Je hais les stagiaires !

Je vous vois avec votre air interloqué à la lecture de ce titre en train de vous dire « Elle serait pas un peu psycho la BritBrit ? ». Entre les nostalgiques
traumatisés « On a tous été le stagiaire (sous-entendu, le larbin) de quelqu’un » et les engagés pour la jeunesse « Les stagiaires ont aussi le droit au respect des chefaillons », vous ne
savez plus quel parti choisir.

Alors, je vais vous y aider, la seule vraie voie à suivre étant bien sûr la mienne : « le stagiaire, si on pouvait s’en passer, on le ferait illico-presto parce qu’à part nous mettre le souk
dans notre vie, on ne voit pas trop à quoi il sert ». Preuves à l’appui.

Le stagiaire a toujours le même âge
Force est de constater que plus le temps avance plus l’écart d’âge entre lui et vous se creuse.
Au début, c’était rigolo. Le stagiaire avait 22 ans et vous 24. Limite en réunion client, le directeur marketing se demandait qui des deux était le boss et se trompait une fois sur quatre ce qui
vous faisait tous partir dans un grand éclat de rire.
Aujourd’hui, le stagiaire a toujours 22 ans et vous 34 ans, il vous appelle madame ou Monsieur et ne sait même pas qui est feu Patrick Roy. Quant au client,
il ne se trompe plus jamais, même fortuitement, mais a au moins la gentillesse de s’étonner de voir des stagiaires si jeunes. De son temps, ce n’était pas comme ça ; ni du vôtre le
rassurez-vous.

Le stagiaire part toujours à l’heure et en plus on ne peut rien lui dire parce qu’il est stagiaire.
Vous, si vous voulez quittez votre
poste à l’heure, vous devez vous préparez mentalement une réponse de la mort-qui-tue à la très célèbre interrogation mi-blague mi-ironie « Tiens, tu travailles à mi-temps ? »
Au
choix, vous trouvez donc une pauvre excuse qui, vous l’espérez, vous attirera compassion et chaleur de la part de vos collègues : « Heu, j’ai enterrement », « Ma belle-mère débarque à
l’improviste et elle ne mange que de la blanquette de veau »
, « Bébé Choup a un grave traumatisme crânien suite à violente dispute à la crèche pour une histoire de tétine ». « J’ai un
rendez-vous mega important chez le dentiste / docteur / gynéco / inspecteur des impôts / voyante… »

Le stagiaire peut mettre des photos de ses soirées bitures entre potes en fond d’écran.
Vous avez essayé de l’imiter parce que vous aussi,
vous avez envie de faire partager à tous votre vie sociale active et funky.
Mauvaise idée. Monsieur Boss vous a fait comprendre qu’en plus de ne pas faire toutes vos heures – certaines mauvaises langues aimant lécher les derrières ayant trouvé bizarre que vous ayez
rendez-vous tous les jours chez l’ostéo à 18h30 précises – vous étiez « dans un cadre professionnel et non là pour vous amuser contrairement à ce que vous semblez penser mademoiselle
BritBrit. Vous êtes à deux doigts de passer à la comptabilité, deux doigts ! ».

Le stagiaire touche 30 % du SMIC et pourtant il est toujours de bonne volonté.
Prêt à accomplir la moindre tâche, le
stagiaire se montre toujours ouvert, frais et disponible pour vous servir. Photocopies, épluchage et synthèse des statistiques de ventes (150 pages au bas mot), courses perso,…
vous pouvez presque tout lui demander.
 Et dire qu’en plus, il trouve votre boîte géniale… Soit il ne sait pas de quoi il parle, soit il ignore tout du travail. Au boulot feignant !

Le stagiaire est plein de projets pour l’avenir.
Et bizarrement ce sont toujours les mêmes puisqu’ils parlent d’études aux
Etats-Unis, en Australie, à Londres ou à Barcelone et de bilinguisme forcément obligatoire pour trouver super un job et gagner un max d’argent.
Cela vous fais juste penser que pour vous, la diglossie se limite au jeu English Training de votre DS et que les frontières du monde s’arrêtent aux
murs de l’Entreprise. Quant aux pactole salarial, vous ne savez même pas à quoi cela peut ressembler. Désespoir…
La prochaine fois qu’il vous fout le bourdon le stagiaire, vous lui enverrez votre boîte de Prozac à la figure ; il l’aura bien cherché !

Le stagiaire est prétentieux : il croit tout savoir !
Il a appris plein de termes compliqués en cours et ne trouve rien de mieux que de les placer dès qu’il le peut, c’est à dire n’importe quand et n’importe comment, le sourire en coin,
attendant un compliment sur sa forte capacité de bachottage.
Alors, parce que vous êtes aussi là pour lui apprendre quelque chose vous y allez de vos « over promising », « appétent » et autre « body copy ». Il vous regarde l’oeil tout illuminé, comblé
par tant de savoir-faire et là vous savez….

Oui, vous savez que finalement le stagiaire, il vous sera éternellement reconnaissant de lui avoir tout appris sur le métier… Enfin jusqu’à son prochain stage.
 

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