Peut-on coucher avec un mec de droite ?

L’amant de droite.

Je répète.

L’amant de droite.

Entendez-vous cette allitération en « d » ? Ce « r » qui rugit, ce « t » qui présage d’un rapport intime on ne peut plus rigide – rigidité qui n’est pas pour nous déplaire – ?
La droite, la vraie, la gaullienne, celle qui astique son engin pour le garde-à-vous, sans faire de chichi, celle qui villepine de bonne grâce sans nous faire de Sarko show.

Mais que nous a-t-il pris de solliciter une entrevue entre-jambière auprès de la républicaine descendance du grand Charles si chère à Eric Zemmour, nous demanderez-vous ? Devons-nous vous rappeler, chers lecteurs, qu’en tant que blogueuses influentes, et donc potentiellement capables d’infléchir les sondages, nous nous devons, en ces temps présidentiels, corps et âmes à la juste répartition du temps de parole ?
Après avoir testé l’amant communiste puis l’amant écolo, nous ne pouvions faire l’impasse sur l’amant de droite sans risquer de nous faire sévèrement mettre à l’index (sic) par le CSA.

De ce fait, c’est en toute impartialité, avec la plus grande conscience professionnelle et sans la moindre intention de mettre à l’amende la bistouquette jacobine que BritBrit Chérie et Angélina de Mes petites fables ont assumé leur mission de salut public jusqu’aux confins d’une sexualité libérale, capitaliste, partisane d’une concurrence libre et non faussée. Un programme qui augure surtout du meilleur.

Certes, il aurait été assez jouissif pour nous d’affûter quelques bons sarcasmes gaucho-gauchistes ou de mitonner quelques perfidies bien senties dans le but de descendre en flèche l’amant de droite. C’est vrai, il aurait été tellement simple d’associer la matraque de droite à un pauvre Kärcher crachouillant quelques glaires ou encore de recommander au franc-tireurde penser à viser le centre après avoir tiré un peu trop à l’extrême-droite. Car comme le dirait la grand-mère de BritBrit, tant que ce n’est pas dans le matelas, y’a de l’espoir.

Qu’il soit centriste, ultralibéral ou conservateur, force est de constater que l’amant de droite a mauvaise presse. Pour preuve, après un message lancé sur Twitter pour interpeler nos followeuses : « Et vous, coucheriez-vous avec un mec de droite ? », les réactions ne se firent pas attendre, chacune s’inquiétant ou de notre santé mentale ou de notre taux d’alcoolémie. En privé, et sous le sceaux de l’anonymat, certaines avouèrent que oui cela leur était arrivé, mais jurèrent leurs grands dieux qu’elles en ignoraient tout avant que ce dernier ne leur propose au petit matin d’adhérer à l’UMP.

Le consensus est unanime : l’amant de droite, c’est no way, jamais, unmöglich, dans mes rêves, hasta la vista baby ou, dans le pire des cas, sur une île déserte après 20 ans d’abandon et si vraiment une furieuse envie de se gratter le vagin se fait sentir.
Même l’ultra-droitière Brigitte Bardot réfute toutes relations avec un célèbre soutien sarkozyste dans des termes pour le moins clairs. « Je n’ai jamais couché avec Balkany. C’est un gros plouc, menteur, goujat et d’une inélégance rare », rétorque-t-elle à l’évocation de cette supputée copulation. Franchement, nous n’aurions pas dit mieux.

Pourtant, avec une telle promesse de droiture que l’on imagine parfaitement tenue dans le caleçon, on se dit qu’il serait peut-être dommage de fustiger aussi rapidement l’amant de droite et ses possibles rétro-commissions avant même qu’il ait même commencé à nous masser les pieds. Il serait peut-être dommage en effet, de jeter le Jean Sarkozy avec l’eau du bain surtout depuis que l’on sait que c’est un fiston à pistons, et surtout s’il nous propose de visiter son paradis fiscal.

