Doit-on détester Carly Rae Jepsen ?

De prime abord, je dirais non. Cela serait un peu comme aller cracher sur la tombe de notre petite sœur.

Avec sa frange à la Zooey Deschanel, son look de « girl next door », ses grands yeux bleus de bébé animal, son joli sourire fait de 53 dents, le tout emballé par la fraîcheur de ses 15 ans (sauf qu’elle en a 26, rappelleront les mauvaises langues), Carly c’est la gentille fille marrante qui respire le bonheur.

De plus, la demoiselle porte dans ses gênes le label « fabrication canadienne » dont les principales caractéristiques sont joie de vivre, sens de l’humour et joli brin de voix.

Vous noterez que dans le descriptif ci-dessus, j’ai omis délibérément de parler de sa formidable et immense ouverture buccale qui fait rêver plus d’un garçon muni d’un rouleau de Sopalin, car il va s’en dire que c’est une des premières choses que l’on remarque quand on a un pénis et plus de 12 ans.

Finalement, Carly, c’est la copine de 4ème que l’on aurait tous eu envie d’avoir.

Tous ? Nooooon, cela serait trop facile.

D’une part, l’adolescence est cet âge ingrat où l’on déteste toute personne plus belle et plus talentueuse que soi, ce qui a priori n’est pas bien compliqué. Il suffit de regarder nos vieilles photos de classe et nos bulletins scolaires pour rapidement s’en rendre compte (« Elève non intéressée par ce qui se fait en classe. Exception faite de ses fourches capillaires », « Participe de temps en temps pour demander d’aller aux toilettes ou à l’infirmerie », « Aucun travail, aucun résultat. Ne connaît qu’une définition : touriste »).

Et d’autre part, il y a cette infernale chanson qui nous rebat les oreilles depuis le début de l’été.

Je croyais pourtant avoir échappée à la vague des bouillabaisses de l’été. Tout avait été mis en œuvre pour que mes oreilles et NRJ ne se rencontrent pas. J’avais été jusqu’à pratiquer des rites de protection en plantant un pieu sur une photo de David Guetta, faisant pipi sur un CD 2 titre de Rayos del sol et mis au pilori chaque brésilien croisé qui remuait du popotin.
Je me croyais parée, ce fut un doux rêve jusqu’à ce que « Call me Maybe » parvienne à m’atteindre on ne sait trop comment.

Cette chanson n’est pas une vulgaire chanson que l’on vous vend en K7 sur des étalages de marchés d’été. Elle est le genre de musique régressive qui vous fait transpirer « Call me maybe » par tous les pores. Votre vie ne vous appartient plus, elle est un video clip.
"Call me maybe", c’est de la guimauve pop, tout en bonne humeur qui fait que vous retrouvez dans la peau de la fille que vous étiez à 15 ans… Sauf que vous en avez 26, voire plus, et que contrairement à la jolie Carly, vous faites bien votre âge. C’est pour ça que je la déteste.

Je précise ma pensée pour qu’il n’y ait aucune méprise : ce n’est pas le fait de devoir envisager une chirurgie esthétique plus tôt que prévu qui me fait la haïr, mais plutôt qu’à cause d’elle, je ne suis plus moi-même.

En moins de deux, elle a réduit de moitié 26 ans (OK, plus. Enfin, je parle pour vous hein ?…) de construction psychologique solide et stable alors qu’à la base, et très sincèrement, rien n’était vraiment gagné.

Du coup, et bien, je fais n’importe quoi.

Je sautille sur mon lit en petit short boxer. Après, je me roule dans la couette dans la posture dite du nem sauvage, et je chante
« Hey, I just met you and this is crazy »,

Je suis dans une totale euphorie dès que je croise un garçon
« I’d trade my soul for a wish, Pennies and dimes for a kiss. I wasn’t looking for this, But now you’re in my way »

Quand je suis séduite, je mâche vigoureusement un Malabar bi-goût la bouche bien ouverte
« It’s hard to look right, At you baby »
Il m’arrive d’y laisser quelques plombages, je les garde en attendant de pouvoir en faire un collier.

Je ne drague plus en offrant des verres d’alcool ou en remontant un peu trop ma jupe. Maintenant, je badine et je conclue toute conversation par un :
« Here’s my number, so call me maybe »
Pas étonnant qu’à refiler mon numéro aussi facilement, je finisse par recevoir la nuit des SMS de personne qui veulent me vendre de l’acide. Bref.

Une fois rentrée chez moi, je serre très très fort mon portable contre mon cœur en invoquant la déesse Hello Kitty et en suppliant « Faites qu’il m’appelle, faites qu’il m’appelle »
"I missed you so bad, I missed you so bad, I missed you so, so bad"

Professionnellement parlant, en dehors du fait que j’écris à l’encre turquoise, j’arrive encore à garder le contrôle sur ma nouvelle personnalité. Sauf quand en réunion, je fais passer des mots à mon patron.

En fait, tout ce que j’essaie de vous dire est que je suis absolument ridicule, bien que ma mère affirme que je n’ai pas attendu d’écouter une chanson pour l’être totalement.

Et s’il est prédit que « Call me maybe » ne devrait pas survivre à l’hiver, mon cas ne devrait pas pour autant s’arranger. Forte de son succès international, Carly Rae Jepsen serait sur le point de sortir son album.
De quoi la détester deux fois plus. Ou de se mettre du Birdy en intra-veineuse. Pas sûr qu’un mal en vaille mieux qu’un autre.

_______________

Pour ceux qui ignorent ce dont je parle dans cet article, voici l’agent contaminateur

Et parce que je ne peux pas définitivement vous laisser avec du son trop marketé dans les oreilles, voici un sublime mashup de Carly Rae et de Gotye

Et si vous vous demandez qui vous pouvez encore détester aujourd’hui, lire également :

About these ads