Poor rich girl…



En ces temps de crises, s’il y a bien des gens que l’on aime détester, ce sont les riches. Nés avec une cuillère d’argent dans la bouche et un babygros Baby
Dior sur le dos, on pourrait croire qu’ils échappent à toute tracasserie quotidienne. Et bien non ! Les personnes monétairement aisées rencontrent elles aussi de nombreux problèmes qui leur
gâchent – un peu – l’existence, et je sais de quoi je parle.

 

 

Problèmes de reconnaissance

 

Pourquoi c’est un problème ? Sans cesse critiqués et ô combien jalousés, nous subissons les quolibets des classes inférieures. Frivolité, badinerie, oisiveté,
voilà ce qu’on nous reproche constamment. À force, je pense que je suis de plus en plus minable et je me noie dans le champagne dès 10 heures du mat (si je suis réveillée).

 

Pourquoi il faut m’aimer ?

Force est de constater que nous, les riches, faisons beaucoup pour le développement économique de la France et l’aide aux minorités. À commencer par la création
d’emploi : du plombier spécialisé en jacuzzi, au coiffeur de pur-sang, mieux que l’Artisanat – premier employeur français selon la pub – nous endiguons le chômage et participons au maintien
voire à la création de métiers rares.

 

De plus, l’humanitaire tient une place très importante dans nos actions. À titre d’exemple, sachez que je donne à de nombreuses oeuvres caritatives telle la lutte
contre le SIDA, la recherche contre le Cancer, le développement des courses hippiques en milieu rural, le golf pour tous ou encore la démocratisation du Cashmere.

 

 

Problèmes de conscience

 

Pourquoi je suis hantée ? Les soirées des ambassadeurs, le Bal de Rose et autres sorties dans le grand monde imposent de se fondre dans la masse et d’adopter
les codes vestimentaires de notre milieu. Ainsi, c’est donc plus ou moins volontairement que je me retrouve avec un sac Chanel en Croco à la main, une veste en renard sur les épaules et une
écharpe en chinchillas autour de mon cou gracille.
Du coup, je culpabilise de participer contre mon gré à l’éradication des animaux.

 

Comment j’y pallie ? Je me lance activement dans l’élevage de chihuahuas.  Un animal en valant bien un autre, autant en profiter pour développer une race
parfaitement assortie aux sacs de transport Louis Vuitton.

 

 

Problèmes de santé

 

Pourquoi c’est plus grave que chez les pauvres ? Tout simplement parce les maladies sont notre lot quotidien :

–       Fatigue provoquée par une marche intensive de 500 mètres aller entre notre résidence et les écuries ou encore par le jet-lag
entre Sydney et Paris ou Los Angeles et Biarritz,

–       Rhume permanent dû aux chauds-froids : climatisation dans les avions, changement de température soudain entre Aspen et
l’Ile Maurice, … Je vis avec un mouchoir en soie sur le nez.

–       Maux de dos à cause des diamants trop lourds à porter autour du cou, …

Notre vie est souvent synonyme de souffrances.

 

Est-ce résorbable ? Non, la maladie est injuste et frappe au hasard. Même un billet de 500 ne la détournerait pas de son noir dessein.

 

Problèmes nutritionnels

Pourquoi je n’arrive pas à équilibrer mes repas ? Entre les dîners chez les uns et les autres, foie gras et plats riches en sauce pullulent sur les tables. Et
gourmande comme je suis, je résiste difficilement à la tentation.

 

Comment je m’y prends pour rester mince ? N’allez pas croire que je me fasse vomir entre chaque plat, ça c’était quand j’avais 14 ans. Aujourd’hui, et grâce à
l’aide d’un nutritionniste star qui passe à la télé, j’apprends à manger ce qui est bon pour moi : caviar nature, huîtres, homard… Les produits de la mer, il n’y a rien de tel pour garder la
ligne !

 

 

Problèmes parentaux

 

Je n’y suis pas encore, mais j’y pense… Les « enfants de » doivent lutter chaque jour pour :

  1. Ne pas confondre l’américain avec le hongrois, le russe ou le monégaque. Etre polyglotte cela n’a pas que des avantages.
  2. Ne pas tomber dans les tréfonds de la société en voulant exercer un métier de pauvres (mécanicien, pompier, instit, infirmière, avocat en droit
    social, …) voire faire comme eux (manger au Mac Do, aller à l’école publique).
  3. Avoir une parfaite intégrité physique. Il est si facile de nos jours pour un enfant de 9 ans de tomber dans l’alcool ou la cocaïne.

 

En attendant que l’enfant paraisse, je me réjouis de ne pas avoir de descendance et de ne pas avoir non plus le souci  de trouver une nurse
hollandaise suffisamment laide pour ne pas faire tourner la tête de mon baron / grand industriel / roi du pétrole / rentier de mari (que je n’ai pas non plus, mais ça viendra).

 

 

Problèmes sexuels

Pourquoi cela me perturbe ? S’il y a bien une vogue malsaine qui circule dans le milieu des riches célibataires, c’est bien celle des sex tapes ; pour
ceux qui ne parlent pas anglais, comprenez vidéo de vos ébats.
Un instant d’inattention, et hop ! vous vous retrouvez les fesses à l’air sur
Facebook et même pas sous votre bon profil.

 

Comment je combats le crime ? Avant chaque relation sexuelle, je fais le tour de la chambre avec un fin limier (détective privé, chien de policier, …)
histoire de vérifier qu’aucune caméra ne traîne. Compter 1 heure de recherche minimum.

Et si j’ai quand même envie de garder un souvenir ? Ben, je filme mais en pensant cette fois à positionner comme il se doit la caméra pour pouvoir me présenter
sous mon meilleur jour.

 

 

 

Vous comprenez donc bien, que la vie de riche héritière présente des aspects bien sombres.
Mais je ne vous ai pas
fait part du plus grave : le problème existentiel. Car voilà, contrairement à la majorité des gens, je ne connaîtrais jamais la sensation que cela fait de vivre dans un T5, de manger des
produits Carrefour et des TUC salés, de faire les soldes, de conduire une Citroën, de regarder une télévision à canon à électrons, d’exploser de joie parce que j’ai gagné 5 euros au Morpion,…
Parce qu’au fond, je suis une fille si simple !

Miss America of 1927 Lois Delander

© Bettmann/CORBIS

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