J’AI UN FAN !

C’est arrivé un jour anodin sans qu’aucun signe ne laisse présager quoi que ce soit. Un mail à l’objet
étonnant arrive dans ma boîte. Il disait ceci : « Il ne faut pas se méprendre, ceci n’est pas une déclaration d’amour même si cela y ressemble ». Et l’auteur de me faire part de sa fascination pour
mes écrits, de son amour pour ma vision des choses et de son addiction à mes histoires de vie un brin bringuebalantes mais so exciting.

Et n’allez pas croire que ce manifeste d’amour soit écrit dans un français approximatif mêlant superlatifs débiles et langage SMS traduisant la blague d’un adolescent en mal de sensations
littéraires. Que nenni ! Le concepteur de cette lettre un tantinet enflammée, y va de tournures grammaticales et de références culturelles telles que même les Eric Zemmour et Naulleau en auraient
eu (enfin !) le clapet coupé.

Vous imaginez donc aisément ma surprise. Malgré tout le talent qui m’incombe et dont je tente de faire preuve chaque semaine, il était peu probable qu’un jour ma si modeste personne suscite tant de
passion. D’un coup, je me suis sentie mise sur un piédestal : j’étais l’idéal, le modèle, la perfection pour au moins un être humain sur terre.

Et puis le choc ! Comme une Mylène Farmer, j’ai développé le sentiment d’être une petite chose traquée par un monstre déguisé en Marc Lévy.
Et si mon fan était un psychopathe qui veut venir à Pau en patinette pour me tuer à coup de pain de mie aux céréales ? Et s’il essayait de voler mes culottes pour les respirer en cachette? Et s’il
était tout simplement un gros con que je ne peux pas blairer ? Et surtout si un jour, il ne m’aimait plus ?
Parce que voilà, avoir un fan, c’est loin d’être de tout repos car en plus de représenter un danger, le fan fait porter le poids de nombreuses responsabilités. Explications.

Le fan est collant pour ne pas dire imposant.
Il n’a qu’une obsession vous toucher une mèche de cheveux, la joue, le derrière du genou, … ou se faire toucher(les oreilles, le nez, la bistouquette).
Tentant le tout pour le tout pour arriver à ses fins, il va même jusqu’à essayer de se glisser dans votre lit. C’est en tout cas ce qui est arrivé à Brad Pitt.
Ma copine Romy, cavalière émérite de niveau international qui suscite de nombreuses passions sur les hippodromes et  Facebook, est
encore traumatisée par cet acte de fanitude. Tellement, qu’avant de se coucher, elle envoie son chien Caliméro (65 kg de muscles et de queue au bas mot) faire le tour de la chambre avant de déposer
sa bouillotte entre les draps.

Conseil à mon fan : Ce n’est pas que je sois contre un geste de tendresse, long célibat oblige. Mais comme je dors en étoile de mer, je ne suis pas sûre d’être prête à te céder le moindre
bout de matelas. Merci donc de bien vouloir t’incruster dans la panière du chat si tu y arrives car il n’est vraiment pas aimable.

Le fan est faible psychologiquement.
Le fan est comme une moule du Bouchot. Comprendre : il s’accroche à vos moindres faits et gestes, collectionne des photos de vous découpées dans Public, achète des mugs peints à votre effigie et
considère que son T-shirt taille XXL avec votre face imprimée dessus est le plus bel élément de sa garde-robe.
Parce que voilà, si le fan est fan, c’est parce qu’il ne trouve pas dans son existence tout ce que vous pouvez lui procurer : le bonheur !

Et c’est ainsi qu’un autographe mal signé, un petit mail de remerciements mal orthographié, une intervention annoncée puis annulée chez Patrick Sabatier peut entraîner chez lui un comportement des
plus ennuyeux pour votre conscience : le suicide.

Conseil à mon fan : Si tu ne te sens pas bien, surtout tu te suicides en  silence. J’ai suffisamment de préoccupations comme ça pour ne pas avoir en plus à justifier une banale
affaire de déséquilibre mental et faire des mea culpa à ta famille.

Le fan veut vous ressembler physiquement.
La même coiffure, les mêmes costumes, le même maquillage, le fan cherche à être à sa manière une copie conforme de son icone, allant même jusqu’à négocier sévère la même gaine couleur chair sur
Ebay. Le problème : c’est souvent raté (voir le cas Polnareff / Obispo).
Acné, surpoids, gros nez, petits yeux,…Même avec des Repetto aux pieds, le fan est plus souvent pathétique qu’esthétique. A noter, qu’il adhère parfois à des clubs de fans type « BritBrit for Ever
», « Brit, we love you même après la dead », « Mon âme, mon amour, mon rein pour une nuit avec BritBrit », où il disserte avec les autres groupies sur votre dernier amant d’il y a bien (trop !)
longtemps. Et là, c’est pas pour dire, mais le moral de l’Idéal personnifié que je suis en prend un sacré coup.

Conseil à mon fan :  Bien entendu, tu es libre de ce que tu fais avec ton corps ou avec tes groupes d’amis qui m’idolâtrent (y’en a hein ??). Mais si tu en arrives à cet extrême,
peux-tu diriger tout ton amour et ta dévotion sur Evelyne Dhéliat, Christine Boutin ou Roseline Bachelot. Il paraît qu’elles sont très drôles aussi avec un coup dans le nez.

Le fan met la pression.
Ce n’est pas pour dire, mais un fan, cela s’entretient. Toujours en attente du meilleur de vous-même, il vous porte aux nues aussi vite qu’il peut se montrer de fort désagréable humeur si vous le
décevez. Nous avons tous en mémoire cette accro à Pete Doherty, qui déçue parce qu’elle n’avait pu voir le chanteur, hurlait face caméra : « Pete, je t’encule !». Je sais, c’est pas très poli.
Parce que je tiens à mon intégrité rectale, je ressens constamment le stress de ne pas être à mon propre niveau. Je me retrouve parfois tétanisée comme quand  mon patron me surprend à faire
des boulettes de nez le sourire aux lèvres derrière mon PC. Bien sûr, cela ne m’arrive jamais (les boulettes, pas la tétanie).

Conseil à mon fan : Tu veux du bon, voire du très bon, voire du très très bon BritBrit ? Il n’y a qu’une solution pour me dépressuriser : me donner des sous pour que je puisse m’acheter
des choses essentielles à l’équilibre de mon talent : sac, chaussures, robes, Ipod, parfums, bouquets par milliers,… Le strict nécessaire quoi.

Pour finir, avoir un fan à sa disposition, c’est surtout apprendre à ne pas avoir la grosse tête.
Et là, mes chers amis, j’ai bien peur que la mienne n’ait déjà atteint la circonférence limite admise par les Hautes Autorités des idoles sympas. Du coup, pourriez-vous dire à mon fan que malgré
mon hypertrophie cérébrale je l’aime moi aussi ?

Et en bonus la fameuse vidéo « Fuck Pete ! ».

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