Revenons donc, pleines d’entrain – ou pleines tout court, nuance apportée pour les femmes enceintes qui ont aussi voix au chapitre – au sujet qui nous préoccupe aujourd’hui, à savoir la résolution de la difficile équation à deux inconnues : l’amant de droite est-il bon à glisser dans son lit même si celui-ci n’est pas fait en portefeuille pour des raisons de confort évidentes ?

A cette question, et après une mise à l’épreuve des caractéristiques principales qui définissent l’homme de droite moderne, la réponse est « Et pourquoi pas ?! ».

Nous vous l’accordons, l’amant de droite souffre d’un terrible handicap, l’autosatisfaction, qui l’amène souvent à surestimer ses aptitudes. Dès lors, ne le prenez pas au mot s’il surnomme ces deux précieuses Colombey-les-deux-élites car il est grandement probable qu’elles ressemblent plutôt à Colombey-les-deux-éclipses.

L’amant de droite a également la téméraire ambition de prouver coûte que coûte qu’il est le meilleur quoi qu’il fasse, ce qui le contraint à faire des promesses qu’il ne saurait tenir. A l’écouter, l’acte sexuel n’est plus un banal rapprochement des corps mais un voyage charnel abracadabrantesque à bord d’Air Sarko One. D’abord on décolle à la vitesse Grand V tout en citant Guy Moquet, si bien que l’on a à peine le temps de respirer. Ensuite, c’est un enchaînement de prouesses et d’acrobaties avec virages à 360° (selon Christine Lagarde) qui nous ramènent… toujours au point de départ. Jamais on n’a dû tant s’accrocher pour faire du surplace. Mais dans cette escapade libidino-aérienne de haut-vol, l’amant de droite omet souvent de souligner le problème dit de « la descente présidentielle » : inéluctable et vertigineuse.

Et puis, il faut faire avec cette foi inébranlable en ses convictions traditionnalistes profondes qui le guident consciencieusement même lorsqu’il s’agit de suivre les directives du parti. Aussi, l’amant de droite agit en politique comme en amour.

Prenons pour étude de cas l’amant de droite en campagne avec pour ferme volonté celle de renouer avec la France d’en bas. On distingue 3 étapes précises :

  • Dès le matin, il commence à y penser en se rasant :
    « Marie-Charlotte, c’est mercredi, c’est jour d’en bas »
  • Il y réfléchit aussi pendant la journée en lisant les pages saumonées du Figaro :
    « Mon Dieu Marie-Charlotte, le CAC40 est dans le rouge. Vous penserez, ma chère, à ma petite inflation ?! »
  • Pour finalement prendre les mesures qui s’imposent, peu importe les dispositions des autres (celles de Marie-Charlotte en l’occurrence) :
    « Marie-Charlotte, laissez-tomber l’organisation du bingo du Lion’s Club. Mettez vous en culotte, prenez un chapelet et lisez le rapport Christine Boutin à Saint Popol 1er.»

Vous trouvez la version villieriste de cet amant un poil austère ? Sachez mesdames que la grande famille des républicains est également composée de ces hommes qui croient bien plus au Grand Capital et en la Sainte Trinité – Saint Phallus et ses deux roubignolles – qu’en Dieu himself.

Et là malheureusement, la culbute prend une tournure légèrement moins ludique. Le coït se résume alors en trois mots : entreprenariat, performance et individualisme dans un seul objectif, générer des richesses de plaisir… pour lui !

Il est certes dommage que la redistribution ait été oubliée au passage, mais ce libéralisme sauvage, pour ne pas dire outrancier, autorise tout de même le LIBRE-ECHANGE avec n’importe qui pour faire n’importe quoi. Alors, avant de vous fendre d’un « Casse-toi pov’ con ! », réfléchissez bien : baiser la droite quand on peut aller voir à gauche, c’est pas tous les jours que l’opportunité nous est offerte. Alors rien que pour ça, l’amant de droite, on vote carrément pour !

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