Un gosse et bien pire encore !

 



Je ne suis pas mère, soit. Mais quand Catherine, ma collègue de bureau a mis sur le tapis ce sujet de conversation, je dois bien avouer que cela m’a pris pas moins de tout un
après-midi pour y apporter une réponse.
La question était
: Quelle serait la pire chose que ton enfant puisse te faire ?

Mon esprit a tourné et viré à la recherche du pire et bien plus que pire. Croyez-moi ou non, mais il a trouvé non pas une mais tout PLEIN DE CHOSES que ce sale mioche même pas né pourrait me faire
subir. A se demander si mon utérus va supporter pareille insubordination.


Il veut connaître le montant son héritage. Problème : il a 6 ans.
Il vous regarde de ses grands yeux clairs. Il est vraiment tout mignon avec ses petites bouclettes et son petit sourire innocent. Et
sans prévenir, il vous dit : « C’est quand que tu meurs pour que j’ai ta maison ? ».

Comment je l’envoie bouler lui et ses bouclettes : Je prends ma voix de fée et je lui dis « Maman ne mourra pas mon chéri. Elle vivra jusqu’à 120 ans juste pour toi. Tu devras lui donner
à manger, la laver, lui changer les couches pendant qu’elle t’insultera et t’urinera sur les mains. Au fait, tu savais que le Père-Noël n’existe pas ? »

Il vous présente son nouveau cercle d’amis. Bizarre, ils s’appellent tous Colombe, Lancelot, Victoire, Guilhem, Côme, Sixtine, Léo-Paul… 
Sa coupe de surfeur s’est muée en une atroce coiffure au bol avec mèche sur le côté légèrement laquée, son sweat à capuche a été remplacé par un petit pull jacquard d’où ressortent le col et
les poignets de sa chemise blanche Cyrillus et il trouve les BB Brunes – ou plutôt le « groupe du moment et dans le même genre » de son époque – trop rebelles.

Je fais quoi pour le faire revenir à la réalité :
Je le prends au pied de la lettre et me métamorphose en Marie-Chantal version 16ème. Je ne l’appelle plus que Jean-Kévin et l’abonne pour 48
mois à Point de Vue – Images du Monde. Les prochaines vacances ? Cela se passera au Puy-du-Fou suivi d’un treck de 15 jours dans la Vendée profonde. Il veut de l’aristo, et bien il va
en avoir !

Il habite encore à la maison à 20 ans passés et il refuse de partir avant 40
ans.

C’est bien connu, si j’ai fait un enfant, c’est pour faire taire cette satanée horloge biologique et pas pour m’occuper à vie d’un être humain qui n’a que la reconnaissance du
ventre, des fringues de marques, du linge lavé-repassé et de l’argent de poche. Alors quand il me dit que « Tanguy » est son film culte, j’ai peur.

Comment je m’en débarrasse : En fait, c’est moi qui déménage. Je pars d’un coup d’un seul sans laisser d’adresse de peur qu’il me retrouve et le laisse en plan avec sa corbeille de linge
sale, le chien à sortir deux fois par jour et une pomme moisie dans le frigo. Comme je reste malgré moi une bonne mère, je lui laisse un petit billet de 10 euros sur la table de la cuisine.
Faudrait quand même pas que les huissiers mandatés pour « Abandon d’enfant adulte qui ne sais pas s’assumer avec ces 2000 euros par mois » me retrouvent et me demandent de regagner illico-presto le
foyer familial.


Il veut travailler dans le Show Business : être un des sosies officiels de Claude François.

Le costume à paillettes, les cheveux peroxydés, le nasonnement  et les grosses qui dansent autour, il a toute la panoplie. En plus, il serait en pourparlers d’une résidence au cabaret de
Michou. Il pourrait pas faire autre chose de sa vie à 30 ans ?

Je fais comment pour m’en sortir :
 Je transforme son père en Johnny Hallyday à costume en cuir frangé et j’organise des tournées dans toutes les maisons de retraite de France et de
Navarre. Quitte à être malheureuse, autant que cela me rapporte un peu d’argent.


Il se marie.
Choyé, il le fut. Gâté, plus encore. Toutes les cartes en main pour réussir sa vie professionnelle et sociale, je lui ai donné. Et voilà qu’en quelques jours, le mignonnet élevé aux bons poissons
panés me ramène une grognasse à jupette très (trop !) courte la maison sous le prétexte qu’il l’aime. Manquerait plus qu’il lui fasse des gosses.

Comment je m’en remets : L’interrogation est toujours en suspend… Je ne sais vraiment pas comment se remettre d’une telle trahison filiale.

 

Avec toutes ses projections, je me demande si la meilleure solution serait de ne pas avoir d’enfant du tout. 

Remarquez pour moi, la question est loin de se poser parce qu’il me manque l’ingrédient principal pour faire un bambin : du sperme !  Et vu la pénurie dans laquelle je me trouve, je pense
que je vais devoir revoir mes perspectives maternelles en me demandant plutôt comment ne pas devenir une vieille à chats ?


Crédit photo : Creative Commons via Flickr

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