit Chérie

 

Hello Brit,

J’ai eu une nouvelle prime. Ça te dit d’aller à Barcelone avec moi le week-end prochain en tout bien tout honneur? Je paie l’hôtel, tu offriras
les tapas pour me remercier. Réponds-moi vite. L’IANO

 

Encore une prime ?! Après le resto, Barcelone. Dire que certains se plaignent de la crise.

 

Je sens que je commence à faire mon
petit effet sur l’informaticien que j’aime en secret. Et si je fais le bon calcul : prime d’informaticien = bonus en euros moyen moins = location d’une seule chambre = lui + moi dans le même
lit = mariage. L’équation me semble parfaite !

 

De : BritBrit Chérie

A : L’informaticien à nez original

 

Tu me prends un peu de cours. J’avais justement un super week-end avec George C. en prévision. Mais pour toi, je veux bien faire une exception. Biz.
BritBrit 

 

 

Jour du départ.

Ca commence bien ! L’informaticien
transpire à grosses gouttes pour ranger dans sa Twingo mes bagages. Deux valises + un sac chaussures + un vanity = le strict minimum pour deux jours. Il n’a pas l’air d’accord et continue de
ruisseler de partout.

Je lui conseille en rigolant de se
mettre du déo. Apparemment, il ne trouve pas ça drôle.


Allez hop, en
route ! 
Je mets un peu de musique pour détendre l’atmosphère. A moi de jouer pour quatre heures d’opération séduction (héhéhé…). J’attaque de front mais
tout en subtilité :


– J’suis trop contente que tu ais pensé
à moi pour ce long week-end.

C’est à ce moment précis que je sors l’artillerie  « bretelle de soutien-gorge tombante, sourire malicieux en coin et yeux
papillons ».


– Ouaip… Je devais y aller avec Vincent,
mais sa femme n’a pas voulu. On laisse pas une femme enceinte, qu’elle a dit. C’est nul.


– Ah, Vincent…
(grumpffff)

 

C’est bon, je fais la gueule pour le
reste du trajet.

Et pour marquer ma mauvaise humeur, je
prends un somnifère pour que le voyage passe plus vite.

 Un lourd silence règne dans la Twingo.

 

 

Arrivée à Barcelone

 

Je suis soufflée : l’hôtel a cinq
étoiles sur la façade. Décidément, il fait bon avoir des primes dans le monde du virtuel. Je me remets à parler à l’homme avec plein d’entrain pour lui prouver ma
reconnaissance.

 

Le voiturier refuse de prendre les clés
de la Twingo pour la garer. Il nous indique le parking du personnel tout en nous priant de bien vouloir passer avant à l’Eléphant bleu afin, dit-il, de ne pas montrer qu’il y a des roumains qui
séjournent à l’hôtel.

 

Un lavage et deux créneaux ratés entre
une camionnette frigorifique et le scooter du livreur de sushi plus tard,  je feuillette le Citizen K avec des lunettes noires dans le petit salon de
l’hôtel pendant que l’informaticien récupère les clés des chambres.
 

« C’est qui ? », murmure
une vieille peau même pas liftée en me détaillant des pieds à la tête. Gonflée d’orgueil d’être prise pour une star, je gonfle le poitrail au maximum.

« Une pétasse à faux nénés »,
lui hurle le croulant qui lui sert de mari.

Une larme de vexation coule le long de
ma joue. M’en fous, ils vont bientôt crever.

 

 

La Chambre


– Désolé, je n’ai pris qu’une chambre.
Voyage-Privé, c’est pas cher, mais bon c’est pas la peine de jeter l’argent par les fenêtres non plus en prenant des chambres à gogo.


– Tout à fait, tout à fait, dis-je avec
un air respectable de banquière lubrique en guêpière.


– J’ai demandé un lit d’appoint. Ca
t’ira ? Comme je paye, je me suis dit que j’avais droit au King Size, non ?

 

C’est pile le moment où je choisis de
dévaliser le mini-bar et créer un cocktail à base de mignonettes de gin, vodka, rhum, Bailey’s et Fanta citron, le tout agrémenté d’un Valium.

De suite, ça va
mieux.

