L’objet de désir de ma mère

Hier matin j’ai reçu quatre coups de téléphone, trois messages vocaux et six emails en l’espace de vingt minutes. Ceci n’aurait absolument aucun intérêt si ce n’est qu’ils provenaient d’une seule et même personne : ma mère. Tous disaient la même chose : « Chérie, il est arrivé quelque chose de grave. Rappelle-moi dès que tu peux. C’est urgent. »

Naturellement, j’ai supposé que quelqu’un était mort et évidemment, je l’ai rappelé aussitôt. Personne ne décrochait.
Là, j’étais vraiment persuadée que quelqu’un était bel et bien mort. J’ai fait le tour des popotes des personnes en instance de mort de ma famille et j’ai croisé les doigts pour que ce soit ma grand-tante qui a beaucoup d’argent. Il est vrai que je suis un peu à découvert avec ces fêtes qui s’annoncent et qu’un peu de beurre dans les épinards, même s’il provient d’une morte, ne me ferait que du bien.

Je rappelais encore et encore. Toujours rien. Cela m’agaçait un peu. Mais qui était donc ce mort et pourquoi érait-ce si urgent ? Une fois qu’on est mort, on est mort. Plus rien ne presse.

A la cinquième tentative, ma mère décrocha brusquement : « BritBrit ! Comment vas-tu ? ».
Sa voix était limite borderline même si on sentait derrière une pointe de bonheur ce qui est somme toute normal vu que je me suis le rayon de soleil autoproclamé de la famille. Je compris cependant à son ton que personne n’était mort et qu’elle avait encore une fois abusé des mots « grave » et « urgent » pour que je la rappelle immédiatement. Fourbe qu’elle est !

- C’est quoi ton truc urgent ?, je lui demandais légèrement irritée.

- Oh…, elle dit.

(pause)

J’aime pas quand elle dit « Oh ». En général, cela signifie qu’elle ne sait pas comment me demander quel est le temps de cuisson du chapon de Noël ou m’annoncer que mon père lui a définitivement fait honte lors du gala de l’Amicale des Porteurs de Bridges. En bref, des trucs dont je n’ai absolument que faire et qui ne relèvent pas de mes compétences.

- Oh quoi ?, j’insistais. « Oh, j’ai des métastases » ou « Oh, la voisine a encore reçu son amant qui n’est autre que son gendre » ? Dans ce dernier cas uniquement, je veux bien t’accorder quelques minutes.

- Nooon ! Juste… Juste « oh, as-tu oublié un… un objet de plaisir quand tu as passé le week-end dernier à la maison ? ».

A ce moment précis de l’histoire, il est important que vous sachiez que ma mère est certainement la femme la plus sexuellement prude que je n’aie jamais rencontré. A 20 ans, après avoir entendu le terme « gâteries » à la machine à café de son entreprise, elle avait demandé à mon père ce que cela pouvait bien supposer car le mot ne correspondait pas au contexte dans lequel elle se représentait ce qu’était une gâterie au sens premier énoncé par le Petit Larousse. Elle n’est donc pas le genre de femme avec qui vous pouvez parler d’hypothétiques godemichets, anneaux vibrants ou poppers au téléphone.

- Pardon ? Mais quel objet de plaisir ? Et où ?

- Et bien, j’étais en train de nettoyer la cuisine et j’ai trouvé cette Chose sous le plan de travail, et je me demandais si c’était à toi.

- Noooon ! Bien sûr que non.

- Tu as parfaitement le droit d’avoir un… jouet…sex…sexuel. Mais à part toi, je vois difficilement qui aurait pu l’amener ici.

Je m’obstinais. J’insistais : était-elle vraiment certaine que l’objet de tous ses fantasmes était bien un jouet sexuel. J’avais tout de même un doute sur le fait que quelqu’un puisse oublier un vibro ou un objet du même acabit dans une cuisine, et plus particulièrement dans la cuisine de ma mère.

- Non, je n’en suis pas certaine, avoua-t-elle.

- Mais qu’est-ce que c’est exactement ? Un godemichet ? Il vibre ou pas le jouet de cul ?

- C’est juste… un objet sexuel et je ne sais pas ce qu’il peut bien faire. Je refuse absolument de le toucher !

- Ecoute maman, je n’en sais rien moi non plus. Si tu en as la force, mets-le dans le lave-vaisselle pour éviter d’éventuelles infections bactériologiques et basta ! Allez, je te laisse, j’ai piscine.

En fait j’avais une petite idée sur le suspect qui aurait pu détenir ce genre d’objet. Valentine ma cousine, 16 ans et demi et une sexualité pour le moins débridée était également de la partie lors du week-end chez mes parents. Je la contactai.

Quelques minutes plus tard j’avais ma réponse et envoyai dans la foulée un texto à ma mère : « C’est bon tu peux toucher l’objet sexuel. C’est une lampe de poche customisée par Valentine. Bises ».

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