J’AI TESTE : ELEVER SON ENFANT… VERSION CHATIERE

« L’éducation est la base de tout » se plaisait à argumenter ma grand-mère. Mais ceci est plus souvent facile à dire qu’à faire. Entre les pro-fessées, les
no-stress, les parents-copains et les autoritaristes, il y a de quoi perdre ses propres convictions d’éducation, surtout quand il s’agit de les appliquer à son propre enfant. Et si, par ma seule
et unique faute, il devenait un grand angoissé, ou un pervers de la bistouquette ou encore un jet-setter de la Côte d’Azur à costume blanc, pourrais-je m’en
remettre ?

 

Pour ma
part, je n’ai à ce jour pas d’enfant et a priori la question ne devrait malheureusement pas encore me soucier. Mais imaginez, que là, un peu par hasard, alors que je me promène tranquillement, je
sois enceinte et que, tiraillée entre Laurence Pernoud et Françoise Dolto, je ne sache plus quoi faire pour que mon enfant ne se transforme pas en Thierry Paulin. Alors aux grands maux, les
grands remèdes, je m’entraîne… sur mon chat.

Je sais, le sujet du chat semble être un
peu obsessionnel en ce moment (
cf. « Mon chat, ce tueur »),
mais quand on n’a rien d’autre sous la main pour tester quelques principes éducatifs, on se contente de l’animal qui partage votre canapé. Allez bébé-amour à poil, écoute
maman BritBrit et sois mignon !

 


La méthode punitive par le ventre


Objectif :
lui faire comprendre que sans vous, il ne peut rien faire, à commencer par subsister. Alors un peu de respect merde !


Comment ?
A la moindre incartade ou insolence, c’est privation immédiate et sans discussion de croquettes ou toute gourmandise
comme le gras du jambon, les croûtes de brioche et autres têtes de crevettes.
Vous noterez que la pitance interdite est bien sûr à adapter pour l’enfant humain car, au regard de ce qu’engloutissent mes neveux et nièces, je doute qu’ils s’accommodent d’une pâté pour
chat, même si elle est saveur saumon-rognons de lapin.


Résultat :
Etant donné que les bêtises sont monnaie courante chez l’animal, celui-ci se retrouve pratiquement sans nourriture pendant des jours et des jours. Ne pouvant vivre sans
alimentation, il meurt.


Conclusion :
Cette méthode est à pratiquer uniquement si vous avez des notions en nutrition d’un niveau supérieur ; à moins que vous ne souhaitiez changer régulièrement de
chat ou d’enfant selon la loi universelle « plus ils vieillissent, plus ils sont chiants ».

 

La méthode douce


Objectif :
Nous sommes ici en plein cœur des principes de Dolto : on parle à l’enfant comme à un adulte (ou presque) en lui montrant qu’on l’aime fort. Ce mode d’éducation
a pour principe de ne pas provoquer de traumatismes ou de chocs psychiques pouvant engendrer au choix autisme ou délinquance.


Comment ?
Chaque ordre, que dis-je, chaque recommandation doit s’accompagner d’une explication claire, argumentée et précisément
illustrée.
Par exemple : «Monsieur chat, tu ne dois pas grimper sur la plaque électrique car tu pourrais te brûler la patte au 3e degré. Ce désagrément pourrait alors provoquer la
destruction de tes muscles et de tes tendons, voire de tes os. Dans des cas extrêmes, cette brûlure pourrait te tuer. Et tu ne veux pas mourir, petit chaton d’amour à sa maman
? »


Résultat :
Le Chat ne comprend pas un traître mot de ce que vous lui racontez et continue à en faire à sa tête. D’ailleurs, il s’est cramé la patte et la clinique vétérinaire vous a
facturé 570 euros pour un soin d’urgence le dimanche soir.


Conclusion :
A n’adopter que si vous souhaitez soutenir financièrement votre vétérinaire.

 

La méthode sportive


Objectif :
Calmer son énervement, faire ressortir toute sa haine et tout ce qui l’angoisse psychologiquement par le sport. Egalement nommée « apprentissage à la Christophe
Pina », car  mise au point par le Pina en question, coach sportif à la Star’Ac de son état, cette méthode  a également la prétention de transformer votre chat couard, risée du quartier, en chat David Douillet. Houlà, ça fait peur.


Comment ?
« Le sport c’est la vie » et « Gagnez, c’est l’important », voilà ce que vous enseignez à votre chat tous les matins avant de mettre en pratique cette
philosophie. Attaché à l’arrière de votre mobilette, il devient champion de course à patte, puis champion en natation (3 longueurs aller-retour dans la baignoire), et pour finir un redoutable
chasseur de souris Duracell Alcaline (elle ne s’arrête jamais, du coup vous aussi vous la chassez sans succès pour la stopper),… Le pire, c’est qu’il adore ça.


Résultat :
Votre chat est devenu en l’espace de quelques séances un véritable sportif de haut niveau qui met des raclées à la moindre contrariété. Il est d’ailleurs tellement teigneux
–c’est ça de vouloir gagner à tous les coups – que vous n’osez plus lui refusez quoi que ce soit. La dernière fois que c’est arrivé, il vous a ouvert la carotide d’un coup de griffe, ce qui vous
a valu 2 semaines d’hospitalisation.


Conclusion :
Idéal pour les maîtres dépressifs qui souhaitent attenter à leur vie de façon zoologique.

 


La méthode physique


Objectif :
Lui montrer qui est le maître. Fini le manque de respect, le plus fort, c’est vous et pas ce truc à quatre pattes qui sert à rien.


Comment ?
Action—Réaction : un coup de griffe égale un coup de pied au cul. Comme on le dit dans la Bible « Œil pour œil, dent pour dent ». C’est finalement un
retour aux grands principes de la Vie.


Résultat :
Cela fonctionne tellement bien que votre chat a un pelage proche du tapis mité, rapport aux brûlures de cigarettes infligées et tremble des moustaches à la queue en faisant
pipi sur place dès qu’il vous voit. D’ailleurs, dès que la fuite est possible, il se cache dans un trou de souris (oui, oui, un vrai avec la souris à l’intérieur).


Conclusion :
Méthode à choisir si vous vous sentez l’âme d’un dictateur et que les effluves d’urine vous sont agréables.

 

 

Au regard de toutes ces méthodes, j’ai cependant un énorme doute sur leur efficacité. J’ai l’impression que je vais faire de mon chat, et par extension de mon enfant,
un psychopathe sportif, un pisseur sur moquette, voire même un mort. Et si les pédopsychiatres se mettaient le doigt dans l’œil quant à la réussite de ces modes éducatifs. Je crois que je vais
finalement faire comme d’habitude : au feeling.


PS : mon chat approuve et fait la vaisselle pour me remercier de tant de lucidité.

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