J’ai testé : être étudiante


« Je veux changer de vie ! Je vais reprendre mes études ». Qui n’a jamais rêvé de reprendre les chemins de la fac ? De se retrouver de nouveau sur les bancs des
amphithéâtres où les sigles anar côtoient les cœurs gravés sans qu’aucune rancune ne vienne perturber ce délicat équilibre? De refaire le monde autour de débats passionnés et
passionnants ?

Mais ce qui se cache réellement derrière ce retour au monde de l’enseignement supérieur est surtout
l’irrésistible envie de redevenir cet(te) étudiante fougueux, à l’esprit en constante évolution et à l’avenir aux bras tendus. Ah, c’était si bien les années fac…

Alors, c’est décidé, je prends mes bouquins sous le bras, je mets des chupa chups et des Bic de toutes les
couleurs dans mon sac, et je retourne à l’université !

Juste un détail : la vie estudiantine n’est pas toujours celle dont on se souvenait du temps où l’on avait
20 ans. Entre fantasmes et réalité, il y a comme qui dirait une grosse différence.

 

Dans le fantasme estudiantin, on a une soif inassouvie de
connaissances.

L’étudiant veut tout savoir. Alors de la physique quantique aux
« états littéraires » de Baudelaire et de Malraux, en passant par l’approfondissement du réflexe de Pavlov, il sait tout sur tout et devient une vraie encyclopédie Universalis. De quoi
à faire de moi la prochaine grande gagnante de « Questions pour un champion ! ».

En pratique : ça pue l’ennui.

Les profs ont autant d’entrain qu’une vieille locomotive époque Denis Papin et nous obligent à assimiler
plein de choses qui ne nous resserviront jamais. D’ailleurs, à titre personnel, rien ne m’apparaît d’une grande limpidité, surtout quand on parle de plaque de Kuta, subductions continentales,
courant Oulipo, et autre règne des deutérostomiens,… Heu, vous pouvez répéter ?

Bilan : je sèche la moitié des cours préférant dormir dans mon lit que sur les bancs peu confortables de
l’amphi contre lesquels j’ai d’ailleurs lancé une pétition « Oui, aux sièges. Non, aux douleurs du siège ». Personne n’a signé prétextant que le slogan était minable et
je me traîne désormais le surnom de « Rika Zaraï du campus».

 

Dans la vie rêvée de l’étudiant, on a plein de
vacances.

Et qui dit plein de vacances, dit virée dans les plus grandes capitales d’Europe pour parfaire son niveau
d’anglais, allemand, espagnol, grec (à ne pas confondre avec « augmenter son quota d’éphèbes anglais, espagnols, allemands, grecs »), devenir un vrai Petit Futé européen et être
incollable en culture des pays.

En pratique : l’exploitation estudiantine

Le constat est accablant et pourtant occulté : l’étudiant n’a pas une tune. Il profite donc de ses
vacances non pas pour voyager mais pour :

1.     Travailler ses partiels,

2.     Bosser au Mac Do du coin pour
gagner un peu d’argent qui servira à payer les frais d’inscription à la fac, les bouquins, les 365 jours de pâtes x 2 repas /jour,….

Devant la friteuse du fast food, je suis donc complètement dépressive en repensant à mes 5
semaines de congés payés où buller rythmait l’essentiel de mes journées.
Pour me consoler et rompre la monotonie des pâtes, je pique une frite dans le cornet d’un Happy meal. Conséquence : je suis virée pour « abus de friture
sociale ».

Dans la vision éloignée de l’esprit étudiant : jeudi = fun party

C’est certainement un des aspects de la vie étudiante que je m’apprête à retrouver avec le plus de plaisir.
Etudier, c’est bien ; s’amuser c’est encore mieux. Alors, alcool à gogo, musique plein les oreilles et soirées Pernod Ricard, .. j’arrive !!!

En pratique, j’ai mal au ventre.

L’étudiant n’ayant pas d’argent (voir point 2), l’alcool se limité souvent à de la bière chaude ce qui a la
fâcheuse tendance à me donner la gastro.
Je passe donc l’essentiel de la soirée et les deux jours qui suivent à courir, fesses serrées, vers les toilettes les plus proches. Je sens l’Air Wick à trois kilomètres, ce qui
n’a pas échappé à mes professeurs qui se rappellent de moi sous le nom original d’Harpic fraîcheur. Je me demande si finalement je ne préfère pas celui de Rika zaraï…

 

Dans le monde rêvé des étudiants, on rencontre plein
d’intellectuels

… A commencer par les professeurs tous ultra diplômés et tous extrêmement pointus dans leur domaine. La fac est
donc bien plus qu’un simple lieu d’études, c’est le temple de l’intelligentsia mondiale ! Et moi, grâce à mon statut d’étudiante, j’en suis par déduction une des composantes à fort
potentiel. Appelez-moi Maître BritBrit.

En pratique, les universitaires sont un peu cons.

Le problème avec les intellectuels, c’est qu’ils ont parfois du mal à reconnaître leurs pairs,… à commencer par
moi.
Malgré un développement très document et très engagé avec des points vue aussi bien économiques que sociologiques que psychologiques, ma thèse « Burkina Fasso : Paris Hilton est-elle
une alternative au développement économique du marché de l’escarpin Jimmy Choo  selon le modèle de Keynes ? » n’a recueilli qu’un
piètre 3/20. Franchement à part la jalousie, je ne vois pas ce qui a pu susciter un tel mépris.

 

Maintenant que les tabous et autres fantasmes sont brisés, charge à vous de voir si vous êtes toujours
emballés pour plaquer costumes et dossiers pour Converse, essais scientifiques et carte bancaire à retrait super limité.

Pour ma part, j’ai choisi : demain je retourne au boulot… pour demander un congé
formation !


Crédit photo : Université d’Assas par Maeva via Flickr.

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