Je suis une terrible baby-sitter

Ce matin, je me sentais vraiment bien.

Quelqu’un de célèbre dont je ne peux dévoiler le nom m’avait envoyé un mail pour me dire qu’il me trouvait géniale. Je portais un tee-shirt vert qui mettaient réellement mon teint en valeur et sur lequel le barman m’avait fait un compliment plus tôt dans la matinée. J’avais également mis une paire de jeans qui donne la parfaite illusion que mes cuisses sont d’une fermeté incroyable qui ne peut être que le résultat de nombreuses heures passées dans une salle de gym.

Je n’avais donc qu’une chose à faire aujourd’hui : prendre du temps pour moi et profiter de cet état de bien-être.

Mon troisième café avalé, j’ai commencé ma journée « off » par acheter une chanson de Beyoncé sur iTunes. Alors que, je gisais sur le sol et tournais en même temps sur le dos tout en écoutant « Single Ladies » je pensais à toutes les choses essentielles que je pourrais faire aujourd’hui :

  • Me tenir devant le miroir et voir comment je serais si je rentrais le ventre,
  • Googleliser mes ex pour vérifier que leur vie est bien pitoyable depuis qu’ils m’ont quitté. Si tel est le cas – et cela sera certainement le cas !- , je ferai une danse de la joie,
  • Relire de vieilles lettres d’amour reçues de garçons dont si je ne me rappelle absolument plus le nom, font que je me remémore très bien quel bourreau des cœurs je fus,
  • Chanter très fort. Aussi fort que Whitney Houston quand elle était vivante.
  • Prendre des photos de moi avec mon ordinateur, uniquement en sépia vu que c’est le seul filtre photo qui me sied vraiment.
  • Consulter des sites d’horoscope pour voir si je suis astralement compatible avec quelqu’un avec qui je sais pertinemment que je n’ai aucune chance (il est gay depuis le CM1).

Oui, vraiment je me sentais super bien avant que ma sœur ne m’appela. L’urgence : « baby-sitter » Gaspard, son petit troisième de 2 ans et demi.

D’un coup, je me sentis un peu moins bien.

- Je n’ai pas le choix Brit’, tu es vraiment la dernière personne que je pensais appeler. Et puis, je n’en ai pas pour longtemps, je devrais être rentrée pour midi, me dit ma sœur.
- Ok, répondis-je en avalant un quart de Lexomil.
- Et puis ça va vite passer, tu n’as qu’à lui donner son bain et ensuite, tu joueras un peu avec lui.
- OK, répondis-je de nouveau en prenant un autre quart de Lexomil. Je suis là dans vingt minutes.

Une fois arrivée, ma sœur m’obligea à lire à haute voix la liste des étapes à suivre quand on donne un bain, la liste des choses interdites et les numéros d’appel d’urgence. Elle me fit également souffler devant son nez pour vérifier mon taux d’alcoolémie.

- Tu t’es lavé les dents ?, me demanda-t-elle l’œil suspicieux
- Oui, mais j’ai avalé un kebab en chemin. Si t’es pas contente, tu peux le mettre dans un orphelinat roumain ton marmot. Pas sûr qu’ils lui donnent une brosse à dents en guise de bienvenue.

Elle quitta la maison dans un état qui me semblait anxieux.

- Allez Gaspard, au bain !

En fait, je n’ai jamais lavé d’enfant. Pour être tout à fait franche, je n’ai jamais lavé personne hormis mon chat. Autant dire que cela s’est terminé dans le sang. J’avais les mains et les avant-bras entièrement griffés et l’animal, en plus de m’avoir uriné dessus, a perdu un tiers de sa masse pileuse sur mon tee-shirt. C’était absolument horrible.

Gaspard n’ayant ni griffe, ni poil, le projet du bain me sembla moins ambitieux que cette précédente expérience et c’est armée de courage que j’ai commencé.

D’abord les cheveux. La tâche se révéla plus ardue que prévu. En effet, j’ai mis du shampooing dans les yeux de Gaspard qui, comme à son habitude ne s’est pas fait prier pour me le faire savoir. Ses yeux virèrent au rouge et prirent un aspect vitreux, il se mit à crier aussi fort que moi quand je chante Whitney.
Je pris donc un bout de mon tee-shirt vert pour lui éponger les yeux. Pari gagné, il ne m’a pas mordu. Il sourit même. On dirait un petit lapin atteint de myxomatose. C’est mignon tout plein.

Mais soudainement, je ne sais pour quelle raison, il se mit à boire l’eau du bain.
Boire l’eau du bain n’étant pas sur la longue liste des choses interdites prévues par ma sœur, je m’en remis à mon bon sens en me disant que ce n’était probablement pas bien.

Problème : A chaque fois que j’obligeais Gaspard à retirer l’eau de sa bouche, il me regardais comme si je lui prenais son dîner. Avec haine. Je l’imaginais l’espace d’un instant sur le plateau d’un talkshow qui aurait pour thème : « Toxicomanie : je bois l’eau sale du bain ». L’addiction est vraiment une chose terrible.

Une fois sorti du bain, j’ai vérifié ce qu’il fallait ensuite faire : « Crémer Gaspard ». Je pris le Bépanthen et regardai attentivement la notice. Voici ce qu’en substance, je lus : « Appliquer la crème par de légers massages sur la peau et les fesses ». Les fesses, vraiment ?

Personnellement, si quelqu’un devait me nettoyer le derrière, la première question qui me viendrait à l’esprit serait « Quoi, qu’est-ce qui se passe ? Qui vient là ? ». J’imagine que pour Gaspard, cela doit être la même chose.
Je passai donc rapidement un coton du côté de sa boîte à caca ; mon neveu ne sembla ni étonné, ni offusqué. Les jeunes générations ont soit des moeurs plus libérées que nous, soit des goûts étranges.

Une fois habillé, nous allâmes au salon. Le problème avec les enfants, c’est qu’ils crient. Beaucoup. Une seule solution : les occuper. J’ai donc inventé un jeu où je mettais mon iPhone dans une chaussette et le faisais glisser de sur le plancher à l’autre bout de la pièce, Gaspard n’ayant plus qu’à aller le chercher en rampant. Un peu comme font les chiens paraplégiques des pattes arrières.

Outre le côté ludique, ce jeu est à mon avis une excellente activité cardio bonne pour le développement des enfants doublée par le formidable avantage de les fatiguer rapidement.

J’aurais volontiers refourgué le conseil à ma sœur s’il n’y avait pas eu de mentionné sur sa liste des choses interdites : « Ne pas prêter ton iPhone à Gaspard. RAYONNEMENT !!! ». Je regardais alors l’enfant suçoter mon téléphone avec l’énergie d’un toxicomane face à sa drogue (encore !)…

En cette fin de matinée, je me sentais vraiment mal. J’avais fait une grosse erreur. Si ce gosse devient un gros naze à cause des ondes de mon portable, cela sera de ma faute.

Ou celle de son père parce qu’entre nous soit dit, il y a des choses qui se transmettent génétiquement et contre lesquelles on ne peut rien.

PS : Je suis disponible pour du baby-sitting si vous êtes intéressé.

(c) greenberg

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