 

 

Balade sous le soleil espagnol…

 

L’informaticien est revigoré par l’air
méditerranéen. Il décide d’une petite ballade dans Barcelone. J’enfile ma plus belle robe en Liberty et des petits talons du meilleur effet.

 

Oubliés les Ramblas, le Port Vell ou le
quartier El born. L’informaticien, transformé en véritable guide touristique, m’entraîne au pas de course à travers les rues de la ville, direction l’ancien site olympique. « Tu m’en diras
des nouvelles !, s’exclame-t-il.

 

Après trois heures de marche active, je
souffre : mes pieds ressemblent à deux boudins cloqués et mes pores de nez sont en pleine dilatation.

Même la codéine associée à une Red Bull
n’y peut rien.

 

 

Retour à l’hôtel

 

Larusso, qui visiblement partage le même
hôtel que nous, a l’air écœuré face à mes pieds déformés. Mais qu’est-ce qu’elle a à me suivre cette connasse ? L’informaticien est tout excité de la revoir.

Je la snobe telle une lady Diana vivante
devant une Camilla Parker-Bowles moche comme ma tante Arlette.

 

– Tranquille ce soir. On dîne dans la
chambre ? me demande l’informaticien plein d’initiative.


– Heu, c’est un peu cavalier, mais
OUI !


Vite, vite, où sont mes dessous John
Galliano ? Et les présos. Merde, la femme de chambre les a bouffé ou quoi  ? Et le Nutella de corps ?

Mes boudins de pieds courent à travers
toute la chambre pour réunir les petits objets magiques d’une nuit rêvée.

 

L’informaticien me regarde l’air
émerveillé :

 – Cool… Si j’avais su
que cela te mettrait autant en joie.
Y’a un lecteur DVD et j’ai amené les meilleurs buts de l’année 2008. Parce que tout le monde croit que nous, les informaticiens, on n’aime que les ordinateurs. Mais c’est pas vrai, j’adore le
foot aussi. Le mieux, c’est de regarder les matchs en streaming…

 

Je ne l’écoute même plus. Je préfère les
joies de la Red Bull mélangée cette fois à un Cognac. Original mais goûteux.

 

 

Le lendemain

 

Mon mal de pied ne me quitte plus.
J’opte pour une journée tranquille à la piscine pendant que l’informaticien part à Camp Nun pour tenter d’apercevoir Thierry Henri à son entraînement avec le FC Barça.

 


Hombre, oune Whisky-couca cola por favor !

 

Larusso se pointe, un Ipod à la main. Je
sens qu’elle me déteste. Ca tombe bien moi aussi.

 

– Hombre, oune Malibou-Najanja por
favor. Que no, DOS ! Et oune sangria. Olé, Olé !

Slurp, slurp… Moi et mon verre, on se
sent millionnaires, trilingues français-espagnol-cocktails.

 

J’observe Larusso du coin de
l’œil.

Tiens, elle semble plus mince que moi,
mais avec plus de cellulite. Enfin, à peine plus menue quand même. Mais plus graisseuse. Oui, mais plus svelte… Peste !

Pour me venger, je décide de faire une
bombe dans l’eau pile à côté de sa serviette.

En moins de deux, sa chevelure se
transforme en méduse fillasse et sa bouche hurle en fa dièse. C’est horrible !

 

 

Plus tard…

 

– Mais qu’est-ce que tu fais devant
l’hôtel ? Et la piscine, y’avait des mouches ou quoi pour faire autant la tête ? me lance l’informaticien tout juste revenu de sa virée.



Groumpff…


– J’ai eu un autographe de Thierry
Henri. J’suis trop content. Ce soir, je vois Larusso pour me signer mon disque dur mobile. La classe quand je vais rentrer au boulot.


– Pas possible.


– Attends, elle a l’air super
cool…


– Pas possible j’te
dis.


– … ?


– On nous a mis dehors à cause d’une
bombe.


– P’tain de Catalans avec leur
front de libération de merde !


– Heu, c’est pas tout à fait
ça…

 

Le retour en France fut comme
l’aller : dans le silence le plus complet.
Finalement l’Espagne, ce n’est pas aussi convivial qu’on l’imagine.

 

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