Lettre à celui va me larguer

Cher futur ex petit ami,

Raison n° 1492 selon laquelle je suis la meilleure petite amie du monde : je suis capable de me taire pendant toute la durée d’un Star Wars et d’apporter une bière à l’Homme s’il le demande pour que son bonheur télévisuel soit parfait.

As-tu oublié ? Car malgré cette qualité – et les autres ! – enviée par tous les hommes de la terre, je ne sais pourquoi tu arrives à un moment stratégique de notre relation où tu vas décider qu’il est temps pour toi d’y mettre un terme.

Les raisons sont aussi nombreuses que farfelues car en la matière les hommes ne manquent pas d’imagination. Par exemple, tu vas me dire que tu t’interroges sur l’Engagement dans un couple, mais comme tu n’as pas suivi de psychothérapie pour y faire face, tu te dis que tu y réfléchiras mieux en solo. Ou encore, que tu as rencontré fille quelconque à-côté de qui je passerai cependant pour une déesse d’ici quelques mois. Ou enfin, que tu as décidé d’aller travailler en Sibérie parce que ton diplôme en sociologie des organisations des personnes frigides t’offre a priori de meilleures perspectives professionnelles là-bas.

Bon. Quoi qu’il en soit, le résultat est le même : tu me quittes.

Alors mon cher ami qui allait me balancer comme une vulgaire épluchure, je ne saurais que trop te conseiller de le faire dans les règles de l’art et d’avoir la décence de me larguer comme si j’étais une reine d’Egypte ou, tout du moins, née dans une meilleure famille que la mienne.

Parce que, sache-le, une seule petite erreur dans le processus pourrait causer l’irréparable. Cela serait non seulement toi et toute ta descendance que j’enverrai servir de dame pipi dans les toilettes de l’enfer pour des siècles et des siècles, mais également tous les tiens qui sont pourvus de deux castagnettes ridicules mais qui semblent attirer toute votre attention.

Bref, pour bien faire les choses…

Tout d’abord, invite-moi à dîner, de préférence dans un restaurant gastronomique. Tu éviteras de me plaquer à cet endroit sauf si tu souhaites que je hurle à l’assistance des saloperies sur ton compte ou que je jette à la gueule tout ce qui se trouve sur la table. Normalement, je devrais tout bazarder dans ta direction, mais comme j’ai toujours été très mauvaise au lancer, je pourrais blesser d’autres personnes que toi.
Tu attends donc la fin du repas, après avoir payé l’addition, que l’on soit sur le trottoir, pour me dire que c’est fini.

Ensuite, après ton annonce, veille à ce que je ne prenne pas la route seule. Compte-tenu de ma nouvelle vulnérabilité je pourrais m’emplâtrer dans un platane. Et ce n’est pas ce que tu veux hein ? Tu n’es pas mesquin à ce point, n’est-ce pas ?

L’idée sous-jacente dans les deux points développés ci-dessus est que lors de cette soirée, je n’ai pas besoin de dépenser d’argent pour quoi que ce soit. J’en aurai notamment besoin pour changer de coupe de cheveux afin de t’oublier et me remettre de notre relation. En plus, mes racines ont besoin d’être refaites. C’est donc un mal pour bien comme dirait ma grand-mère.

Dans les mots et expressions que tu emploies, évite d’utiliser le tristement fameux « faire une pause » qui dans ta tête, consiste à retrouver une vie de célibataire pour quelque temps et de revenir quand bon te semble si le besoin s’en fait sentir (comprendre : si tu n’as trouvé personne d’autre qui ne veuille de toi). Comprends bien que j’ai moi aussi des choses à faire autres que celles de t’attendre tous les soirs devant la télé. Ce n’est une solution idéale pour quiconque. Si tu veux que l’on arrête définitivement, il te suffit de le dire et de le faire. Franchement.
De plus, évite de me dire que tu m’ « aimes encore mais que ce n’est plus possible » (?) et surtout – surtout – que tu souhaites que l’on reste ami. On n’a jamais rien entendu de plus stupide depuis les dialogues d’Hélène et les garçons.

Par contre, si pour une raison « mal évaluée » de ma part, nous décidons d’entretenir une relation amicale, il serait agréable que tu me fasses ressentir que tu as encore une petite « émotion » pour moi, au moins pendant le trimestre qui suit notre rupture. Mieux encore, fais comme si tu avais des regrets. Je t’assure, voir ta mine pitoyable, même si surjouée, me fera le plus grand bien.

Du coup, quand ton for intérieur crie « JE SUIS UN HOMME LIBRE ! », tu évites de lui donner la parole sur Facebook devant tes 410 amis. Tu gardes cette pensée pour toi, j’ai un honneur à sauvegarder.

Pour finir, à chaque fois que nous nous croiserons, veille à être poli. Tu sais, je n’ai jamais été dire que tes "talents" au lit étaient relativement inexistants ; j’ai été polie à ce sujet, alors fais en sorte de l’être tout autant. Il te suffit de dire « Salut ». Rien de plus. N’en rajoute pas avec des phrases du type « Depuis qu’on n’est plus ensemble, j’ai besoin d’une brouette pour mes coucougnettes ». Je n’ai jamais aimé les gens mal équipés et les gros travaux.

À bon entendeur…

BBC

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